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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404131

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404131

mercredi 23 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404131
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 octobre 2024, M. A E, représenté par Me Mary, associé de la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 10 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 10 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de réexaminer sans délai sa situation et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;

- est insuffisamment motivée ;

- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendu ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle, en particulier de son droit au séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant refus de délai de départ volontaire :

- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;

- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendu ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision fixant le pays de renvoi :

- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature ;

- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendu ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendu ;

- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

L'arrêté portant assignation à résidence :

- a été signé par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- est intervenu au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendu ;

- doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 2 septembre 2024, le président du tribunal a désigné M. C comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers sur lesquelles il est statué selon les procédures visées au chapitre Ier du titre II du livre IX du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles visées aux chapitres VI, VII, VII bis et VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 18 octobre 2024, après avoir présenté son rapport, le magistrat désigné a entendu les observations de Me Lechevalier, substituant Me Mary pour M. E, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête. Elle a en outre souligné les incohérences émaillant les arrêtés attaqués. Ont également été entendues les observations de M. E, assisté par téléphone de Mme B, interprète en langue géorgienne, qui a rappelé les raisons de son départ de Géorgie et apporté des précisions sur les modalités de son séjour en France.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, à 10 h 18, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. A E, ressortissant géorgien né le 10 décembre 1986, déclare être entré en France le 18 février 2018. L'intéressé a déposé une demande d'asile le 29 juin 2018. Par une décision du 21 août 2018, confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 10 avril 2019, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté cette demande. Par un arrêté du 30 juillet 2020, le préfet de la Seine-Maritime a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français. Par jugement n° 2003191 du 18 septembre 2020, confirmé par une ordonnance n° 21DA00041 du 25 mars 2021 du président de la cour administrative d'appel de Douai, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a rejeté le recours de M. E formé contre cet arrêté. Par suite de son placement en garde à vue le 3 novembre 2020 pour des faits de soustraction à la mesure d'éloignement précitée et par un arrêté du même jour, le préfet de la Seine-Maritime a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un jugement n° 2004305 du 9 décembre 2020, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a annulé cet arrêté. Par courrier du 4 octobre 2021, M. E a sollicité son admission exceptionnelle au séjour. Par un arrêté du 1er décembre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande et a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français. Par un jugement n° 2201060 du 15 juillet 2022, le tribunal administratif de Rouen a rejeté le recours de M. E contre cet arrêté. Par suite du placement en garde à vue de ce dernier pour des faits de conduite sans permis de conduire et usage de faux documents, et par le premier arrêté attaqué du 10 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an. Par le second arrêté attaqué du même jour, le préfet de la Seine-Maritime a assigné M. E à résidence.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application des dispositions précitées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les arrêtés attaqués pris dans leur ensemble :

4. En premier lieu, par arrêté du 12 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, librement consultable par les parties sur son site internet, Mme D, chargée de mission auprès de la cheffe du bureau de l'éloignement, a reçu délégation à l'effet de signer, en l'absence de celle-ci et dans le cadre des attributions du bureau, les décisions relatives les mesures d'éloignement des étrangers, les décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour, fixant le pays de renvoi et les décisions d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des arrêtés attaquées doit être écarté.

5. En deuxième lieu, M. E a été entendu le 9 octobre 2024, préalablement à l'intervention des arrêtés attaqués, sur la perspective de son éloignement. Par suite, alors en outre que, ne faisant état d'aucune circonstance qu'il aurait pu porter à la connaissance du préfet, il n'a pas été privé de la possibilité de mieux faire valoir sa défense, le moyen tiré de ce que le droit de l'intéressé à être entendu préalablement à l'intervention d'une décision qui l'affecterait défavorablement n'a pas été respecté, doit être écarté.

6. En dernier lieu, fussent-elles regrettables, il ne ressort pas des pièces du dossier que les erreurs et incohérences entachant les arrêtés attaqués ont été de nature à influencer le sens des décisions prises. Ce moyen doit par suite être écarté.

En ce qui concerne l'arrêté du 10 octobre 2024 portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixation du pays de renvoi et interdiction de retour d'une durée d'un an :

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, vise les dispositions dont il fait application et relève que la demande de titre de séjour de M. E a été rejetée. Elle fait également état de sa situation personnelle et familiale, à la fois sur le territoire français et dans son pays d'origine. Elle comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ".

9. Ces dispositions sont issues en dernier lieu, dans leur rédaction applicable au litige, de l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024 susvisée pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration. Il ressort des travaux parlementaires ayant précédé son adoption que le législateur a notamment entendu codifier le principe selon lequel un étranger devant se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il a ainsi entendu imposer au préfet, avant l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français, de vérifier, compte tenu des informations en sa possession, si un étranger peut prétendre à se voir délivrer de plein droit un titre de séjour et, dans le cas contraire, si la durée de sa présence en France et la nature et l'ancienneté des liens qu'il y entretient ou des circonstances humanitaires justifient qu'il se voit délivrer un tel titre.

10. Si la décision attaquée ne mentionne pas que le préfet ait examiné le droit au séjour de M. E, il ressort de ses termes qu'il a apprécié ses conséquences sur la vie privée et familiale de ce dernier et l'intérêt supérieur de son enfant, et enfin estimé qu'il ne justifiait d'aucune circonstance humanitaire. Il a ce faisant vérifié de manière suffisante son droit au séjour préalablement à l'intervention de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré du défaut de vérification du droit au séjour de M. E, en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, doit être écarté.

11. En dernier lieu et d'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".

12. D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () ".

13. A supposer même établie la présence en France de M. E depuis six ans, il n'y justifie, en dehors de sa famille nucléaire, d'aucune attache familiale ou personnelle, ni de perspectives d'insertion particulières. L'intéressé ne démontre pas qu'il ne pourrait recevoir des soins appropriés dans son pays d'origine, où il n'allègue pas être dépourvu de liens. Son épouse est en situation irrégulière. Leur enfant, certes né en France, demeure encore jeune et il n'est fait état d'aucun obstacle à sa scolarisation en Géorgie. Dans ces conditions, celle-ci n'ayant pas pour effet de le séparer des membres de sa famille, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de M. E au respect de sa vie privée et familiale, ni à l'intérêt supérieur de son enfant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations précitées doivent être écartés. Il en va de même, pour les mêmes motifs, de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé.

S'agissant de la décision portant refus de délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

16. Si les déclarations de M. E ne permettent pas de considérer qu'il a explicitement déclaré son intention de ne pas exécuter la mesure d'éloignement prononcée, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est maintenu sur le territoire après le rejet de sa demande de titre de séjour et ne verse à l'instance aucun document d'identité de voyage en cours de validité, ni concernant son lieu de résidence. De telles circonstances suffisent à elles seules à regarder comme établi le risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé.

S'agissant de la décision fixant le pays de renvoi :

17. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant refus de délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

18. En second lieu, les allégations de M. E quant à ses craintes en cas de retour en Géorgie ne sont assorties d'aucun commencement de preuve. Par suite, alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle doit être écarté.

S'agissant de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

19. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de délai de départ volontaire doit être écarté.

18. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".

19. La naissance en France de l'enfant de M. E et, en l'absence de toute pièce concernant l'impossibilité de recevoir des soins appropriés en Géorgie, son état de santé ne constituent pas des considérations humanitaires justifiant qu'aucune interdiction de retour ne soit édictée. Par suite, eu égard à la durée de cette interdiction et pour les motifs exposés au point 13, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, d'une part, des moyens tirés de la méconnaissance des stipulations citées au point 12 et d'autre part, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne l'arrêté du 10 octobre 2024 portant assignation à résidence :

20. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que l'arrêté portant assignation à résidence de retour doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai doit être écarté.

21. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

22. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a estimé que l'éloignement de M. E demeurait une perspective raisonnable et qu'il était nécessaire de l'assigner à résidence en vue d'effectuer les diligences requises à cette fin auprès des autorités consulaires. Le préfet ne s'est pas ce faisant cru à tort tenu d'assigner à résidence par suite de l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français sans délai. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.

23. En dernier lieu, en se bornant à soutenir que " rien ne justifiait l'assignation à résidence ", M. E ne conteste pas utilement l'arrêté attaqué, ni n'assortit pas le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. Ce moyen doit par suite être écarté.

24. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 10 octobre 2024 du préfet de la Seine-Maritime doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Me Mary et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

J. CLa greffière,

A. Lenfant

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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