Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. A... B... demandant l'annulation de l'arrêté préfectoral du 18 juin 2024 ordonnant sa reconduite à la frontière. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, compte tenu de sa présence récente en France et de ses attaches conservées en Tunisie. L'exception d'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi a également été écartée, faute d'illégalité de la mesure d'éloignement sous-jacente. La demande de frais d'instance a été rejetée, l'État n'étant pas la partie perdante.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 21 octobre 2024, M. C... A... B..., représenté par Me Merhoum-Hammiche, demande au tribunal :
d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté du 18 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une mesure de reconduite d’office à la frontière ;
d’enjoindre à l’autorité administrative de lui délivrer un titre provisoire de séjour sous astreinte ;
de mettre à la charge de l’Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
l’arrêté est insuffisamment motivé ;
il méconnait les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d’erreur manifeste quant à l’appréciation portée sur ses conséquences pour sa situation personnelle;
la décision fixant le pays de renvoi repose sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 août 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A... B... ne sont pas fondés.
M. A... B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 26 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Le rapport de Mme Gaillard, présidente, a été entendu au cours de l’audience publique.
Considérant ce qui suit :
Il ressort des pièces du dossier que M. C... A... B..., ressortissant de la république tunisienne né en 1998, a fait l’objet d’un contrôle et a été placé en retenue pour vérification du droit de circulation et de séjour. Au cours de cette mesure, il s’est vu notifier un arrêté du préfet de la Seine-Maritime portant reconduite d’office à la frontière. Par la présente requête, M. A... B... demande à titre principal au tribunal d’annuler cet arrêté.
En premier lieu, l’arrêté attaqué comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement ; il est, par suite, suffisamment motivé.
En deuxième lieu, aux termes des stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (…) ».
M. A... B... est présent en France depuis 2024 selon ses déclarations et y a travaillé, en faisant état d’une nationalité italienne, dans le cadre d’un contrat à durée déterminée puis d’un contrat à durée indéterminée. Il a toutefois déclaré, lors de son audition, ne pas connaître le nom de son employeur et de la société qui l’emploie. S’il a produit l’attestation d’une personne, se présentant comme sa tante, qui séjourne régulièrement en France, il ne conteste pas avoir conservé des attaches en Tunisie. Dès lors, eu égard notamment à l’objet de la mesure qui vise à exécuter une décision définitive prise par un autre Etat membre, M. A... B... n’est pas fondé à soutenir que l’arrêté attaqué porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris, ni qu’il serait entaché d’erreur manifeste quant à l’appréciation portée sur les conséquences induites par ledit arrêté sur sa situation personnelle.
En dernier lieu, les moyens dirigés contre la décision de reconduite d’office à la frontière ont tous été écartés. Dès lors, l’exception d’illégalité de cette décision soulevée à l’appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays à destination duquel M. A... B... pourra être éloigné ne peut qu’être écartée.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A... B... tendant à l’annulation de l’arrêté attaqué doivent être rejetées. Ses conclusions à fin d’injonction sous astreinte doivent être rejetées par voie de conséquence. Les conclusions de son avocat tendant à l’octroi de frais d’instance doivent également être rejetées, l’Etat n’étant pas la partie perdante
D E C I D E :
Article 1er
: La requête de M. A... B... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... A... B..., à Me Amina Merhoum-Hammiche et au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l’audience du 9 octobre 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
MM. Bouvet et Baude, premiers conseillers,
Assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 octobre 2025.
La présidente-rapporteure,
Anne Gaillard
L’assesseur le plus ancien,
Colin Bouvet
Le greffier,
Henry Tostivint
La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.