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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404183

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404183

jeudi 26 juin 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404183
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantSELARL EMMANUELLE BOURDON ET CELINE BART

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de la SARL Arconance visant à annuler l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le maire de Rouen a refusé un permis de construire pour un immeuble de 18 logements. Le tribunal a écarté le moyen tiré de l'incompétence de la signataire, la première adjointe, en application de l'article L. 2122-17 du code général des collectivités territoriales, au motif que l'absence du maire n'était pas contestée. Il a également jugé que le refus fondé sur l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et l'article 8.6 du règlement du PLU, relatif à la défense incendie et à la sécurité publique, n'était pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation. En conséquence, la demande d'injonction de délivrance du permis et les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ont été rejetées.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 16 octobre 2024, la SARL Arconance, représentée par Me Destarac, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 5 juillet 2024 par lequel le maire de la commune de Rouen a refusé de lui délivrer le permis de construire n° PC 76540 24 M0008 sollicité en vue de la démolition totale de bâtiments et la construction d'un immeuble de 18 logements sur un terrain, cadastré section HW n° 237 situé 11 rue Brémontier, ainsi que la décision de rejet de son recours administratif préalable obligatoire formé le 16 septembre 2024 contre l'avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France du 16 juin 2024 ;

2°) d'enjoindre à la commune de Rouen de lui délivrer le permis de construire sollicité, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Rouen une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation concernant le motif de refus tiré de la défense extérieure contre l'incendie et du risque pour la sécurité publique ;

- les motifs tirés de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article 8.3. du livre 1er du règlement du plan local d'urbanisme de la métropole de Rouen Normandie sont illégaux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2025, la commune de Rouen conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense enregistrée le 21 mars 2025, le préfet de la région Normandie, représenté par Me Bourdon, conclut au rejet de la requête et demande à ce que soit mise à la charge de la SARL Arconance une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Esnol,

- les conclusions de Mme Thielleux, rapporteure publique,

- et les observations de Me Destarac, représentant la SARL Arconance.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL Arconance a déposé le 30 janvier 2024 une demande de permis de construire n° PC 76540 24 M0008 pour la construction d'un immeuble comportant 18 logements sur la parcelle cadastrée HW 237 sur le territoire de la commune de Rouen. Par un arrêté du 5 juillet 2024, la première adjointe au maire de la commune de Rouen a refusé de délivrer le permis de construire sollicité. La SARL Arconance a présenté un recours préalable obligatoire le 16 septembre 2024 à l'encontre de l'avis de l'architecte des Bâtiments de France émis le 16 juin 2024 dans le cadre de l'instruction du dossier, qui est resté sans réponse. La SARL Arconance demande l'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2024 et de la décision implicite de rejet de son recours préalable obligatoire contre l'avis de l'architecte des Bâtiments de France.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2122-17 du code général des collectivités territoriales : " En cas d'absence, de suspension, de révocation ou de tout autre empêchement, le maire est provisoirement remplacé, dans la plénitude de ses fonctions, par un adjoint, dans l'ordre des nominations et, à défaut d'adjoint, par un conseiller municipal désigné par le conseil ou, à défaut, pris dans l'ordre du tableau. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que la signataire de l'arrêté attaqué du 5 juillet 2024 est la première adjointe au maire de la commune de Rouen, Mme A B, qui a agi " pour le maire, absent ". Si la SARL Arconance soutient que l'administration ne justifie pas de sa compétence, elle n'établit, ni même n'allègue que le maire de la commune de Rouen n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la décision attaquée. Par suite, ce moyen doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ". Aux termes de l'article 8.6. du livre 1er du règlement du plan local d'urbanisme de la métropole de Rouen Normandie : " 8.6 Défense extérieure contre l'incendie Toute construction doit pouvoir être défendue contre l'incendie en correspondance avec l'analyse de risque établie selon le règlement départemental de la Défense Extérieure Contre l'Incendie. / Le réseau d'eau potable pourra être mis à la disposition pour assurer une alimentation en eau dans les limites de la compatibilité avec le service de distribution d'eau potable et sous réserve de l'économie financière au regard d'autres moyens (exemples : distance entre constructions, réserve d'eau). / La cartographie des moyens fixes de défense contre l'incendie existants à la date d'approbation du PLU est annexée au PLU (Tome 5 : annexes informatives). / Les moyens supplémentaires nécessaires pour couvrir les risques particuliers identifiés dans le règlement départemental de défense extérieure contre l'incendie sont à la charge du responsable de cette activité ou de cette construction. ".

5. L'autorité administrative compétente dispose, sans jamais y être tenue, de la faculté d'accorder le permis de construire ou de ne pas s'opposer à la déclaration préalable en assortissant sa décision de prescriptions spéciales qui, entraînant des modifications sur des points précis et limités et ne nécessitant pas la présentation d'un nouveau projet, ont pour effet d'assurer la conformité des travaux projetés aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect. Le pétitionnaire auquel est opposée une décision de refus de permis de construire ou d'opposition à déclaration préalable ne peut utilement se prévaloir devant le juge de l'excès de pouvoir de ce que l'autorité administrative compétente aurait dû lui délivrer l'autorisation sollicitée en l'assortissant de prescriptions spéciales.

6. Pour refuser le permis de construire sollicité, le maire de la commune de Rouen s'est fondé sur les articles R. 111-2 du code de l'urbanisme et 8.6 du livre I du règlement du plan local d'urbanisme intercommunal en relevant l'insuffisance de la défense incendie prévue pour le projet. Si le règlement départemental de défense contre l'incendie n'est pas directement opposable aux autorisations d'urbanisme, il ressort des pièces du dossier que pour opposer l'existence d'un risque pour la sécurité incendie, la commune de Rouen a retenu, en se référant à l'avis défavorable de la direction eau et défense extérieure contre l'incendie du 29 février 2024 que l'apport en eau était insuffisant et nécessitait un complément de 120 m3 pour assurer la sécurité incendie du projet. La SARL Arconance n'apporte aucun élément probant de nature à remettre en cause l'existence du risque identifié par l'avis de la direction spécialisée alors que le projet qui consiste en la réalisation d'un programme immobilier de 18 logements sur cinq étages dont deux sous-sols est de nature, par sa nature et son ampleur, à porter atteinte à la sécurité publique en ce qui concerne le risque incendie. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent que la SARL Arconance ne peut se prévaloir utilement devant le juge de l'excès de pouvoir de ce que des prescriptions auraient pu être édictées afin de maîtriser le risque incendie. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation dans l'application des dispositions des articles citées au point 4 ne peut qu'être écarté.

7. En troisième lieu, si la SARL Arconance soutient que les motifs de l'arrêté attaqué tirés de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article 8.3. du règlement du plan local d'urbanisme sont illégaux, elle n'assortit pas ces moyens des précisions suffisantes pour en apprécier le bienfondé. Ces moyens ne peuvent dès lors qu'être écartés.

8. Il résulte de ce qui précède que la SARL Arconance n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 5 juillet 2024 ni de la décision de rejet de son recours préalable à l'encontre de l'avis de l'architecte des Bâtiments de France du 16 juin 2024. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les frais d'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Rouen, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la SARL Arconance demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, il y a lieu de mettre à la charge de la SARL Arconance une somme de 1 500 euros à verser à l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL Arconance est rejetée.

Article 2 : La SARL Arconance versera une somme de 1 500 euros à l'Etat en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Arconance, à la commune de Rouen et à la ministre de la culture.

Copie en sera adressée au préfet de la région Normandie.

Délibéré après l'audience du 12 juin 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Bellec, premier conseiller,

et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 juin 2025.

La rapporteure,

Signé

B. Esnol

La présidente,

Signé

C. Galle La greffière,

Signé

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime et à la ministre de la culture chacun en ce qui les concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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