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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404065

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404065

mardi 15 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404065
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantYOUSFI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Yousfi, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Yousfi au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, valant renonciation de l'avocat à la part contributive de l'Etat, à titre subsidiaire de lui verser la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que l'arrêté attaqué :

o est insuffisamment motivé ;

o méconnaît son droit d'être entendu ;

o est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

o méconnaît les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

o est entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Favre comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les pièces remises par M. A à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre, magistrate désignée ;

- les observations de Me Yousfi, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'il développe et ajoute que la décision méconnaît le principe d'autorité de la chose jugée du jugement n°2403585 du 13 septembre 2024 du tribunal ;

- M. A, qui répond aux questions posées par le tribunal.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Une note en délibéré présentée pour M. A a été enregistrée le 15 octobre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né le 16 mai 1994, déclare être entré sur le territoire français en 2013. Le 25 juillet 2024, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans, cette dernière décision ayant été annulée par le jugement n°2403585 du 13 septembre 2024 du tribunal. Par l'arrêté attaqué du 30 septembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Dans les circonstances de l'espèce, eu égard à l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

4. En l'espèce, il ressort du dossier que M. A a refusé d'être auditionné les 7 juin 2024 et 21 juin 2024 durant sa détention. En outre, il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier que M. A aurait été empêché de présenter des observations qui auraient été de nature à ce que la procédure administrative aboutisse à un résultat différent. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / () ".

6. La décision prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, qui vise les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne notamment que les conditions de son entrée et de la durée de son séjour en France, qu'il a fait l'objet d'une mesure d'éloignement le 25 juillet 2024 et qu'il présente une menace pour l'ordre public. Ainsi, cette décision, dont les motifs attestent de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressée, des quatre critères énoncés par l'article L. 612-10 précité, est suffisamment motivée. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen réel et sérieux ne peuvent qu'être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

8. Il ressort des pièces des dossiers que M. A a fait l'objet d'une mesure d'obligation de quitter le territoire français le 25 juillet 2024, dont la légalité n'a pas été remise en cause par le jugement n°2403585 du 13 septembre 2024 du tribunal. Il a fait l'objet de plusieurs condamnations pénales à des peines d'emprisonnement, pour la durée d'un an par jugement du 16 novembre 2015 pour vol aggravé et vol avec violences, pour la durée de six mois par jugement du 14 juin 2018 pour recel et conduite sans permis et pour la durée de six ans par arrêt du 14 mai 2019 pour, notamment, acquisition et importation non autorisée de stupéfiants et trafic et détention d'une arme. Il est le père d'un enfant, né en février 2017, de nationalité française, qu'il a revu lors de sa détention en 2018 et 2019 mais dont il n'établit pas, par les pièces qu'il produit à la présente instance, participer à son éducation et, à hauteur de ses facultés contributives, à son entretien. Libéré en 3 septembre 2024, il ne fait état d'aucune perspective sérieuse d'insertion professionnelle. Il n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où sa famille pourra lui rendre visite. En outre, par les pièces médicales qu'il produit, M. A n'établit pas que son état de santé ne pourrait pas être effectivement pris en charge en Algérie, son pays d'origine. Sa situation ne relève pas de circonstances humanitaires qui feraient obstacle à ce que le préfet de la Seine-Maritime lui interdise le retour sur le territoire français pendant la durée de trois ans. Par suite, en prononçant la décision litigieuse, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée, eu égard aux buts poursuivis, ni porté atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant mineur. Les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent donc être écartés. De même, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

9. En dernier lieu, le requérant ne saurait utilement invoquer l'autorité de la chose jugée qui s'attache au jugement n°2403585 du 13 septembre 2024 devenu définitif, lequel a annulé, compte-tenu de sa durée la décision du 23 juillet 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime a interdit à M. A le retour sur le territoire français pendant la durée de cinq ans dès lors que les conclusions visées dans la présente instance, qui tendent à l'annulation de la décision du 30 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, ne présentent pas d'identité d'objet avec le litige tranché par le jugement du 13 septembre 2024.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Yousfi et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

L. FAVRE

La greffière,

Signé :

P.HIS

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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