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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404148

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404148

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404148
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantVEYRIERES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 14 octobre 2024, et un mémoire complémentaire enregistré le 21 octobre 2021, Mme B A D, représentée en dernier lieu par Me Veyrières, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 octobre 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a maintenue en rétention administrative ;

2°) de mettre à la charge de son conseil une somme de 600 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient, dans le dernier état de ses écritures, que l'arrêté contesté :

- est entaché d'incompétence ;

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'erreur de fait, dès lors qu'elle a sollicité le bénéfice de l'asile dès le 24 septembre 2024, soit dès son entrée sur le territoire français ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 754-2 et L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que sa demande d'asile ne présente pas de caractère dilatoire et qu'elle a formé une demande d'asile dès son entrée en France.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 octobre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty Venutti Camacho Cordier, conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Thielleux comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thielleux, magistrate désignée ;

- les observations de Me Veyrières, représentant Mme D, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens qu'elle développe ;

- et les observations de Mme D, assistée de M. C, interprète assermenté en langue irakienne, qui répond aux questions posées par le tribunal ;

- le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A D, ressortissante irakienne née le 24 mai 1993, serait entrée en France pour la première fois le 24 septembre 2024 par avion depuis la Grèce, et y a sollicité le bénéfice de l'asile. Le même jour, elle a été placée en zone d'attente, à l'aéroport de Nice. Consulté le 25 septembre 2024, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a conclu que la demande d'asile de l'intéressée était manifestement infondée. Par une décision du 25 septembre 2024, le ministre de l'intérieur a rejeté la demande d'entrée en France au titre de l'asile présentée par Mme D et a décidé de son réacheminement vers tout pays où elle sera légalement admissible. Par une ordonnance du 28 septembre 2024, la juge des libertés et de la détention a ordonné la prolongation du maintien de l'intéressée en zone d'attente. Le 4 octobre 2024, les autorités grecques ont accepté de reprendre en charge Mme D, qui a, le lendemain, refusé d'embarquer pour un vol à destination de la Grèce. Saisi le 5 octobre suivant par la direction départementale de la police aux frontières des Alpes-Maritimes d'une demande de seconde prolongation du maintien de l'intéressée en zone d'attente, le juge des libertés et de la détention a, par une ordonnance du 6 octobre 2024, refusé de faire droit à cette demande. Par un arrêté du 7 octobre 2024, le préfet des Alpes-Maritimes a décidé de la remise de Mme D aux autorités grecques. Par un arrêté du même jour, il a placé l'intéressée en rétention administrative. Le 12 octobre 2024, Mme D a sollicité le bénéfice de l'asile alors qu'elle était placée en rétention administrative au centre de rétention d'Oissel depuis le 10 octobre 2024. Par un arrêté du 12 octobre 2024, dont Mme D demande l'annulation, le préfet des Alpes-Maritimes l'a maintenue en rétention administrative.

2. Aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. () ".

3. En premier lieu, par un arrêté n° 2024-936 du 9 septembre 2024, publié le même jour au recueil spécial n° 209.2024 des actes administratifs de la préfecture, le préfet des Alpes-Maritimes a donné délégation à M. F E, adjoint au chef du bureau de l'éloignement et du contentieux du séjour, à l'effet de signer, notamment, la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit, dès lors, être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait par ailleurs pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle de Mme D, mentionne, avec une précision suffisante, les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement pour mettre utilement l'intéressée en mesure de discuter les motifs de cet arrêté et le juge d'exercer son contrôle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En troisième lieu, l'administration peut, en première instance comme en appel, faire valoir devant le juge de l'excès de pouvoir que la décision dont l'annulation est demandée est légalement justifiée par un motif, de droit ou de fait, autre que celui initialement indiqué, mais également fondé sur la situation existant à la date de cette décision. Il appartient alors au juge, après avoir mis à même l'auteur du recours de présenter ses observations sur la substitution ainsi sollicitée, de rechercher si un tel motif est de nature à fonder légalement la décision, puis d'apprécier s'il résulte de l'instruction que l'administration aurait pris la même décision si elle s'était fondée initialement sur ce motif. Dans l'affirmative, il peut procéder à la substitution demandée, sous réserve toutefois qu'elle ne prive pas le requérant d'une garantie procédurale liée au motif substitué.

6. Pour décider du maintien en rétention administrative de Mme D, le préfet des Alpes-Maritimes a considéré qu'elle n'avait entrepris aucune démarche en vue de formuler une demande d'asile, qu'elle n'avait présenté une telle demande qu'après son placement en rétention administrative en vue de son éloignement, qu'elle ne justifiait pas de l'absence de dépôt de demande d'asile avant ce placement en rétention et que sa demande d'asile était présentée dans le seul but de faire échec à la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet.

7. Toutefois, en l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme D a formulé une demande d'asile en France dès son entrée sur le territoire français, soit le 24 septembre 2024, et non uniquement après son placement en rétention administrative. Ainsi, le préfet a entaché l'arrêté attaqué d'erreur de fait. En revanche, si les motifs de fait retenus dans l'arrêté attaqué sont entachés d'erreur de fait, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur les circonstances de fait tirées de ce que la demande d'asile dont Mme D avait saisi les autorités grecques a été rejetée, que l'intéressée a fait l'objet de deux mesures d'éloignement en Grèce, et que sa première demande d'asile formulée en France a également été rejetée, motifs dont il doit être regardé comme se prévalant en défense. Dans ces conditions, il y a lieu de procéder à la substitution de motifs de faits demandée, qui ne prive la requérante d'aucune garantie procédurale liée au motif substitué.

8. En dernier lieu, Mme B A, qui est entrée en France le 24 septembre 2024, n'établit pas être entrée régulièrement sur le territoire français. Ainsi que cela a déjà été dit, sa première demande d'asile formulée en France a été rejetée le 25 septembre 2024. Antérieurement à cette décision, la demande d'asile présentée par l'intéressée devant les autorités grecques avait également été rejetée. Dans ces conditions, et alors même que l'intéressée a formulé une seconde demande d'asile en France seulement deux jours après son arrivée au centre de rétention administrative d'Oissel, le préfet des Alpes-Maritimes pouvait, sans commettre d'erreur d'appréciation au vu de ces données objectives, estimer que la demande d'asile formulée par Mme D en rétention, au demeurant rejetée comme irrecevable le 18 octobre 2024 par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, n'avait d'autre objet que de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet et décider, en conséquence, de maintenir son placement en rétention pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le moyen tiré de l' " erreur manifeste d'appréciation ", au regard des articles L. 754-2 et L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont serait entaché l'arrêté attaqué doit, dès lors, être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 12 octobre 2024 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a maintenue en rétention administrative. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions présentées au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A D, à Me Veyrières et au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

D. Thielleux

La greffière,

Signé

C. Dupont

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

C. DUPONT

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