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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404274

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404274

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404274
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1 ère Chambre
Avocat requérantMERHOUM AMINA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 octobre 2024, Mme B A, représentée par Me Merhoum-Hammiche, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder à un nouvel examen de sa situation, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme A soutient que :

S'agissant de la décision portant refus de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- elle n'a pas été précédée de la saisine de la commission du titre de séjour en méconnaissance des dispositions de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 novembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative ;

- la décision du 15 octobre 2024 par laquelle Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;

- l'ordonnance du 3 décembre 2024 fixant la clôture de l'instruction au 23 décembre 2024 à 12 h ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ameline, première conseillère,

- et les observations de Me Njem-Eyoum, substituant Me Merhoum, pour Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante marocaine née le 17 juillet 2003, déclare être entrée en France en août 2019, à l'âge de 16 ans. Le 18 novembre 2020, elle s'est vu remettre un document de circulation. Le 30 juillet 2021, elle a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par arrêté du 11 octobre 2021, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande et a fait obligation de quitter le territoire français à l'intéressée. Le 15 mars 2024, Mme A a fait une nouvelle demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 422-1, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 17 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande, a fait obligation à Mme A de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le refus de séjour :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 24-022 du 26 avril 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 76-2024-069 du même jour, Mme Julia Le Fur, secrétaire générale de la sous-préfecture du Havre, a reçu délégation du préfet de la Seine-Maritime à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement du sous-préfet du Havre, tous arrêtés relevant de ses attributions dans les limites de l'arrondissement du Havre. La requérante n'établit pas que le sous-préfet n'était ni absent, ni empêché. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui cite les textes applicables et fait état d'éléments de fait propres à la situation de l'intéressée et notamment à sa situation personnelle et familiale, énonce de manière suffisamment précise et circonstanciée les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde. Elle est donc suffisamment motivée même si elle ne reprend pas l'ensemble des éléments dont la requérante a entendu se prévaloir. Le moyen doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision aurait été prise sans qu'ait été effectué, au préalable, un examen approfondi de la situation personnelle de Mme A.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "

6. S'il est constant que Mme A est entrée en France à l'âge de 16 ans et qu'elle y réside depuis avec ses parents et ses frères et sœurs, seul son père est en situation régulière. Ce dernier vit en France sous couvert d'un certificat de résident valable dix ans. La mère de la requérante, tout comme la requérante elle-même, a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français précédemment. Il n'est pas établi par ailleurs que Mme A serait dépourvue d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine où elle a vécu, sans son père, jusqu'à l'âge de 16 ans. En outre, s'il est établi, par les pièces versées au dossier, que la requérante était inscrite, à la date de la décision attaquée, en terminale professionnelle, elle n'avait, à sa date d'édiction, validé aucun diplôme, ayant renoncé à poursuivre sa scolarité en BTS en 2023. Dans ces conditions, en dépit des relations familiales et amicales dont Mme A justifie en France, la décision litigieuse n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En dernier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme A ne remplissant pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour, le préfet de la Seine-Maritime n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Par suite, le moyen tiré du défaut de saisine de cet organisme doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, pour le motif énoncé au point 2, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

9. En deuxième lieu, ainsi qu'il est dit au point 3, la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée. Par conséquent, la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte en application des dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est également motivée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

10. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision aurait été prise sans qu'ait été effectué, au préalable, un examen approfondi de la situation personnelle de Mme A.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 6, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, la décision attaquée, qui vise notamment l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et énonce que l'intéressée n'établit pas être exposée à la torture ou à des traitements contraires à ces stipulations en cas de retour dans son pays d'origine, est suffisamment motivée.

13. En second lieu, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, la requérante n'est pas fondée à exciper, par voie d'exception, de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination.

14. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 17 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, ainsi que celles relatives aux frais liés à l'instance, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Amina Merhoum-Hammiche et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 21 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

M. Minne, président,

Mme Jeanmougin, première conseillère,

Mme Ameline, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

La rapporteure,

C. AMELINE

Le président,

P. MINNELe greffier,

H. TOSTIVINT

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