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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404113

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404113

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404113
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantBARHOUM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 octobre 2024, M. A E, représenté par Me Barhoum, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 27 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé d'un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est intervenu au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendu ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 2 septembre 2024, le président du tribunal a désigné M. B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers sur lesquelles il est statué selon les procédures visées au chapitre Ier du titre II du livre IX du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles visées aux chapitres VI, VII, VII bis et VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 18 octobre 2024, après avoir présenté son rapport, le magistrat désigné a entendu les observations de Me Dantier, substituant Me Barhoum pour M. E, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête. Elle a insisté sur le fait que, en se rendant en Espagne après l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet, il avait pensé exécuter cette mesure, sur le défaut d'examen de sa situation, l'arrêté attaqué ne faisant pas état de sa relation sentimentale, et sur la disproportion de la durée de l'interdiction de retour après prolongation. Elle a enfin relevé que le comportement de M. E ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Ont été entendues, en l'absence de M. E, les observations de Mme C D, sa compagne, qui a apporté des précisions sur leur relation sentimentale.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, à 10 h 45, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant algérien né le 23 novembre 1996, déclare être entré en France au mois de septembre 2021, en provenance d'Espagne. Par un arrêté du 12 mai 2023, le préfet du Val-d'Oise lui a fait obligation de quitter le territoire français et a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an. Par suite du placement en retenue administrative de l'intéressé, le 26 septembre 2024, à fin de vérification de son droit au séjour, et par l'arrêté attaqué du 27 septembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a prolongé d'un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français précédemment prononcée par l'arrêté du 12 mai 2023.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application des dispositions précitées.

Sur la recevabilité de la requête :

4. D'une part, aux termes de l'article R. 614-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de prolongation d'une interdiction de retour en application de l'article L. 612-11 peut être contestée devant le tribunal administratif selon la procédure prévue à l'article L. 921-1 ou, lorsque l'étranger est placé en rétention administrative, selon la procédure prévue à l'article L. 921-2. () ". Aux termes de l'article L. 921-1 du même code : " Lorsqu'une disposition du présent code prévoit qu'une décision peut être contestée selon la procédure prévue au présent article, le tribunal administratif peut être saisi dans le délai de sept jours à compter de la notification de la décision. () ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

6. Il résulte de ces dispositions que, lorsque les mentions relatives aux délais de recours contre une décision administrative figurant dans la notification de cette décision sont erronées, elles doivent être regardées comme seules opposables au destinataire de la décision lorsqu'elles conduisent à indiquer un délai plus long que celui qui résulterait des dispositions normalement applicables.

7. Il ressort des pièces du dossier que si la requête de M. E a été enregistrée au greffe du tribunal, le 11 octobre 2024, plus de sept jours suivant la notification, le 27 septembre 2024, de l'arrêté attaqué, celui-ci indique, à son article 6, qu'il pouvait être contesté dans un délai de quinze jours à compter de sa notification, plus long que celui normalement applicable prévu à l'article L. 921-1 précité, et dès lors seul opposable. Il s'ensuit que la requête de M. E ne saurait être regardée comme tardive.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

8. En premier lieu, M. E a été entendu le 27 septembre 2024, préalablement à l'intervention de l'arrêté attaqué, sur ses attaches en France et dans son pays d'origine et la perspective de son éloignement. Par suite, le moyen tiré de ce que le droit de l'intéressé à être entendu préalablement à l'intervention d'une décision qui l'affecterait défavorablement n'a pas été respecté, doit être écarté.

9. En deuxième lieu, ainsi que le soutient M. E, l'arrêté attaqué ne mentionne pas la relation sentimentale qu'il entretient avec une ressortissante française, alors qu'il en avait fait état lors de son audition. Il ne ressort toutefois pas des pièces du dossier que, compte tenu de son caractère récent et de l'absence d'incidence quant au droit au séjour de l'intéressé, une telle omission, qui ne révèle pas à elle seule un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé, aurait été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision prise. Sous cette réserve, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un tel examen. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

10. En dernier lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; () / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public ".

11. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

12. Il ressort des pièces du dossier que tant la présence de M. E en France que sa relation avec une ressortissante française et leur vie commune sont récentes. Il n'allègue pas disposer d'attaches familiales en France, alors que ses parents et sa fratrie résident en Algérie, et ne justifie d'aucune perspective d'insertion. Ses allégations quant à ses craintes en cas de retour dans son pays d'origine ne sont assorties d'aucun commencement de preuve. Par ailleurs, à la supposer avérée, ce qui ne ressort pas des pièces du dossier, la circonstance que M. E se soit rendu en Espagne après l'obligation de quitter le territoire français édictée le 12 mai 2023, ne saurait permettre, ainsi d'ailleurs qu'il l'admet lui-même, de le regarder comme ayant exécuté cette mesure d'éloignement au sens de l'article L. 711-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, et alors même qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé présente une menace pour l'ordre public, l'arrêté attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit être écarté.

13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 27 septembre 2024 du préfet de la Seine-Maritime doivent être rejetées de même que, par voie de conséquence, les conclusions présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1 : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Barhoum et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

J. BLa greffière,

A. Lenfant

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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