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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404051

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404051

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404051
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. B, ressortissant marocain, contestant un arrêté préfectoral du 3 octobre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour d'un an et une assignation à résidence. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que les moyens soulevés, notamment la violation du droit d'être entendu, le défaut d'examen particulier et l'erreur manifeste d'appréciation, n'étaient pas fondés. La décision s'appuie sur les articles L. 613-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que sur l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Mahieu, associée de la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2024, notifié le même jour, par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 octobre 2024, notifié le même jour, par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 ; à titre subsidiaire de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

L'obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- a été prise en violation de son droit d'être entendu ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

- est insuffisamment motivée ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant son pays de destination :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

L'interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation en ce qu'elle est disproportionnée ;

L'assignation à résidence :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale dès lors qu'il n'existe aucune perspective raisonnable d'éloignement ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 18 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bouvet, premier conseiller, comme juge du contentieux des décisions relatives à l'éloignement et à la rétention des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bouvet ;

- les observations de Me Yousfi, substituant Me Mahieu, pour M. B, qui reprend et développe les moyens soulevés dans la requête ;

- les observations de M. B.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant marocain né le 4 janvier 1976, déclare être entré en France le 19 juin 2024, muni d'un visa de court-séjour. L'intéressé a été interpellé, le 2 octobre 2024 pour, notamment, des faits d'usage de faux document puis placé en garde à vue. Par un arrêté du 3 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'un an. Par un arrêté du même jour, le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. M. B demande l'annulation de ces décisions.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée, d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté d'éloignement du 3 octobre 2024 :

S'agissant du moyen commun aux décisions contestées :

3. En premier lieu, l'arrêté en litige, qui vise les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rappelle la nationalité du requérant, indique qu'il n'a jamais déposé de demande de titre de séjour, mentionne qu'il n'est pas établi que l'intéressé pourrait être soumis à la torture ou à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé à sa vie privée et familiale et, enfin, fait état des motifs pour lesquels le préfet de la Seine-Maritime a décidé de prendre les décisions attaquées. L'arrêté comportant ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde avec une précision suffisante pour permettre à l'intéressé d'en comprendre les motifs. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal d'audition du 2 octobre 2024 établi par les services de la Police aux Frontières de Rouen, que M. B a été entendu, préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué, sur son parcours depuis son départ de son pays d'origine, les démarches effectuées en France, sa situation au regard de son droit au séjour, sa situation privée et familiale et la perspective d'un retour dans son pays d'origine. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne relatif au droit d'être entendu doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant d'édicter la mesure d'éloignement litigieuse.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ".

7. Ces dispositions sont issues en dernier lieu, dans leur rédaction applicable au litige, de l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024 susvisée pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration. Il ressort des travaux parlementaires ayant précédé son adoption que le législateur a notamment entendu codifier le principe selon lequel un étranger devant se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il a ainsi entendu imposer au préfet, avant l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français, de vérifier, compte tenu des informations en sa possession, si un étranger peut prétendre à se voir délivrer de plein droit un titre de séjour et, dans le cas contraire, si la durée de sa présence en France et la nature et l'ancienneté des liens qu'il y entretient ou des circonstances humanitaires justifient qu'il se voit délivrer un tel titre.

8. En l'espèce, si l'arrêté attaqué ne mentionne pas expressément que l'autorité préfectorale aurait procédé à la vérification mentionnée au point précédent, la décision portant obligation de quitter le territoire français a néanmoins été prise après un examen de l'atteinte qu'elle était susceptible de porter au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale. En outre, la circonstance alléguée que l'intéressé possède un permis de conduire international, ne permet pas, par elle-même, de retenir qu'il pourrait valablement se prévaloir d'un droit au séjour au titre du travail alors, au surplus, que l'intéressé a été interpellé pour avoir présenté aux forces de police un faux permis de conduire italien. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 613-1 doit être écarté.

9. En dernier lieu, M. B, entré très récemment sur le territoire national, le 19 juin 2024, muni d'un visa court-séjour, n'y dispose d'aucune attache personnelle ou familiale. L'intéressé n'a jamais déposé de demande de titre de séjour, ni effectué de démarches visant à régulariser sa situation administrative. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en l'obligeant à quitter le territoire français.

S'agissant de la décision refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. Ainsi qu'il a été dit précédemment, M. B n'a jamais déposé de demande de titre de séjour de sorte que le risque de fuite, au sens du 1° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pouvait être tenu pour établi par l'administration. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime était fondé, sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation, à refuser d'octroyer un délai de départ volontaire au requérant.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, eu égard à ce qui a été énoncé précédemment s'agissant de la légalité de l'obligation de quitter le territoire français, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité.

12. En second lieu, il ne ressort pas des termes de la décision, qui entend fixer comme pays de destination, outre le pays dont M. B a la nationalité, tout pays dans lequel le requérant est légalement admissible, et alors que l'intéressé n'a pas fait état de risques encourus dans son pays d'origine, qu'elle serait entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant d'édicter l'interdiction de retour sur le territoire français litigieuse.

14. En second lieu, alors qu'il ne dispose d'aucune attache personnelle ou familiale sur le territoire national, le requérant n'est pas fondé à invoquer, de façon générale, une méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant, à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, prononcée à son encontre. Pour les mêmes motifs, la décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la légalité de l'arrêté du 16 mars 2024 portant assignation à résidence :

15. En premier lieu, l'arrêté attaqué cite les termes des articles L. 731-1 et L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et rappelle, notamment, que M. B a fait l'objet, le 3 octobre 2024, d'une obligation de quitter le territoire français sans délai et qu'il présente un passeport en cours de validité. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision d'assignation à résidence, qui comporte les considérations de droit et de fait qui la fondent, est insuffisamment motivée, doit être écarté.

16. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

17. M. B ayant fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français sans délai, il pouvait faire l'objet d'une assignation à résidence. Le requérant n'apporte aucun élément de nature à établir que son éloignement ne demeure pas une perspective raisonnable alors, au demeurant, qu'il dispose d'un passeport en cours de validité, circonstance de nature à faciliter les démarches consulaires requises pour l'organisation d'un tel éloignement. Dans ces conditions, la mesure d'assignation à résidence ne méconnaît pas les dispositions précitées de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

18. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de M. B avant d'édicter l'assignation à résidence litigieuse.

19. En dernier lieu, au regard de l'ensemble des éléments précédemment exposés, et alors que M. B ne fait état d'aucune circonstance de nature à démontrer que les modalités d'exécution de la mesure contestée seraient disproportionnées, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée, n'est pas établie.

20. Il résulte de tout ce qui précède, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 octobre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de destination et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, pas plus qu'il n'est fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du même jour par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence. Ses conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

C. BOUVET

La greffière,

A. LENFANT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

No 2404051

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