mercredi 30 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2404191 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces enregistrées les 17 et 22 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Leprince, associée de la Selarl Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 8 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a renouvelé son assignation à résidence pour une période de quarante-cinq jours à compter du 15 octobre 2024 ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, à titre subsidiaire, la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée :
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- est dépourvue de base légale dès lors qu'elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français devenue illégale et sur le refus d'abrogation de celle-ci qui est également illégal ;
- méconnaît les articles L. 731-1 et L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence d'une perspective raisonnable d'éloignement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 28 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Armand comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Armand, magistrat désigné,
- les observations de Me Leprince pour M. A, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.
Le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain né le 5 septembre 1996, a déclaré être entré en France le 18 août 2015. Le 11 janvier 2024, il a sollicité son admission au séjour en qualité de conjoint de français. Par un arrêté du 25 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans puis, par un arrêté du 29 août 2024, a assigné M. A à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par un arrêté du 8 octobre 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a renouvelé son assignation à résidence pour une période de quarante-cinq jours à compter du 15 octobre 2024.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / () ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ", et aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée ".
4. Il est constant que M. A a été assigné à résidence pour une première période de quarante-cinq jours par un arrêté du 29 août 2024. S'il ressort des pièces produites en défense que, le 12 juillet 2024, l'intéressé ne s'est pas présenté à une convocation à la police aux frontières de Rouen et que, le 23 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime a demandé au directeur interdépartemental de la police nationale de le convoquer afin de retenir son passeport, ces éléments sont antérieurs à la décision d'assignation à résidence du 29 août 2024. En outre, si, le 28 octobre 2024, l'administration a présenté une demande de laisser-passer consulaire, cette demande est postérieure à l'édiction de la décision du 8 octobre 2024 prolongeant l'assignation à résidence de M. A. Dès lors, l'administration ne justifie d'aucunes diligences accomplies dans l'organisation du départ de M. A depuis la première mesure d'assignation à résidence prise à son encontre. Par suite, et en l'absence d'une perspective raisonnable d'éloignement à la date à laquelle la décision attaquée a été prise, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées des articles L. 731-1 et L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être accueilli.
5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 8 octobre 2024 prononçant la prolongation de l'assignation à résidence de M. A doit être annulé.
Sur les frais liés au litige :
6. M. A ayant été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve de son admission définitive au bénéfice de l'aide juridictionnelle et que Me Leprince, avocate du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Leprince de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : L'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 8 octobre 2024 est annulé.
Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Leprince, sous réserve de l'admission définitive de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle et que Me Leprince renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Leprince et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
G. ARMANDLa greffière,
Signé :
A. LENFANT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
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