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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2403990

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2403990

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2403990
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantPIAUD-PEREZ CHLOE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Rouen a rejeté la requête de Mme B, ressortissante chinoise, qui contestait l'arrêté du préfet du Pas-de-Calais du 2 octobre 2024 ordonnant son maintien en centre de rétention administrative durant l'examen de sa demande d'asile. Le tribunal a jugé que l'absence d'information prévue par le règlement Eurodac était sans incidence sur la légalité de la décision de maintien. Il a également estimé que le préfet avait pu légalement considérer, sur le fondement de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que la demande d'asile de Mme B, déposée tardivement et après avoir déclaré vouloir se rendre en Grande-Bretagne pour des raisons économiques, visait uniquement à faire échec à son éloignement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 3 octobre 2024, et des mémoires en production de pièces enregistrés les 8 octobre 2024, Mme C B, représentée par Me Piaud-Perez, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2024 par lequel le préfet du Pas-de-Calais a ordonné son maintien en centre de rétention administrative pendant l'examen de sa demande d'asile.

Mme B soutient que la décision attaquée est illégale dès lors que :

- elle n'a pas reçu les informations spécifiques prévues par l'article 29 du règlement n°603/2013 du 26 juin 2013 lors de sa prise d'empreinte pour l'interrogation du système Eurodac ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet du Pas-de-Calais a produit un mémoire en production de pièces, enregistré le 7 octobre 2024.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Favre comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre, magistrate désignée ;

- les observations de Me Piaud-Perez, représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ;

- Mme B, assistée de M. A interprète assermenté en langue chinoise, qui répond aux questions posées par le tribunal.

Le préfet du Pas-de-Calais n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante chinoise, née le 10 août 1989, a fait l'objet le 13 septembre 2024 d'une obligation de quitter le territoire sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, dont la légalité n'a pas été remise en cause par le jugement du tribunal du 20 septembre 2024. Elle a été placée en rétention au centre de rétention administrative de Oissel le même jour. L'intéressée a présenté une demande d'asile le 1er octobre 2024. Par l'arrêté attaqué du 2 octobre 2024, le préfet du Pas-de-Calais a ordonné son maintien en centre de rétention administrative pendant l'examen de sa demande d'asile.

2. En premier lieu, la circonstance que Mme B n'aurait pas reçu, lors de sa prise d'empreinte pour l'interrogation du système Eurodac, les informations prévues à l'article 29 du règlement n°603/2013 du 26 juin 2013 est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée laquelle se borne à maintenir l'intéressée en rétention le temps de l'examen de sa demande d'asile.

3. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que l'autorité administrative ne peut ordonner le maintien en rétention administrative d'un ressortissant étranger ayant présenté une demande d'asile durant cette rétention que si elle estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement préalablement prise à son encontre. La circonstance qu'un étranger présente une demande d'asile postérieurement à son placement en rétention administrative ne saurait, à elle seule et sans une appréciation au cas par cas, permettre de présumer que cette demande n'a été introduite qu'en vue de faire échec à son éloignement.

5. Mme B soutient qu'elle serait exposée à des violences en cas de retour en Chine, notamment en raison des dettes de jeu contractées par son père. Toutefois, l'intéressée ne fait état d'aucun élément précis de nature à établir la réalité des menaces qu'elle invoque. Lors de son audition le 13 septembre 2024, elle a déclaré qu'elle avait pour objectif de se rendre en Grande-Bretagne pour des raisons économiques. En outre, alors qu'il lui était indiqué qu'elle pouvait demander la protection de la France, a expressément répondu qu'elle voulait retourner dans son pays par ses propres moyens. Au demeurant, Mme B a déposé sa demande d'asile à l'issue de l'expiration du délai de cinq jours courant après qu'elle s'est vu notifier ses droits. Ainsi, il résulte de l'ensemble de ces éléments que le préfet a, à bon droit, regardé la demande de réexamen de la demande d'asile formée par Mme B le 1er octobre 2024, rejetée le 3 octobre 2024 par l'OFPRA, comme présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet et a, pour ce motif, décidé son maintien en rétention conformément aux dispositions précitées. Par suite, le moyen de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet du Pas-de-Calais.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

L. FAVRE

La greffière,

Signé

C. DUPONT

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

C. DUPONT

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