mercredi 23 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2404138 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 octobre 2024, M. C A, représenté par Me Leprince, associée de la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 13 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé son transfert aux autorités espagnoles ;
2°) d'enjoindre au préfet d'enregistrer sa demande d'asile en procédure normale et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat à titre principal, une somme de 1 500 euros (1 800 euros TTC) à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et à titre subsidiaire, une somme de 1 500 euros à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est intervenu au terme d'une procédure irrégulière dès lors qu'il n'est pas démontré que :
. il a reçu, avant son entretien, l'information prévue par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
. l'entretien individuel a été mené dans des conditions respectant le paragraphe 5 de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
. les autorités espagnoles ont été régulièrement saisies d'une requête aux fins de prise en charge, ni qu'elles y ont apporté une réponse ;
- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il méconnaît les dispositions du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet de la Seine-Maritime a produit des pièces enregistrées le 15 octobre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 modifié ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'avis n° 428761 du 31 juillet 2019 du Conseil d'Etat ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 2 septembre 2024, le président du tribunal a désigné M. B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers sur lesquelles il est statué selon les procédures visées au chapitre Ier du titre II du livre IX du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles visées aux chapitres VI, VII, VII bis et VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 18 octobre 2024, après avoir présenté son rapport, le magistrat désigné a entendu les observations de Me Dantier, substituant Me Leprince pour M. A, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête et a produit des pièces à l'audience. Elle a rappelé que le préfet ne justifiait pas de la saisine des autorités espagnoles et précisé qu'une cousine de M. A résidait en France, de manière régulière. Ont également été entendues les observations de M. A, qui a précisé les modalités de son retour et de son accueil en Espagne, les raisons de son départ de Guinée et le déroulement de ses études en France.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, à 10 h 35, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, ressortissant guinéen né le 7 octobre 1995, a déposé une demande d'asile, le 5 mai 2023, en préfecture de la Seine-Maritime. Par un arrêté du 30 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime a décidé son transfert aux autorités espagnoles. Par un jugement n° 2302516 du 5 juillet 2023, la magistrate désignée du tribunal administratif de Rouen a rejeté le recours de M. A contre cet arrêté. Le 27 mars 2024, l'intéressé a de nouveau déposé une demande d'asile en préfecture de la Seine-Maritime. La consultation du fichier Eurodac, après relevé de ses empreintes, a permis de constater que M. A a été identifié, le 14 février 2023, pour avoir franchi irrégulièrement la frontière espagnole, et le 5 mai 2023, pour avoir déposé une demande d'asile en préfecture de la Seine-Maritime. Par suite de l'acceptation de la requête aux fins de prise en charge des autorités françaises et par l'arrêté attaqué du 13 septembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a décidé le transfert de M. A aux autorités espagnoles.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application des dispositions mentionnées au point précédent.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, vise les dispositions dont il fait application et relève que M. A a été identifié pour avoir franchi irrégulièrement la frontière espagnole par les autorités de cet Etat et que ces mêmes autorités ont implicitement accepté la requête des autorités françaises aux fins de prise en charge sur le fondement de l'article 13.1 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Il fait en outre état de la situation personnelle et familiale de M. A en France et indique qu'il n'est exposé à aucun risque en cas de retour en Espagne. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A, ressortissant guinéen, s'est vu remettre, le 27 mars 2024, les brochures en langue peul, qu'il a déclaré lire et comprendre, contenant l'information prévue par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. S'il ressort des termes mêmes du résumé de l'entretien individuel que ces brochures ont été remises à l'intéressé au cours de celui-ci, les dispositions précitées ne prévoient pas un délai minimum entre la remise de cette information et la tenue de l'entretien et disposent que l'information qu'elles contiennent peut être remise oralement à cette occasion. Par ailleurs, en signant le résumé de l'entretien individuel, M. A a certifié que " l'information sur les règlements communautaires [lui] a été remise " et " avoir compris la procédure engagée à son encontre ". Il n'a pas fait état, après cet entretien, de carences dans l'information reçue ou de difficultés de compréhension quant à la procédure mise en œuvre à son égard. Ainsi, même à supposer tardive la remise de l'information prévue à l'article 4, l'intéressé n'a été privé d'aucune garantie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.
6. En troisième lieu, le résumé de l'entretien individuel de M. A comporte les initiales de l'agent l'ayant assuré et est revêtu d'un cachet mentionnant le nom et la signature du directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Seine-Maritime ainsi qu'un cachet, numéroté, de cette préfecture. M. A ne fait état d'aucune circonstance pouvant faire présumer que cet entretien, pourtant réalisé en préfecture, ne l'a pas été par un agent qualifié de celle-ci, affecté à la direction précitée. En tout état de cause, cet entretien a permis de déterminer l'Etat responsable de l'examen de la demande d'asile de M. A. Celui-ci n'allègue enfin ne pas avoir pu faire utilement état de l'ensemble de ses observations. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
7. En quatrième lieu et d'une part, il résulte de l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé que, lorsque l'autorité administrative saisie d'une demande de protection internationale estime, au vu de la consultation du fichier Eurodac prévue par le règlement (UE) n° 603/2013 relatif à la création d'Eurodac, que l'examen de cette demande ne relève pas de la France, il lui appartient de saisir le ou les Etats qu'elle estime responsable de cet examen dans un délai maximum de deux mois à compter de la réception du résultat de cette consultation. À défaut de saisine dans ce délai, la France devient responsable de cette demande. Selon l'article 25 du même règlement, l'Etat requis dispose, dans cette hypothèse, d'un délai de deux semaines au-delà duquel, à défaut de réponse explicite à la saisine, il est réputé avoir accepté la reprise en charge du demandeur.
8. D'autre part, le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 modifié susvisé a notamment créé un réseau de transmissions électroniques entre les Etats membres de l'Union européenne ainsi que l'Islande et la Norvège, dénommé " Dublinet ", afin de faciliter les échanges d'information entre les Etats, en particulier pour le traitement des requêtes de prise en charge ou de reprise en charge des demandeurs d'asile. Selon l'article 19 de ce règlement, chaque Etat dispose d'un unique " point d'accès national ", responsable pour ce pays du traitement des données entrantes et de la transmission des données sortantes et qui délivre un accusé de réception à l'émetteur pour toute transmission entrante. Aux termes de l'article 15 de ce même règlement : " Les requêtes et les réponses, ainsi que toutes les correspondances écrites entre États membres visant à l'application du règlement (UE) no 604/2013, sont, autant que possible, transmises via le réseau de communication électronique " DubliNet " établi au titre II du présent règlement. () / Toute requête, réponse ou correspondance émanant d'un point d'accès national visé à l'article 19 est réputée authentique. / L'accusé de réception émis par le système fait foi de la transmission et de la date et de l'heure de réception de la requête ou de la réponse ". Aux termes de l'article 10 dudit règlement : " () / 2. Lorsqu'il en est prié par l'État membre requérant, l'État membre responsable est tenu de confirmer, sans tarder et par écrit, qu'il reconnaît sa responsabilité résultant du dépassement du délai de réponse. L'État membre responsable est tenu de prendre dans les meilleurs délais les dispositions nécessaires pour déterminer le lieu d'arrivée du demandeur et, le cas échéant, convenir avec l'État membre requérant de l'heure d'arrivée et des modalités de la remise du demandeur aux autorités compétentes ".
9. En vertu de ces dispositions, lorsque le préfet est saisi d'une demande d'enregistrement d'une demande d'asile, il lui appartient, s'il estime après consultation du fichier Eurodac que la responsabilité de l'examen de cette demande d'asile incombe à un Etat membre autre que la France, de saisir la direction générale des étrangers en France du ministère de l'intérieur, qui gère le " point d'accès national " du réseau Dublinet pour la France. Les autorités de l'Etat regardé comme responsable sont alors saisies par le point d'accès français, qui archive les accusés de réception de ces demandes. Il ressort des éléments versés au dossier que les demandes émanant des préfectures sont, en principe, transmises le jour même aux autorités des autres Etats membres si elles parviennent avant 16 h 30 au point d'accès national et le lendemain si elles y parviennent après cette heure.
10. Le juge administratif, statuant sur des conclusions dirigées contre la décision de transfert et saisi d'un moyen en ce sens, prononce l'annulation de la décision de transfert si elle a été prise alors que l'Etat requis n'a pas été saisi dans le délai de deux mois ou sans qu'ait été obtenue l'acceptation par cet Etat de la reprise en charge de l'intéressé. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur ce point au vu de l'ensemble des éléments versés au dossier par les parties. S'il peut écarter des allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées, il ne saurait exiger de l'auteur du recours que ce dernier apporte la preuve des faits qu'il avance.
11. Il résulte des dispositions citées au point 8 que la production de l'accusé de réception émis, dans le cadre du réseau Dublinet, par le point d'accès national de l'Etat requis lorsqu'il reçoit une demande présentée par les autorités françaises établit l'existence et la date de cette demande et permet, en conséquence, de déterminer le point de départ du délai de deux semaines au terme duquel la demande de reprise est tenue pour implicitement acceptée. Pour autant, la production de cet accusé de réception ne constitue pas le seul moyen d'établir que les conditions mises à la reprise en charge du demandeur étaient effectivement remplies. Il appartient au juge administratif, lorsque l'accusé de réception n'est pas produit, de se prononcer au vu de l'ensemble des éléments qui ont été versés au débat contradictoire devant lui, par exemple du rapprochement des dates de consultation du fichier Eurodac et de saisine du point d'accès national français ou des éléments figurant dans une confirmation explicite par l'Etat requis de son acceptation implicite de reprise en charge.
15. M. A se borne à soutenir qu'" il appartiendra au préfet de Seine-Maritime de justifier de l'existence et de la régularité de la demande adressée aux autorités espagnoles " et de " la réponse par les autorités espagnoles ". Il s'est ensuite borné, à l'audience, à relever que l'accusé de réception émis, dans le cadre du réseau Dublinet, par le point d'accès national de l'Etat requis n'avait pas été produit par le préfet. Il n'assortit pas ce faisant le moyen des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que, après le dépôt de la demande d'asile de M. A, le 27 mars 2024, et constat, le même jour, de son identification, le 14 février 2023, pour avoir irrégulièrement franchi la frontière espagnole, les autorités françaises ont saisi le point d'accès national français le 10 avril 2024, afin de requérir les autorités espagnoles en vue de la prise en charge de l'intéressé. Eu égard à l'heure à laquelle cette saisine est parvenue, elle a été transmise le même jour à ces dernières autorités. Si le préfet n'a pas produit l'accusé de réception correspondant, aucune pièce du dossier ne permet de faire présumer que les autorités espagnoles n'auraient pas reçu cette saisine. Dans ces conditions, lesdites autorités doivent être regardées comme ayant été saisies, le 10 avril 2024, d'une requête aux fins de prise en charge, dans le délai de deux mois suivant la réception du résultat de la consultation du fichier Eurodac, et leur acceptation implicite de cette requête a pu être constatée deux semaines plus tard. La circonstance qu'aucune réponse des autorités espagnoles n'ait été apportée en réponse au constat de cette acceptation implicite, transmis le 27 juin 2024 au point d'accès national français est sans incidence. La décision attaquée a en outre été prise au-delà du délai de deux semaines précité. Par suite, le moyen tiré de l'absence de saisine et d'acceptation des autorités espagnoles doit être écarté.
16. En cinquième lieu, ainsi que le soutient M. A, l'arrêté attaqué ne mentionne pas qu'il a déjà fait l'objet d'une décision de transfert. Toutefois, alors que l'intéressé a déclaré à l'audience que cette décision avait reçu exécution, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'omission précitée, qui ne révèle pas à elle seule un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé, aurait été susceptible d'exercer une influence sur le sens de la décision prise, en particulier au regard des dispositions de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Sous cette réserve, il ressort des pièces du dossier que le préfet a procédé à un tel examen. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen doit être écarté.
17. En sixième lieu et d'une part, aux termes de l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () / 2. Si le transfert n'est pas exécuté dans le délai de six mois, l'État membre responsable est libéré de son obligation de rendre en charge ou de reprendre en charge la personne concernée et la responsabilité est alors transférée à l'État membre requérant. Ce délai peut être porté à un an au maximum s'il n'a pas pu être procédé au transfert en raison d'un emprisonnement de la personne concernée ou à dix-huit mois au maximum si la personne concernée prend la fuite. () ".
18. D'autre part, aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. () ". Aux termes de l'article L. 572-4 dudit code : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision de transfert mentionnée à l'article L. 572-1 peut, dans les conditions et délais prévus à la présente section, en demander l'annulation au président du tribunal administratif. () ". Aux termes de l'article L. 572-5 du même code : " Lorsque la décision de transfert est notifiée sans assignation à résidence ou placement en rétention de l'étranger, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quinze jours suivant la notification de la décision. () / Il est statué dans un délai de quinze jours à compter de la saisine du président du tribunal administratif, selon les conditions prévues à l'article L. 614-5. () ". Aux termes de l'article L. 572-2 de ce même code : " La décision de transfert ne peut faire l'objet d'une exécution d'office avant l'expiration d'un délai de quinze jours. () / Lorsque le tribunal administratif a été saisi d'un recours contre la décision de transfert, celle-ci ne peut faire l'objet d'une exécution d'office avant qu'il ait été statué sur ce recours ".
19. Il résulte de la combinaison de ces dispositions que l'introduction d'un recours devant le tribunal administratif contre la décision de transfert a pour effet d'interrompre le délai de six mois fixé à l'article 29 du règlement (UE) n° 604/2013, qui courait à compter de l'acceptation du transfert par l'Etat requis, délai qui recommence à courir intégralement à compter de la date à laquelle le tribunal administratif statue au principal sur cette demande, quel que soit le sens de sa décision. Ni un appel ni le sursis à exécution du jugement accordé par le juge d'appel sur une demande présentée en application de l'article R. 811-15 du code de justice administrative n'ont pour effet d'interrompre ce nouveau délai. Son expiration a pour conséquence qu'en application des dispositions du paragraphe 2 de l'article 29 du règlement précité, l'Etat requérant devient responsable de l'examen de la demande de protection internationale.
20. Il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 30 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime a décidé une première fois du transfert de M. A aux autorités espagnoles. Ce dernier a contesté cet arrêté devant le tribunal, qui a rejeté son recours par un jugement du 5 juillet 2023. Toutefois, il ressort des déclarations mêmes de l'intéressé que cet arrêté a reçu exécution. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
21. En dernier lieu et d'une part, aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () / Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'Etat d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre Etat ".
22. La faculté laissée à chaque Etat membre par l'article 17 du règlement cité au point précédent de décider d'examiner une demande d'asile qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés par ce règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
23. Si M. A verse à l'instance des pièces justifiant de ses activités bénévoles, il n'assortit ses allégations quant à la présence en France d'une cousine et au suivi d'études supérieures d'aucun commencement de preuve. Il en va de même de ses allégations quant aux modalités de son accueil en Espagne après exécution de la précédente décision de transfert. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 17 et des stipulations précitées doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. A.
24. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 13 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a décidé son transfert aux autorités espagnoles.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à Me Leprince et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
J. BLa greffière,
A. Lenfant
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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