Le Tribunal Administratif de Rouen a examiné la requête de M. A... contestant la décision du ministre de l'intérieur du 24 mai 2024 invalidant son permis de conduire et les retraits de points pour des infractions commises en avril 2022. Le tribunal a d'abord jugé irrecevables les conclusions relatives aux infractions du 7 avril 2022, le solde de points étant redevenu positif en cours d'instance. Sur le fond, concernant l'infraction du 4 avril 2022, le tribunal a rejeté le moyen tiré du défaut d'information préalable, estimant que le paiement de l'amende forfaitaire par M. A... établissait qu'il avait reçu les informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. La requête a donc été rejetée dans son ensemble.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 11 octobre 2024 et le 31 octobre 2025, M. A..., représenté par Me Dufour, demande au tribunal :
1°) d’annuler la décision du 24 mai 2024 par laquelle le ministre de l’intérieur a constaté l’invalidité de son permis de conduire et les décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises les 4 avril, 7 avril 2022 à 00h12, 00h13 et 00h14;
2°) d’enjoindre au ministre de lui restituer les points illégalement retirés ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2000 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la procédure suivie est irrégulière.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 février 2025, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête comme infondée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. B..., magistrat honoraire, en application de l’article R. 222-13 du code de justice administrative pour statuer sur les litiges relevant de cet article.
En application de l’article R. 732-1-1 du code de justice administrative, le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l’audience, M. B... a présenté son rapport.
Les parties n’étaient ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
Sur l’étendue du litige :
1. Il résulte de l’instruction, et notamment du relevé d’information intégral du 4 février 2025 afférent au titre de conduite de M. A... que le solde de points du permis de conduire de l’intéressé est devenu positif en cours d’instance. Ainsi, les conclusions dirigées contre la décision référencée « 48 SI » du 24 mai 2024, et les décisions de retrait de points afférentes aux infractions commises le 7 avril 2022 n’entraînent plus de retrait de points, lesquels doivent être regardées comme ayant été restitués antérieurement à l’introduction de la requête. Il suit de là que les conclusions tendant à l’annulation de ces décisions de retrait de points du permis de conduire du requérant sont irrecevables.
Sur le surplus des conclusions de la requête :
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut de communication des informations mentionnées aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route :
2. Aux termes de l’article L. 223-3 du code de la route : « Lorsque l'intéressé est avisé qu'une des infractions entraînant retrait de points a été relevée à son encontre, il est informé des dispositions de l'article L. 223-2, de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès conformément aux articles L. 225-1 à L. 225-9. Lorsqu'il est fait application de la procédure de l'amende forfaitaire ou de la procédure de composition pénale, l'auteur de l'infraction est informé que le paiement de l'amende ou l'exécution de la composition pénale entraîne le retrait du nombre de points correspondant à l'infraction reprochée, dont la qualification est dûment portée à sa connaissance ; il est également informé de l'existence d'un traitement automatisé de ces points et de la possibilité pour lui d'exercer le droit d'accès. (…) ». Aux termes de l’article R. 223-3 du même code : « I. - Lors de la constatation d'une infraction entraînant retrait de points, l'auteur de celle-ci est informé qu'il encourt un retrait de points si la réalité de l'infraction est établie dans les conditions définies à l'article L. 223-1. II. - Il est informé également de l'existence d'un traitement automatisé des retraits et reconstitutions de points et de la possibilité pour lui d'accéder aux informations le concernant. Ces mentions figurent sur le document qui lui est remis ou adressé par le service verbalisateur. Le droit d'accès aux informations ci-dessus mentionnées s'exerce dans les conditions fixées par les articles L. 225-1 à L. 225-9. III. - Lorsque le ministre de l'intérieur constate que la réalité d'une infraction entraînant retrait de points est établie dans les conditions prévues par le quatrième alinéa de l'article L. 223-1, il réduit en conséquence le nombre de points affecté au permis de conduire de l'auteur de cette infraction. (…) ».
3. Il résulte de ces dispositions que l’administration ne peut légalement prendre une décision retirant des points affectés à un permis de conduire à la suite d’une infraction dont la réalité a été établie, que si l’auteur de l’infraction s’est vu, préalablement, délivrer un document contenant les informations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, lesquelles constituent une garantie essentielle lui permettant de contester la réalité de l’infraction et d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis. Il appartient à l’administration d’apporter la preuve, par tout moyen, qu’elle a satisfait à cette obligation d’information.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A... s’est acquitté du paiement de l’amende forfaitaire afférente à l’infraction du 4 avril 2022. Le requérant doit donc être regardé comme ayant nécessairement reçu les extraits du titre exécutoire sous forme d'avis correspondant à ces infractions. Eu égard aux mentions dont cet avis doit être revêtu, l'administration doit être également regardée qu’elle s'est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement des amendes forfaitaires, les informations requises en vertu des dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. En tout état de cause, à supposer même que l’amende ait été recouvrée par la voie d’une saisie administrative, le requérant ne peut en tout état de cause pas se prévaloir utilement des dispositions citées au point 2 dés lors qu’il a déjà reçu à plusieurs reprises les informations utiles à l’occasion d’infractions suffisamment rapprochées.
En ce qui concerne le moyen tiré de la réalité des infractions :
5. Aux termes de l’article L. 223-1 du code de la route : « (…) La réalité d’une infraction entraînant retrait de point est établie par le paiement d’une amende forfaitaire ou l’émission du titre exécutoire de l’amende forfaitaire majorée, l’exécution d’une composition pénale ou par une condamnation définitive. (…) ».
6. Il n’appartient pas au juge administratif de se prononcer sur la recevabilité d’une réclamation contre le titre exécutoire d’une amende forfaitaire majorée, laquelle est appréciée par l’officier du ministère public sous le contrôle de la juridiction pénale devant laquelle l'auteur de la réclamation dispose d'un recours. Si le titulaire du permis de conduire peut utilement faire valoir devant le tribunal administratif, à l'appui d'une contestation relative au retrait de points, que la réalité de l'infraction n'est pas établie compte tenu de l’annulation du titre exécutoire du fait d'une réclamation, il ne saurait se borner à justifier de la présentation de cette réclamation mais doit établir qu'elle a été regardée comme recevable et a par suite entraîné l’annulation du titre. Cette preuve peut être apportée soit par un document émanant de l'autorité judiciaire, soit, au besoin, par le document couramment intitulé "bordereau de situation des amendes et des condamnations pécuniaires", tenu par le comptable public pour chaque contrevenant et dont la personne concernée peut obtenir communication en application de l'article L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration.
7. En l’espèce l’intéressé, se borne à faire valoir qu’il a présenté une réclamation sans préciser les suites données à ladite réclamation. Il s’ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de cet article ne peut qu’être écarté.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejeté.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... et au ministre de l’intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2025.
Le magistrat désigné,
H. B...
La greffière,
P. HIS
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.