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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404282

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404282

jeudi 31 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404282
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 23 et 24 octobre 2024, M. B C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, lui a interdit d'y circuler pendant un an et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

Il soutient que :

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- le droit d'être entendu prévu à l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne a été méconnu ;

- méconnaît l'article L. 233-1 et l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- a été prise en violation de son droit au respect de la vie privée et familiale et porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant fixation du pays de destination :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- a été prise en violation de son droit au respect de la vie privée et familiale ;

La décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant interdiction de circulation sur le territoire français :

- a été signée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- a été prise en violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 octobre 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Berthet-Fouqué, président du tribunal ;

- les observations de Me Paraiso, pour M. C, en présence de celui-ci, assisté de Mme A, interprète en langue roumaine.

A l'audience, Me Paraiso renonce aux moyens de légalité externe soulevés dans les écritures produites pour M. C.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant roumain né le 17 juillet 1992, a été placé en garde à vue par les services de police de Caen le 22 octobre 2024. Par un arrêté du même jour, que M. C demande au tribunal d'annuler, le préfet du Calvados l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, lui a interdit d'y circuler pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination. Par un autre arrêté du 22 octobre 2024, le même préfet l'a placé en rétention administrative pour une durée de quatre-vingt-seize heures. Par une ordonnance du 26 octobre 2024, le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention pour une durée de vingt-six jours.

2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; () L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. " Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes :

1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ".

3. D'une part, il ressort des pièces du dossier que M. C a travaillé en France en novembre 2017, en octobre 2018, en mai, septembre, octobre et décembre 2020, du 17 février au 31 mars 2022 et du 11 mars au 31 mai 2024. Il produit en outre deux contrats de mission temporaire pour des périodes comprises entre le 30 avril et le 12 juin 2024. A la date de l'arrêté contesté, il n'exerçait donc plus d'activité professionnelle depuis plus de trois mois. Par ailleurs, les salaires qu'il justifie avoir perçus durant trois mois en 2024 ne constituent pas des ressources suffisantes pour lui et les membres de sa famille, et la seule lettre du 8 mars 2022 d'un assureur ne permet pas d'établir qu'il dispose actuellement d'une assurance maladie. Dès lors, M. C ne justifie pas d'un droit au séjour en France. D'autre part, M. C a été condamné le 3 septembre 2015 à dix-huit mois d'emprisonnement pour vol et, à l'issue de sa peine, éloigné vers son pays d'origine. Il a de nouveau été condamné le 7 février 2017 à huit mois d'emprisonnement pour extorsion, interpellé le 19 avril 2019 pour recel de vol, le 18 mars 2022 pour violences volontaires, le 21 août 2024 pour violence et le 22 octobre suivant pour vol. Dans ces conditions, le préfet du Calvados, en estimant que le comportement de M. C représentait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental pour la société, n'a pas fait une inexacte application des dispositions du 2° de l'article L. 251-1 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article du même code doit être écarté en ses diverses branches.

4. M. C fait valoir qu'il est présent depuis 2012 sur le territoire français, où il vit avec sa femme, de nationalité roumaine, et sa fille âgée de seize ans, arrivée en France en 2022. Toutefois, comme il est dit au point précédent, M. C a été condamné plusieurs fois à des peines d'emprisonnement, éloigné à deux reprises vers son pays d'origine, et ne justifie pas d'un droit au séjour en France. Par ailleurs, il n'est pas dépourvu d'attaches familiales en Roumanie, où vivent trois de ses enfants. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale, protégé par l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis, ni porté atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant. Le préfet n'a pas davantage entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de M. C.

5. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que M. C n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre des autres décisions qu'il conteste.

6. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence () ".

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été éloigné vers la Roumanie le 29 août 2024, en exécution d'un arrêté préfectoral du 22 août précédent qui prononçait à son encontre une interdiction de circulation sur le territoire français pour une durée d'un an. Malgré cette interdiction, M. C est revenu en France, où il a été appréhendé pour vol moins de deux mois plus tard. Dans ces conditions, le préfet a pu légalement estimer que son éloignement présentait un caractère d'urgence, et par conséquent ne pas lui accorder de délai de départ volontaire.

8. Aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. "

9. Dans les circonstances énoncées aux points 3, 4 et 7, le préfet n'a pas fait une inexacte application des dispositions précitées en assortissant l'obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de M. C d'une interdiction d'y circuler pendant un an.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 octobre 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, lui a interdit d'y circuler pendant un an et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence, les conclusions de la requête à fin d'injonction sous astreinte doivent également être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Calvados.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.

Le président du tribunal,

J. BERTHET-FOUQUÉ

La greffière,

A. LENFANTLa République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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