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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404197

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404197

mercredi 30 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404197
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantLEPEUC MARIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 octobre 2024, M. A B, représenté par Me Lepeuc, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de quarante-cinq jours à compter du 21 octobre 2024 la durée de l'assignation à résidence dont il a fait l'objet le 7 septembre 2024 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 600 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que l'arrêté attaqué :

- a été pris par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- est dépourvu de base légale ;

- est entaché d'erreur de droit ;

- méconnaît les articles L. 731-1 et L. 732-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Armand comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Armand, magistrat désigné ;

- les observations de Me Lepeuc, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens, mais déclare de désister de celui tiré du défaut de base légale.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien né le 25 juillet 1988, a fait l'objet, par un arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 29 novembre 2023, d'un refus de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et d'une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du 7 septembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Le requérant demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 15 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de quarante-cinq jours à compter du 21 octobre 2024 la durée de cette assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ", et aux termes de l'article L. 732-3 du même code : " L'assignation à résidence prévue à l'article L. 731-1 ne peut excéder une durée de quarante-cinq jours. / Elle est renouvelable deux fois dans la même limite de durée ".

3. Les articles L. 733-1 à L. 733-4 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoient les modalités d'application de l'assignation à résidence d'un étranger. Dès lors que ces modalités limitent l'exercice de sa liberté d'aller et venir, une telle mesure, comme son éventuelle prolongation, doit être nécessaire, adaptée et proportionnée à l'objectif qu'elle poursuit, à savoir l'éloignement de l'étranger dans un délai aussi proche que possible de celui imparti par l'autorité administrative pour qu'il quitte le territoire français.

4. Il est constant que M. B a été assigné à résidence pour une première période de quarante-cinq jours par un arrêté du 7 septembre 2024. S'il ressort des pièces produites en défense que, par un courrier du 16 octobre 2024, postérieur à l'édiction de la décision attaquée, le préfet de la Seine-Maritime a présenté une demande au consul d'Algérie en vue de l'identification de l'intéressé et de la délivrance d'un laisser-passer consulaire, prévues le 22 octobre 2024, l'administration ne justifie d'aucunes diligences accomplies dans l'organisation du départ de M. B depuis la première mesure d'assignation à résidence prise à son encontre. La mesure de police administrative attaquée n'apparaît donc pas nécessaire, adaptée et proportionnée à l'objectif qu'elle poursuit.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 15 octobre 2024 prononçant la prolongation de l'assignation à résidence de M. B doit être annulé.

Sur les frais de l'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 600 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 15 octobre 2024 du préfet de la Seine-Maritime est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à M. B une somme de 600 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

G. ARMAND La greffière,

A. LENFANT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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