jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2404321 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 octobre 2024, Mme A B, représentée par Me Mezghani, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, lui a interdit d'y retourner pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
L'obligation de quitter le territoire français :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation ;
- méconnaît l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- a été prise en violation de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
La décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;
L'interdiction de retour sur le territoire français :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Berthet-Fouqué, président du tribunal ;
- les observations de Me Mezghani, représentant Mme B, en présence de celle-ci.
Me Mezghani a produit des pièces à l'audience.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante marocaine née le 21 décembre 1987, a été placée en garde à vue par les services de police le 23 octobre 2024. Par un arrêté du 24 octobre 2024, que Mme B demande au tribunal d'annuler, le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, lui a interdit d'y retourner pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination. Par un autre arrêté du même jour, le préfet l'a placée en rétention administrative. Par ordonnance du 28 octobre 2024, la magistrate du siège du tribunal judiciaire a prolongé cette rétention jusqu'au 23 novembre 2024.
2. Par arrêté du 12 juillet 2024, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime, Mme C, cheffe du bureau de l'éloignement, a reçu délégation du préfet à l'effet de signer les arrêtés relevant des attributions de ce bureau. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque donc en fait.
3. Aux termes de l'article L. 431-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La détention d'un document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour, d'une attestation de demande d'asile ou d'une autorisation provisoire de séjour autorise la présence de l'étranger en France sans préjuger de la décision définitive qui sera prise au regard de son droit au séjour. () "
4. Mme B indique avoir bénéficié d'un titre de séjour pluriannuel en qualité de conjoint de Français, valable jusqu'au 6 mai 2023 et dont elle a demandé le renouvellement. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que cette demande, déposée le 5 juin 2023 auprès de la préfecture du Haut-Rhin, a été " clôturée " le 27 juin suivant, en raison de la rupture de la vie commune, ce dont elle a été informée le même jour, et qu'elle n'a pas sollicité de changement de statut. Dès lors, elle ne dispose plus de document provisoire autorisant son séjour sur le territoire français. Le préfet de la Seine-Maritime n'a donc pas méconnu les dispositions citées au point précédent.
5. Il ressort de l'arrêté attaqué, qui mentionne des considérations de fait propres à la situation familiale et administrative de Mme B, que le préfet de la Seine-Maritime n'a pas omis de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée.
6. Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
7. Mme B allègue être entrée en France en 2004 à l'âge de 17 ans, mais n'apporte aucune justification des modalités de son entrée ou de la durée de son séjour en France. Elle a bénéficié d'un titre de séjour entre 2021 et 2023 en qualité de conjoint de Français. Divorcée, sans enfant, elle déclare vivre en concubinage à Dieppe (Seine-Maritime) avec un homme contre lequel elle a déposé une main courante, l'accusant de l'avoir menacée avec un couteau. Elle n'est pas dépourvue d'attaches au Maroc, où vivent ses parents et ses frères. Si elle allègue exercer une activité de masseuse sous le statut d'auto-entrepreneur, la seule déclaration de chiffre d'affaires qu'elle produit indique qu'elle a réalisé, lorsqu'elle résidait à Mulhouse (Haut-Rhin), des prestations pour un montant global de 2 060 euros sur les trois premiers trimestres de 2023, et son avis d'impôt sur les revenus de 2023 ne mentionne aucun revenu brut. Dans ces conditions, l'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet n'a pas davantage entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de Mme B ses décisions l'obligeant à quitter le territoire français et refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.
8. Il résulte de ce qui est dit aux points précédents que Mme B n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'encontre de la décision lui interdisant d'y retourner pendant un an.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 24 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter sans délai le territoire français, lui a interdit d'y retourner pendant un an et a fixé le pays de destination. Par voie de conséquence et en tout état de cause, les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
Le président du tribunal,
Signé :
J. BERTHET-FOUQUÉ
La greffière,
Signé :
A. LENFANTLa République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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