mercredi 13 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2404325 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 octobre 2024, M. B A, représenté par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :
1) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté en date du 22 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du même jour par lequel la même autorité l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, lui a fait interdiction de quitter sans autorisation les communes de la circonscription de sécurité publique du Havre et a défini ses obligations de présentation ;
4) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de procéder au réexamen de sa situation et lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
5) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
S'agissant de la décision interdisant le retour sur le territoire français :
- elle a été prise sans qu'il ait été mis à même de présenter préalablement des observations, en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- des circonstances humanitaires justifiaient, pour l'application de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'aucune interdiction de retour sur le territoire français ne soit édictée ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions des articles L. 435-1 et L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
S'agissant de l'arrêté portant assignation à résidence :
- il a été pris sans qu'il ait été mis à même de présenter préalablement des observations, en méconnaissance du principe général du droit de l'Union européenne ;
- il n'est pas fondé sur une obligation de quitter le territoire français exécutoire, de sorte qu'il est dépourvu de base légale ;
- le préfet s'est à tort cru en situation de compétence liée pour prononcer la mesure ;
- cette décision méconnait les conditions posées par l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 novembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Mulot, premier conseiller, pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement des étrangers.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 12 novembre 2024 à 10h00 présenté son rapport et entendu :
- les observations de Me Vercoustre, avocate de M. A, qui ajoute s'agissant du moyen tiré du défaut de base légale que l'arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français n'a pas fait l'objet d'une notification régulière ;
- et les observations de M. A.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Il ressort des pièces du dossier que M. B A, ressortissant malien né en 2002, a déclaré être entré en France en octobre 2018, alors mineur. Il a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance. A sa majorité alléguée, il a sollicité son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 août 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français sous trente jours. Cette mesure est restée inexécutée.
2. Le 22 octobre 2024, M. A a été placé en retenue pour vérification du droit de circulation ou de séjour ; à l'occasion de cette mesure, il s'est vu notifier deux arrêtés du préfet de la Seine-Maritime du même jour, le premier lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, le second l'assignant à résidence à son domicile pour une durée de quarante-cinq jours. Par la présente requête, il demande à titre principal au tribunal d'annuler ces arrêtés.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
3. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, qui fait l'objet d'une mesure restrictive de liberté, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les autres conclusions :
En ce qui concerne l'arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français :
4. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment du procès-verbal afférant que M. A a été auditionné durant la mesure de vérification du droit de circulation ou de séjour par un fonctionnaire de police qui l'a expressément invité à présenter des observations sur le prononcé éventuel, par l'autorité administrative, d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français ou d'assignation à résidence. M. A a d'ailleurs présenté des observations. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas été mis à même de présenter en temps utile des observations doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ", et aux termes du premier alinéa de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
6. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.
7. Il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que l'autorité administrative a fait expressément état de chacun des quatre critères énoncés par la loi pour justifier du principe et de la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français en litige ; la mesure est, par suite, suffisamment motivée.
8. En troisième lieu, la présence de M. A en France est récente, il ne conteste pas être célibataire, sans charge de famille et dépourvu de tout lien personnel ou familial en France ni avoir conservé de fortes attaches au Mali où résident ses parents et son frère. En outre, il n'a pas exécuté l'obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet, ne justifie pas de l'exercice professionnel allégué, en tout état de cause non pérenne. En l'absence de tout autre élément, aucune circonstance humanitaire ne justifiait que le préfet de la Seine-Maritime ne prononce pas d'interdiction de retour sur le territoire français.
9. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".
10. Compte-tenu des éléments évoqués au point 8 du présent jugement, il n'apparait pas que la mesure attaquée, limitée d'ailleurs, à une année porte au droit de M. A de mener une vie privée et familiale normale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de son destinataire.
11. En cinquième lieu, les dispositions des articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ont trait aux conditions de délivrance d'un titre de séjour et ne régissent pas les conditions dans lesquelles l'autorité administrative peut prononcer une interdiction de retour sur le territoire français ; les moyens tirés de la méconnaissance desdites dispositions doivent, dès lors, être écartés comme inopérants.
12. En dernier lieu, les conditions de notification de l'arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.
En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :
13. En premier lieu, le moyen tiré de ce que M. A n'aurait pas été mis à même de présenter des observations avant l'intervention de la décision attaquée doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4 du présent jugement.
14. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () ".
15. Le préfet de la Seine-Maritime justifie que la mesure d'assignation à résidence repose bien sur une obligation de quitter le territoire français, contenue dans un arrêté du 17 août 2023, prise moins de trois ans auparavant ; par suite, contrairement à ce qu'il soutient, M. A entrait dans les prévisions du 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, à cet égard encore, les conditions de notification de l'arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français sont sans incidence sur la légalité de l'arrêté attaqué.
16. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité administrative se serait estimée tenue de prononcer la mesure en litige ; les termes de l'arrêté permettent de retenir que le préfet de la Seine-Maritime a exercé le pouvoir d'appréciation dont il dispose. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
17. En quatrième lieu, dès lors qu'une assignation à résidence limite l'exercice de sa liberté d'aller et venir, une telle mesure, comme son éventuelle prolongation, doit être nécessaire, adaptée et proportionnée à l'objectif qu'elle poursuit, à savoir l'éloignement de l'étranger dans un délai aussi proche que possible de celui imparti par l'autorité administrative pour qu'il quitte le territoire français.
18. Les circonstances que l'adresse de M. A serait connue de l'administration et que la mesure en litige serait postérieure de plus d'une année à l'obligation de quitter le territoire français qu'elle vise à exécuter ne font pas obstacle à ce que la mesure d'assignation soit regardée comme nécessaire, adaptée et proportionnée à l'objectif qu'elle poursuit, alors que le requérant s'est soustrait à l'exécution cette obligation de quitter le territoire français.
19. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment et notamment aux points 8 et 18 du présent jugement, la décision n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de son destinataire.
20. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés attaqués. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées par son avocat sur le fondement des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les conclusions de la requête sont rejetées pour le surplus.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
R. Mulot
La greffière,
Signé :
S. Leconte
La République mande et ordonne au préfet de la région Normandie, préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2404325
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026