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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404135

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404135

vendredi 25 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404135
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantCAMAIL MARIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Camail, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 9 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de trois mois la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à son encontre ;

2°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 9 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence.

Il soutient que :

- il réside en France depuis le mois d'octobre 2016 et son comportement ne présente pas une menace pour l'ordre public ;

- il souhaite respecter l'assignation à résidence mais, s'étant séparé de sa compagne, qui vit à Rouen, et résidant désormais au Havre, il ne dispose pas des ressources suffisantes pour se rendre à Rouen deux fois par semaine.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- les modalités de l'assignation à résidence ont été modifiées par un arrêté du 22 octobre 2024

- aucun des autres moyens de la requête n'est fondé.

M. A a demandé la désignation d'un avocat commis d'office et d'un interprète en langue arabe avant le début de l'audience, en application des articles R. 922-11 et R. 922-19 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Une copie de la procédure a été remise en main propre à Me Camail, avocate commise d'office, à l'audience, avant l'appel de l'affaire, qui a disposé du temps nécessaire pour en prendre utilement connaissance et pour s'entretenir avec son client.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Par une décision du 2 septembre 2024, le président du tribunal a désigné M. D comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers sur lesquelles il est statué selon les procédures visées au chapitre Ier du titre II du livre IX du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles visées aux chapitres VI, VII, VII bis et VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 23 octobre 2024, après avoir présenté son rapport, le magistrat désigné a entendu les observations de Me Camail, représentant M. A, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête. Elle a ajouté contester l'arrêté du 22 octobre 2024 modifiant les modalités de l'assignation à résidence de M. A, demander une somme de 1 000 euros en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et solliciter en conséquence l'aide juridictionnelle provisoire. Elle a en outre soutenu que les arrêtés attaqués avaient été signés par une personne dépourvue de délégation de signature et étaient insuffisamment motivés. Elle a par ailleurs souligné le défaut d'examen de la situation de l'intéressé s'agissant de son lieu de résidence et du respect des obligations découlant de la précédente assignation à résidence. Sur les arrêtés portant assignation à résidence, elle a contesté l'existence d'une perspective raisonnable d'éloignement, eu égard à l'absence de justification quant à de précédentes démarches auprès des autorités consulaires égyptiennes. Elle a enfin précisé que les obligations de présentation aux services de police étaient disproportionnées compte tenu de l'activité professionnelle de M. A, et a demandé qu'il soit enjoint au préfet de ramener le nombre de présentation à une par semaine, le vendredi. Ont également été entendues les observations de M. A, assisté de Mme E, interprète en langue arabe, qui a rappelé son parcours migratoire et les conditions de son séjour en France.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, à 12 h 54, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant égyptien né le 15 mars 1993, déclare être entré en France au cours de l'année 2016. Par un arrêté du 24 avril 2023, le préfet de la Seine-Maritime a fait obligation à l'intéressé de quitter le territoire français et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois. Par un arrêté du 11 février 2024, le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de trois mois la durée de cette interdiction de retour. Par suite du placement en retenue administrative, le 9 octobre 2024, à fin de vérification de son droit au séjour et par le premier arrêté attaqué du même jour, le préfet de la Seine-Maritime a une nouvelle fois prolongé de trois mois la durée de l'interdiction de retour dont M. A fait l'objet. Par le second arrêté attaqué du même jour, le préfet de la Seine-Maritime a assigné M. A à résidence. Par un arrêté du 22 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a modifié les modalités de l'assignation à résidence prévues par ce dernier arrêté.

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application des dispositions précitées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français :

4. En premier lieu, par arrêté du 12 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, librement consultable par les parties sur son site internet, Mme H F, adjointe à la cheffe du bureau de l'éloignement, a reçu délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de celle-ci et dans le cadre des attributions du bureau, les décisions relatives à l'interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, vise les dispositions dont il fait application et relève que M. A fait l'objet d'une mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée. Il comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; () / Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

8. M. A n'apporte aucun commencement de preuve quant à l'ancienneté de sa présence en France de six ans alléguée. A la supposer même établie, l'intéressé ne justifie pas davantage de l'activité professionnelle qu'il déclare avoir exercée dans le domaine de la construction. Par ailleurs, il ne démontre pas disposer d'attaches personnelles ou familiales en France depuis la séparation d'avec son ancienne compagne, alors que sa famille réside encore en Egypte. Dans ces conditions et alors même qu'il ne s'agissait que d'une faculté, en portant à neuf mois la durée de l'interdiction de retour prononcée à l'encontre de M. A, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées. Ce moyen, qui doit être regardé comme soulevé au regard des écritures du requérant, doit par suite être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 octobre 2024 du préfet de la Seine-Maritime portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée à l'encontre de M. A doivent être rejetées.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

S'agissant du cadre du litige :

10. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet. Le juge doit, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

11. Ainsi qu'il a été dit au point 1, par l'arrêté attaqué du 22 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a modifié le lieu de l'assignation à résidence de M. A prévues par l'arrêté du 9 octobre 2024 également attaqué. Eu égard à la portée de l'arrêté du 22 octobre 2024, qui a le même objet que le précédent et prescrit les mêmes obligations de présentation à l'intéressé, le préfet doit être regardé comme ayant entendu, par cet arrêté, retirer l'arrêté du 9 octobre 2024. Le requérant doit dès lors être regardé comme sollicitant l'annulation de l'arrêté du 22 octobre 2024 seulement en tant qu'il l'assigne de nouveau à résidence.

S'agissant des conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 octobre 2024 :

12. En premier lieu, par arrêté du 12 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, librement consultable par les parties sur son site internet, Mme C G, cheffe du bureau de l'éloignement, a reçu délégation à l'effet de signer, dans le cadre des attributions du bureau, les décisions d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

13. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, vise les dispositions dont il fait application et relève que M. A fait l'objet d'une mesure d'éloignement exécutoire et que cet éloignement demeure une perspective raisonnable. Il comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

14. En troisième lieu, l'absence de mention, dans l'arrêté attaqué, des raisons pour lesquelles M. A a pu ne pas respecter ses obligations de présentation dans le cadre de sa précédente assignation à résidence ne révèle pas un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle. Il ressort en outre des pièces du dossier que le préfet a procédé à cet examen. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.

15. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".

16. Il ressort des déclarations de M. A dans son audition du 10 février 2024 et à l'audience qu'il se déclare notamment de nationalité égyptienne et est en possession d'un passeport délivré par les autorités de cet Etat. La péremption de ce document, dont l'existence révèle l'absence de doute quant à la nationalité de l'intéressé, ne démontre pas à elle seule l'absence de perspective raisonnable d'éloignement. Il en va de même de l'absence de preuve apportée par le préfet quant à ses diligences auprès des autorités consulaires lors de la précédente assignation à résidence de M. A. Par ailleurs, ce dernier a déclaré à l'audience ne pas travailler depuis environ un mois. Dans ces conditions, eu égard au non-respect de ses obligations constaté précédemment, en assignant à résidence l'intéressé et en prévoyant une obligation de présentation bihebdomadaire aux services de police, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées, ni prévues des modalités disproportionnées. Par suite, le moyen tiré de leur méconnaissance doit être écarté.

17. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 octobre 2024 du préfet de la Seine-Maritime portant assignation à résidence doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction qui s'y rattachent.

En ce qui concerne l'arrêté du 10 octobre 2024 portant assignation à résidence :

18. Eu égard au principe rappelé au point 10 et à ce qui a été dit aux points 11 et 17, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté attaqué sont dépourvues d'objet. Il n'y a dès lors plus lieu d'y statuer.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

19. M. A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Ces dispositions font toutefois obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 9 octobre 2024 du préfet de la Seine-Maritime portant assignation à résidence.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Camail et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 25 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé :

J. DLa greffière,

Signé :

P. His

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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