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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404032

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404032

mercredi 30 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404032
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantDAVID ALVES DA COSTA AVOCAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 7 octobre 2024 et le 4 mars 2025, Mme A B, représentée par Me Alves Da Costa, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel le maire de la commune de Bois-Guillaume a mis fin à son stage en qualité d'adjointe administratif territorial et l'a radiée des effectifs à compter du 12 avril 2024 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Bois-Guillaume la somme de 2 400 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'erreur de fait ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 5 février et le 19 mars 2025, la commune de Bois-Guillaume, représentée par Me Gillet, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge de Mme B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 5 mars 2025, la clôture d'instruction a été fixée au 20 mars 2025 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général de la fonction publique ;

- le décret n°92-1194 du 4 novembre 1992 ;

- le décret n°2006-1690 du 22 décembre 2006 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Armand,

- les conclusions de Mme Delacour, rapporteure publique,

- et les observations de Me Gillet, représentant la commune de Bois-Guillaume.

Mme B n'était ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. Après y avoir exercé ses fonctions en qualité d'agent contractuel, Mme B a été recrutée par la commune de Bois-Guillaume en tant qu'adjoint administratif territorial stagiaire à compter du 1er janvier 2023 et affectée au service population. Son stage a été prolongé pour une durée de trois mois du 1er janvier au 31 mars 2024. Par un arrêté du 8 avril 2024, dont la requérante demande l'annulation après avoir introduit un recours gracieux le 7 juin 2024, le maire de la commune de Bois-Guillaume a mis fin à son stage en qualité d'adjointe administratif territorial de catégorie C et l'a radiée des effectifs de la commune à compter du 12 avril 2024.

2. Aux termes de l'article L. 327-1 du code général de la fonction publique : " Les personnes recrutées au sein de la fonction publique à la suite de l'une des procédures de recrutement par concours, de recrutement sans concours ou de changement de corps ou de cadres d'emplois accomplissent une période probatoire dénommée stage comprenant, le cas échéant, une période de formation lorsque le statut particulier du corps ou du cadre d'emplois le prévoit ". Aux termes de l'article 1er du décret du 4 novembre 1992 susvisé fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires stagiaires de la fonction publique territoriale : " Est fonctionnaire territorial stagiaire la personne qui, nommée dans un emploi permanent de la hiérarchie administrative des communes, des départements, des régions ou des établissements publics en relevant, autres que ceux mentionnés au second alinéa de l'article 2 de la loi du 26 janvier 1984 modifiée portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, accomplit les fonctions afférentes audit emploi et a vocation à être titularisée dans le grade correspondant à cet emploi ". L'article 4 du même décret prévoit que : " La durée normale du stage et les conditions dans lesquelles elle peut éventuellement être prorogée sont fixées par les statuts particuliers des cadres d'emplois. Sous réserve de dispositions contraires prévues par ces statuts et de celles résultant des articles 7 et 9 du présent décret, la durée normale du stage est fixée à un an. Elle peut être prorogée d'une période au maximum équivalente si les aptitudes professionnelles du stagiaire ne sont pas jugées suffisantes pour permettre sa titularisation à l'expiration de la durée normale du stage. Cette prorogation n'est pas prise en compte dans le calcul de l'ancienneté lors de la titularisation de l'intéressé dans son nouveau grade ". Aux termes de l'article 9 du décret du 22 décembre 2006 susvisé portant statut particulier du cadre d'emplois des adjoints administratifs territoriaux : " A l'issue du stage, les stagiaires dont les services ont donné satisfaction sont titularisés par décision de l'autorité territoriale investie du pouvoir de nomination au vu notamment d'une attestation de suivi de la formation d'intégration établie par le Centre national de la fonction publique territoriale. () / Les adjoints administratifs territoriaux stagiaires () qui n'ont pas été autorisés à effectuer un stage complémentaire () sont soit licenciés s'ils n'avaient pas auparavant la qualité de fonctionnaire, soit réintégrés dans leur grade d'origine ".

3. Un agent public ayant, à la suite de son recrutement ou dans le cadre de la formation qui lui est dispensée, la qualité de stagiaire se trouve dans une situation probatoire et provisoire. La décision de ne pas le titulariser en fin de stage est fondée sur l'appréciation portée par l'autorité compétente sur son aptitude à exercer les fonctions auxquelles il peut être appelé et, de manière générale, sur sa manière de servir, et se trouve ainsi prise en considération de sa personne. L'autorité compétente ne peut donc prendre légalement une décision de refus de titularisation, qui n'est soumise qu'aux formes et procédures expressément prévues par les lois et règlements, que si les faits qu'elle retient caractérisent des insuffisances dans l'exercice des fonctions et la manière de servir de l'intéressé. Pour apprécier la légalité d'une décision de refus de titularisation d'un fonctionnaire stagiaire, le cas échéant après un stage complémentaire, il incombe au juge de vérifier qu'elle ne repose pas sur des faits matériellement inexacts, qu'elle n'est entachée ni d'erreur de droit, ni d'erreur manifeste dans l'appréciation de l'insuffisance professionnelle de l'intéressé, qu'elle ne revêt pas le caractère d'une sanction disciplinaire et n'est entachée d'aucun détournement de pouvoir et que, si elle est fondée sur des motifs qui caractérisent une insuffisance professionnelle mais aussi des fautes disciplinaires, l'intéressé a été mis à même de faire valoir ses observations.

4. Il n'est pas contesté que Mme B a fait preuve, aussi bien d'ailleurs au cours de son stage que de la période précédente, de compétences professionnelles reconnues par sa hiérarchie, qui a salué son savoir-faire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment du " point de stage " réalisé le 2 février 2023, ainsi que des comptes-rendus d'entretiens d'évaluation de stage qui ont eu lieu les 29 août et 11 décembre 2023 et le 6 mars 2024, que la qualité de ses relations professionnelles a été jugée insuffisante. Ainsi, tandis que le point de stage du 2 février 2023, réalisé par la précédente cheffe de service, met l'accent sur les difficultés relationnelles entre Mme B et l'une de ses collègues et indique que l'intéressée a fait évoluer, de sa propre initiative et sans validation de sa hiérarchie, le champ de ses missions, l'entretien du 29 août 2023, mené avec la nouvelle responsable du service, indique que sa " capacité relationnelle est à perfectionner " et que si son " comportement est adapté à l'usager ", elle " est invitée à améliorer son relationnel avec ses collègues et sa hiérarchie ". Cette évaluation négative est corroborée par l'entretien du 11 décembre 2023, qui relève que " le comportement professionnel de l'agent reste inadapté. Un manque de réserve et de sens collectif est observé, malgré des attentes d'amélioration rappelées individuellement et collectivement ", et par celui réalisé le 6 mars 2024 au cours de la période de stage complémentaire, qui mentionne que " l'agente se montre encore parfois impulsive et autocentrée, face aux besoins de polyvalence et d'adaptabilité à la vie du service ". Il ressort également des entretiens qui se sont tenus les 21 avril et 27 juillet 2023, dans le cadre de l'enquête administrative diligentée par la commune de Bois-Guillaume, que des conflits sont apparus, en février et à l'été 2023, entre la requérante et deux de ses collègues, ce qui a conduit la commune à ne pas renouveler le contrat de la première et à changer l'affectation de la seconde, et que Mme B a fait preuve de véhémence envers sa hiérarchie. La requérante ne contrebat pas sérieusement ces faits, qui ne peuvent trouver leur justification dans les seules difficultés organisationnelles du service, en produisant les témoignages de certains collègues et de ses responsables hiérarchiques qui l'ont côtoyée au cours des années 2018 à 2022, soit antérieurement à sa période de stagiairisation, et qui, au demeurant, mettent essentiellement l'accent sur ses qualités professionnelles non contestées. Dans ces conditions, il est démontré que, malgré les rappels à l'ordre qui lui ont été adressés et les axes d'amélioration qui lui ont été proposés, Mme B n'a pas fait preuve du savoir-être inhérent à l'exercice de ses fonctions d'agent public. Dès lors, elle n'est donc pas fondée à soutenir que la décision refusant de la titulariser repose sur des faits matériellement inexacts ou qu'elle procède d'une erreur manifeste dans l'appréciation de son insuffisance professionnelle. Il s'ensuit que les moyens ne peuvent être accueillis.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Bois-Guillaume au titre de ces mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Bois-Guillaume au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la commune de Bois-Guillaume.

Délibéré après l'audience du 4 avril 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Van Muylder, présidente,

- M. Armand, premier conseiller,

- M. Cotraud, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 avril 2025.

Le rapporteur,

G. ARMAND

La présidente,

C. VAN MUYLDERLe greffier,

J.-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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