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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404033

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404033

lundi 21 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404033
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantLEROY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 octobre 2024, M. C B, représenté par Me Leroy, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 1er octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ; d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de deux mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours ; de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ; de mettre fin aux mesures de surveillance ; de lui restituer son passeport et sa carte consulaire ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il a été adopté à l'issue d'une interpellation et d'un placement en garde à vue illégaux ;

L'obligation de quitter le territoire français :

- méconnaît son " droit à une bonne administration ", comprenant le droit d'être entendu, l'obligation de motivation et d'examen complet et sérieux de sa situation ; méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnait la jurisprudence Diaby ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Le refus d'octroi de délai de départ volontaire :

- méconnaît l'obligation de motivation et d'examen complet et sérieux de sa situation ;

- est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 612-1 à L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

L'interdiction de retour sur le territoire français :

- méconnaît l'obligation de motivation et d'examen complet et sérieux de sa situation ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est fondée sur un refus de d'octroi de délai de départ volontaire et une obligation de quitter le territoire français illégaux ;

- méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

L'assignation à résidence :

- est insuffisamment et incorrectement motivée ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 730-1 et L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions de l'article R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête en faisant valoir que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Bouvet comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouvet comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les observations de Me Leroy, pour M. B qui reprend et développe les moyens et conclusions de la requête et fait valoir, en outre : qu'un agent contractuel ne peut régulièrement signer une mesure de police ; que M. B n'a pas pu bénéficier d'un avocat et d'un interprète, lors de son audition.

- les observations de M. B.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 25 mai 2001, entré en France en mars 2018, selon ses déclarations, a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance (ASE) de la Seine-Maritime, le 16 mars 2018. L'intéressé a fait l'objet, le 17 septembre 2020, d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dont la légalité a été confirmée par une ordonnance du 6 septembre 2021 de la Cour administrative d'appel de Douai. M. B a été interpellé et placé en garde-à-vue, le 30 septembre 2024, pour usage de faux documents administratifs. Par l'arrêté litigieux du 1er octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, de prononcer l'admission de M. B, à l'aide juridictionnelle, à titre provisoire.

Sur la légalité de l'arrêté d'éloignement :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :

3. En premier lieu, d'une part, l'arrêté en litige a été pris par Mme A, qui disposait, en qualité de chargée de mission auprès de la cheffe du bureau de l'éloignement, d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime par arrêté n° 24-035 du 12 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 76-2024-119 du 12 juillet 2024, en cas d'absence ou d'empêchement du directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Seine-Maritime, M. E, de son adjointe, Mme G, de la cheffe du bureau de l'éloignement, Mme F et de son adjointe, Mme D. Il n'est nullement établi que les personnes précitées n'étaient pas absentes ou empêchées.

4. D'autre part, aux termes de l'article 43 du décret n° 2004-374 susvisé : " Le préfet de département peut donner délégation de signature, notamment en matière d'ordonnancement secondaire : () 7° Aux agents en fonction dans les préfectures, pour les matières relevant des attributions du ministre de l'intérieur () ". Ces dispositions n'excluent pas les agents de statut contractuel du nombre des bénéficiaires d'une délégation de signature du préfet, y compris s'agissant de la signature des mesures de police. Par suite, M. B, qui n'invoque la méconnaissance d'aucun texte, n'est pas fondé à soutenir que Mme A était incompétente pour signer l'acte attaqué compte tenu de son statut.

5. Il résulte de ce qui a été exposé aux points n° 3 et 4 que le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision en litige doit être écarté en ses deux branches.

6. En deuxième lieu, les circonstances de l'interpellation et du placement en garde-à-vue du requérant sont, en tout état de cause, sans incidence sur la légalité de l'arrêté litigieux.

7. En troisième lieu, l'arrêté énonce les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement des décisions qu'il comporte. Il est, dès lors, suffisamment motivé.

8. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier et sérieux de la situation personnelle de M. B, avant d'édicter les décisions litigieuses.

9. En dernier lieu, M. B a été entendu le 30 septembre 2024, notamment sur la perspective de l'édiction d'une mesure d'éloignement à son encontre, ainsi que l'établit le procès-verbal de la Police aux Frontières du Havre du même jour, versé aux débats par le préfet de la Seine-Maritime. A cette occasion, l'intéressé, qui n'a pas sollicité l'assistance d'un interprète et a déclaré lire " un peu " le français et le parler, a pu porter à la connaissance de l'autorité administrative, toutes les observations qu'il jugeait utiles, relatives à sa situation personnelle. Le droit d'être entendu n'impliquait nullement que l'administration notifie à l'intéressé son droit à bénéficier d'un conseil juridique, avocat ou non, dès le début de la phase préalable à l'adoption de la décision d'éloignement. Dans ces conditions, son droit d'être entendu, tel que protégé, notamment, par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, n'a donc pas été méconnu.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". En application de ces stipulations, il appartient à l'autorité administrative qui envisage de procéder à l'éloignement d'un ressortissant étranger en situation irrégulière d'apprécier si, eu égard notamment à la durée et aux conditions de son séjour en France, ainsi qu'à la nature et à l'ancienneté de ses liens familiaux sur le territoire français, l'atteinte que cette mesure porterait à sa vie familiale serait disproportionnée au regard des buts en vue desquels cette décision serait prise.

11. Au cas d'espèce, M. B ne peut valablement se prévaloir de sa durée de séjour sur le territoire français laquelle résulte, au moins partiellement, de ce qu'il ne s'est pas conformé à la mesure d'éloignement prononcée à son encontre, le 17 septembre 2020, dont la légalité a été confirmée par une ordonnance de la Cour administrative d'appel de Douai en date du 6 septembre 2021. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait sollicité la régularisation de sa situation administrative, depuis lors. Si les pièces versées aux débats permettent d'établir sa relation de couple avec une ressortissante française, cette relation est récente et il est constant que le couple ainsi formé n'a pas d'enfants. M. B n'est pas dépourvu d'attaches personnelles et familiales en Guinée, son pays d'origine, où vivent toujours sa mère, son frère et sa sœur, selon ses déclarations, consignées dans le procès-verbal du 30 septembre 2024 précité. Si M. B est fondé à se prévaloir d'estimables efforts d'insertion professionnelle depuis son arrivée en France, il ne justifie pas d'une telle insertion à la date d'adoption de la décision contestée. Au regard de l'ensemble de ces éléments, l'atteinte portée par le préfet de la Seine-Maritime au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant, protégé par les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne présente pas de caractère excessif. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit, par conséquent, être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ".

13. Ces dispositions sont issues en dernier lieu, dans leur rédaction applicable au litige, de l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024 susvisée pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration. Il ressort des travaux parlementaires ayant précédé son adoption que le législateur a notamment entendu codifier le principe selon lequel un étranger devant se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il a ainsi entendu imposer au préfet, avant l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français, de vérifier, compte tenu des informations en sa possession, si un étranger peut prétendre à se voir délivrer de plein droit un titre de séjour et, dans le cas contraire, si la durée de sa présence en France et la nature et l'ancienneté des liens qu'il y entretient ou des circonstances humanitaires justifient qu'il se voit délivrer un tel titre.

14. En l'espèce, si l'arrêté attaqué ne mentionne pas expressément que l'autorité préfectorale aurait procédé à la vérification mentionnée au point précédent, la décision portant obligation de quitter le territoire français a néanmoins été prise après un examen de l'atteinte qu'elle était susceptible de porter au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 613-1 doit être écarté. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant pourrait prétendre à se voir délivrer de plein droit un titre de séjour de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance de la jurisprudence Diaby doit également être écarté.

15. En dernier lieu, l'erreur manifeste d'appréciation dont l'autorité administrative aurait entaché la mesure d'éloignement litigieuse, n'est pas établie, au regard des motifs précédemment exposés.

En ce qui concerne le refus d'octroi de délai de départ volontaire :

16. En premier lieu, les moyens soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ayant tous été écartés, M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette décision, au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

18. Il ressort des pièces du dossier que M. B a sollicité un titre de séjour, le 17 mai 2019, qui lui a été refusé. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime ne pouvait se fonder sur les dispositions du 1°) de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire. Toutefois, l'intéressé, a fait état, au cours de l'audition du 30 septembre 2024, de sa volonté de ne pas se conformer à une éventuelle mesure d'éloignement. Dans ces conditions, alors, au surplus, que M. B ne s'est pas conformé à la précédente mesure d'éloignement prononcée à son encontre, malgré la confirmation de sa légalité par la Cour administrative d'appel de Douai dans les conditions rappelées précédemment, le préfet de la Seine-Maritime était fondé à tenir le risque de fuite pour établi. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions citées au point précédent que le préfet a pu refuser de lui octroyer un délai de départ volontaire.

19. En troisième lieu, pour les motifs exposés au point n°10, la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire, ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

20. En dernier lieu, pour les motifs précédemment exposés, l'erreur manifeste d'appréciation dont serait entachée la décision portant refus d'octroi de délai de départ volontaire, n'est pas établie.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

21. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

22. En l'absence de délai de départ volontaire, aucune circonstance humanitaire qui ressortirait des pièces du dossier ne justifiait que le préfet de la Seine-Maritime ne prononçât pas d'interdiction de retour à l'encontre de M. B. Toutefois, eu égard à la triple circonstance, d'une part, que M. B, contrairement à ce que soutient l'administration, justifie résider en France depuis 2018, année durant laquelle il a été pris en charge par l'ASE, d'autre part, qu'il justifie d'une relation de couple, certes récente, avec une ressortissante française, et, enfin, qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, en fixant la durée de cette interdiction à un an, le préfet de la Seine-Maritime a fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ce, alors même que l'intéressé a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement, à sa majorité. Il suit de là, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à l'encontre de cette décision, que l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. B, doit être annulée.

23. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à solliciter l'annulation de la décision du 1er octobre 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur la légalité de l'arrêté d'assignation à résidence :

24. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". Aux termes de l'article R. 733-1 du même code : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

25. Il ressort des motifs de l'arrêté litigieux que M. B, qui réside 19 rue Etienne Dolet au Petit-Quevilly, commune située sur la circonscription de sécurité publique de Rouen, doit se présenter deux fois par semaine " auprès des services de la Police aux Frontières du Havre ", circonscription de sécurité publique distincte, au demeurant distante de plus de quatre-vingt kilomètres du domicile du requérant. A cet égard, l'administration ne peut valablement se prévaloir d'une simple erreur de plume dès lors que le dispositif de la décision, qui est revêtu de la force exécutoire, dispose, en son article 1er, que M. B " ne peut quitter les communes de la circonscription de sécurité publique du Havre " et, en son article 2, " qu'il devra se présenter les lundis et jeudis () dans les locaux du Bureau de Police () [du] Petit-Quevilly " situés sur la circonscription de sécurité publique de Rouen. Cette rédaction équivoque et cette injonction contradictoire ne permettent pas de connaître la portée de la décision prise à l'encontre du requérant, ni plus que la nature des obligations qui lui sont faites. En outre, pour fonder l'assignation à résidence en litige, le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé sur la circonstance que M. B " ne présente pas de document de voyage en cours de validité " alors même qu'il ressort des pièces versées aux débats, en particulier du " récépissé contre remise de document de voyage d'une personne de nationalité étrangère en situation irrégulière " que l'intéressé a remis à l'administration, le 1er octobre 2024, jour de l'édiction de l'assignation à résidence litigieuse, son passeport guinéen valable jusqu'au 27 octobre 2031, dont l'authenticité n'est pas contestée. Dans ces conditions, le requérant est fondé à soutenir que la décision en litige méconnaît les dispositions citées au point précédent. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à son encontre, cette décision encourt l'annulation.

Sur l'injonction :

26. En premier lieu, aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ".

27. En application des dispositions citées au point précédent, il appartient au préfet de la Seine-Maritime de procéder à la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans les conditions prévues à l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 susvisé, en tant que ce signalement résulte de l'interdiction de retour sur le territoire français du 1er octobre 2024 annulée par le présent jugement.

28. En second lieu, aux termes de l'article L. 614-18 : " Si la décision d'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 est annulée, il est immédiatement mis fin à cette mesure et le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné à cette fin rappelle à l'étranger son obligation de quitter le territoire français. ".

29. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent jugement implique nécessairement la restitution à M. B de son passeport retenu par les services de police. En outre, l'exécution du présent jugement implique, en application de l'article L. 614-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il soit mis fin immédiatement aux mesures de surveillance de M. B.

Sur les frais liés au litige :

30. M. B a été admis, à titre provisoire, à l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Leroy, conseil de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à cette avocate d'une somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, une somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 1er octobre 2024 prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à l'encontre de M. B, est annulée.

Article 3 : La décision du 1er octobre 2024 assignant M. B à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, est annulée.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Leroy renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Leroy, conseil du requérant, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. B par le bureau d'aide juridictionnelle, une somme de 1 000 euros sera versée à M. B.

Article 5 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.

Article 6 : En application des dispositions de l'article L. 614-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est rappelé à M. B son obligation de quitter le territoire français.

Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Me Magali Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 octobre 2024

Le magistrat désigné,

signé

C. BOUVET

Le greffier,

signé

J-L. MICHEL

La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2404033

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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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