vendredi 25 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2404048 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 8 octobre 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 15 octobre 2024, M. A B représenté par Me Assor-Doukhan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour " salarié " ou " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler ; à titre subsidiaire d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation à compter du jugement à intervenir, sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;
- en estimant qu'il ne pouvait bénéficier d'une admission exceptionnelle au séjour, le préfet a entaché la mesure d'éloignement d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 435-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des énonciations de la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- l'assignation à résidence est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Bouvet, premier conseiller, comme juge du contentieux des décisions relatives à l'éloignement et à la rétention des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouvet ;
- les observations de Me Kalfon, pour M. B, qui reprend et développe les moyens soulevés dans la requête.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien né le 20 novembre 1994, déclare être entré en France en 2020, à une date non spécifiée. Par un arrêté du 6 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande l'annulation de ces décisions.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui cite, notamment, les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état de la situation personnelle et familiale de M. B, est suffisamment motivée.
3. En deuxième lieu, le requérant doit être regardé comme soutenant qu'il serait en mesure de faire valoir des circonstances exceptionnelles lui permettant de bénéficier des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile eu égard, en particulier, à son insertion professionnelle et sa vie privée et familiale, en France.
4. Lorsque la loi prescrit l'attribution de plein droit d'un titre de séjour à un étranger, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement être l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français. Tel n'est pas le cas de la mise en œuvre des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne prescrivent pas la délivrance d'un titre de plein droit mais laissent à l'administration un large pouvoir pour apprécier si l'admission au séjour d'un étranger répond à des considérations humanitaires ou si elle se justifie au regard des motifs exceptionnels dont l'intéressé se prévaut. Le législateur n'a ainsi pas entendu imposer à l'administration d'examiner d'office si l'étranger remplit les conditions prévues par cet article. Il en résulte qu'un étranger ne peut pas utilement invoquer le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 435-1 à l'encontre d'une obligation de quitter le territoire français alors qu'il n'avait pas présenté une demande de titre de séjour sur le fondement de cet article et que l'autorité compétente n'a pas procédé à un examen d'un éventuel droit au séjour à ce titre. A le supposer ainsi soulevé, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit donc être écarté comme inopérant.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
6. Au cas d'espèce, si M. B se prévaut d'une résidence habituelle en France depuis 2020, sans plus de précisions, aucune pièce versée aux débats ne permet de démontrer sa présence sur le territoire national avant le 4 septembre 2021. Si l'intéressé se prévaut d'une relation de couple avec une ressortissante française entamée en juillet 2021, selon ses dires, l'ancienneté de cette relation n'est pas démontrée et il est constant, en outre, que le couple ainsi formé n'a pas d'enfants. Il ne peut être tenu pour établi que M. B est totalement dépourvu d'attaches personnelles et familiales en Algérie, pays dans lequel il a passé la majeure partie de son existence. Enfin, si l'intéressé peut se prévaloir d'une amorce d'insertion professionnelle en qualité d'employé polyvalent de la société de restauration rapide SAS SAMOCI, cette circonstance ne suffit pas, à elle seule, à démontrer qu'il a fixé en France le centre de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, en lui faisant obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
7. En quatrième lieu, eu égard aux motifs précédemment exposés, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, doit être écarté.
8. En cinquième lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre l'interdiction de retour sur le territoire français.
9. En dernier lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité au soutien de ses conclusions dirigées contre la décision portant assignation à résidence.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à solliciter l'annulation des arrêtés litigieux du 6 octobre 2024. Ses conclusions formées à cette fin doivent dès lors être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
C. BOUVET
La greffière,
A. LENFANT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2404048
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