mercredi 6 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2404152 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 octobre 2024, M. A C, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une carte de séjour temporaire valable un an, dans le délai de trente jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. C soutient que la décision attaquée :
- a été prise en méconnaissance de son droit à être entendu ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est dépourvue de base légale dès lors qu'il ne s'est pas vu notifier d'obligation de quitter le territoire français ; en qualité de représentant légal d'Issiaga, il aurait dû bénéficier d'une attestation de demande d'asile comme la mère de son fils, attestation abrogeant l'obligation de quitter le territoire français, à supposer que celle-ci ait existé ;
- méconnaît les dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; l'assignation en litige ayant été prise sur le fondement d'une obligation de quitter le territoire français du 25 janvier 2023, c'est la loi antérieure à la loi du 26 janvier 2024 qui trouve à s'appliquer ; la possibilité d'adopter une assignation à résidence a donc pris fin le 25 janvier 2024 ;
- est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle a été prise automatiquement ;
- est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il est père d'un enfant né le 24 janvier 2024 pour lequel une demande de protection auprès de l'OFPRA est en cours d'instruction ; il se verra donc délivrer un titre de séjour si son fils est protégé ;
- rien ne justifiait son assignation à résidence, d'autant qu'il a des opportunités de travail hors des limites fixées par la décision.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 4 novembre 2024, en présence de Mme Lenfant, greffière d'audience, Mme B a présenté son rapport et entendu les observations orales de Me Mary, représentant M. C, et de ce dernier, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans ses écritures, et ajoute qu'à la suite de son éloignement en Espagne, il est revenu en France et y a sollicité l'asile ; sa demande a été rejetée par l'OFPRA et la CNDA mais aucune mesure d'éloignement ne lui a été notifiée ; il n'a pas reçu l'avis lui permettant d'aller récupérer le pli contenant l'arrêté du 19 janvier 2023 ; la demande de protection effectuée au nom de son enfant est justifiée par l'appartenance de ce dernier au groupe social des enfants nés hors mariage.
Le préfet n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant guinéen né le 2 mai 1998, est, selon ses dires, entré sur le territoire français le 8 octobre 2018 et a présenté une demande d'asile. Par arrêté du 2 juillet 2019, le préfet de l'Essonne a ordonné son transfert. Par un arrêté du 6 octobre 2020, le préfet de police a adopté à son encontre une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Le 22 avril 2021, le requérant a de nouveau présenté une demande d'asile. Sa demande a été rejetée par l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 4 août 2021, puis par la cour nationale du droit d'asile (CNDA) par une décision du 8 novembre 2022. Par arrêté du 19 janvier 2023, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pendant une année. Le 8 octobre 2024, le requérant a été contrôlé par les services de police et placé en retenue administrative. Par arrêté du 8 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence en vertu des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. M. C demande l'annulation de cette assignation à résidence.
2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, de prononcer l'admission provisoire de M. C à l'aide juridictionnelle.
3. En premier lieu, le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union Européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'éloignement, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, d'une part, l'autorité administrative n'est pas tenue de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'ensemble des décisions susceptibles d'être prises alors, d'autre part, qu'une atteinte à ce droit n'est en tout état de cause pas susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.
4. En l'espèce, d'une part, il ressort du procès-verbal du 8 octobre 2024 d'audition du requérant par les services de police qu'il a pu présenter des observations sur son départ de son pays d'origine, son parcours jusqu'en France, sa situation personnelle et familiale en France, sa situation administrative, sur les risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine, et sur la perspective de l'adoption à son encontre d'une mesure d'assignation à résidence. D'autre part, le requérant ne précise pas les éléments qu'il n'aurait pas été en mesure de faire valoir et qui auraient été susceptibles de faire obstacle à son assignation à résidence. Le moyen tiré de la méconnaissance de son droit d'être entendu doit donc être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui ont conduit à son adoption. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté comme manquant en fait.
6. En troisième lieu, il ne ressort ni des pièces du dossier ni de la rédaction de la décision en litige que le préfet se serait cru en situation de compétence liée pour assigner à résidence le requérant. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.
7. En quatrième lieu, l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français. () ". L'article L. 731-1 du même code dispose que " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
8. D'une part, il ressort des pièces du dossier que l'assignation à résidence en litige a été adoptée en vue de l'exécution d'une obligation de quitter le territoire français prise le 19 janvier 2023, et notifiée le 25 janvier 2023, soit moins de trois années auparavant. D'autre part, à la date à laquelle la décision attaquée a été adoptée, qui est celle à laquelle sa légalité doit être appréciée, aucun texte n'exigeait que l'assignation à résidence soit fondée sur une obligation de quitter le territoire français prise moins d'un an auparavant. Enfin, la circonstance, à la supposer établie, que le requérant aurait dû, à l'instar de la mère de son fils, se voir délivrer une attestation de demande d'asile en raison du dépôt d'une demande de protection déposée au nom de son fils n'est pas de nature à faire regarder l'obligation de quitter le territoire du 19 janvier 2023 comme ayant été nécessairement abrogée, et est sans incidence sur la légalité de l'assignation à résidence en litige. Par suite, c'est sans erreur de droit que le préfet de la Seine-Maritime a assigné le requérant à résidence en se fondant sur l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet le 19 janvier 2023, qui n'est pas devenue caduque par l'écoulement du temps et qui est toujours exécutoire. La circonstance que le requérant est père d'un enfant au titre duquel une demande de protection a été déposée et est en cours d'instruction n'est pas de nature à caractériser l'existence d'une erreur d'appréciation. Les moyens tirés du défaut de base légale, de la méconnaissance des dispositions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'erreur de droit, et de l'erreur d'appréciation doivent ainsi être écartés.
9. En dernier lieu, si le requérant soutient qu'il a des opportunités de travail en dehors des limites fixées par la décision attaquée, il n'apporte aucune pièce à l'appui de ses allégations, et ne démontre ni avoir exercé une activité professionnelle en France ni avoir cherché à le faire. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit dès lors être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées ainsi que celles formulées au titre des frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : M. A C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à la SELARL Mary et Inquimbert, et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.
La magistrate désignée,La greffière,
C. B A. LENFANT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026