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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404330

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404330

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404330
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantMONTREUIL ELIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 25 octobre 2024 et 7 janvier 2025, Mme D A, représentée par Me Montreuil, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 4 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " travailleur temporaire " dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir ou à titre subsidiaire de procéder à un réexamen de sa demande dans un délai de trois mois suivant la notification du jugement à intervenir et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quatre jours suivant la notification du jugement à intervenir, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité n'ayant pas compétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité n'ayant pas compétence ;

- elle n'a pas de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle a été abrogée car le préfet lui a délivré une autorisation provisoire de séjour postérieurement à cette décision ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité n'ayant pas compétence ;

- elle n'a pas de base légale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 décembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Le 20 janvier 2025 les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions de la requête dirigées à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination dès lors que, avant la date d'introduction de la requête le 25 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a délivré le 18 juillet 2024 à Mme A une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 17 octobre 2024, laquelle a implicitement mais nécessairement abrogé l'obligation de quitter le territoire français en date du 4 juin 2024 et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne de sorte que les conclusions précitées étaient privées d'objet dès leur introduction.

Des observations en réponse à ce courrier ont été produites le 24 janvier 2025 par le préfet de la Seine-Maritime.

Il fait valoir qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de Mme A.

Des observations en réponse à ce courrier ont été produites le 26 janvier 2025 pour Mme A.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 septembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bellec, premier conseiller,

- et les observations de Me Montreuil, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante haïtienne née le 16 novembre 2003, déclare être arrivée en France en 2016, à l'âge de 13 ans. A compter du 5 septembre 2022, elle a bénéficié d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle a sollicité le renouvellement de son titre sur ce même fondement, subsidiairement sur le fondement de l'article L. 423-23 du même code. Par un courrier daté du 27 novembre 2023, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande pour incomplétude du dossier faute pour l'intéressée d'avoir produit un contrat d'apprentissage ou une autorisation de travail délivrée par le service de la main d'œuvre étrangère. Par une ordonnance du 12 juin 2024 n° 2401958, la juge des référés du tribunal administratif de Rouen a suspendu l'exécution de cette décision. Par l'arrêté contesté du 4 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur la décision de refus de titre de séjour :

En ce qui concerne le non-lieu à statuer :

2. Il ressort des pièces du dossier que le 18 juillet 2024, soit antérieurement à l'enregistrement de la requête, le préfet de la Seine-Maritime a délivré à Mme A, une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 17 octobre 2024. Toutefois, la délivrance de cette autorisation provisoire de séjour n'a pas eu pour effet d'abroger la décision portant refus de titre de séjour contrairement à ce que soutient le préfet de la Seine-Maritime. Par suite, l'exception de non-lieu à statuer soulevée en défense doit être écartée.

En ce qui concerne les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par arrêté du 21 mars 2024, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs de la préfecture, M. C B, directeur des migrations et de l'intégration, a reçu délégation du préfet de la Seine-Maritime à l'effet de signer, dans le cadre des attributions de sa direction, les décisions relatives aux titres de séjour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, si Mme A soutient qu'à la suite de l'injonction du juge des référés prononcée par une ordonnance du 12 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime aurait dû réexaminer sa situation, ce qu'il n'a pas fait, cette circonstance est en tout état de cause sans incidence sur la légalité de la décision en date du 4 juin 2024 portant de refus de titre de séjour, qui est antérieure à l'injonction de réexamen prononcée par le juge des référés. En outre, Mme A n'établit pas avoir informé le préfet de la Seine-Maritime avant l'intervention de la décision du 4 juin 2024 de sa relation avec un ressortissant français, ni de ce qu'elle était enceinte. Dans ces conditions la circonstance invoquée que ces éléments ne sont pas mentionnés dans l'arrêté en litige du 4 juin 2024 ne saurait à elle seule, révéler un défaut d'examen de sa situation. Dès lors, le moyen doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

6. Mme A déclare être entrée sur le territoire français en 2016 à l'âge de 13 ans où elle a suivi sa scolarité jusqu'au baccalauréat. Ses deux sœurs et son frère sont présents en France en situation régulière. Elle fait valoir qu'elle est en couple avec un ressortissant français et qu'ils ont eu un enfant né le 19 août 2024. Il ressort toutefois des pièces du dossier que Mme A n'apporte pas d'éléments suffisamment probants de nature à établir une communauté de vie avec son compagnon. Par ailleurs, Mme A ne peut se prévaloir utilement de la naissance de son enfant le 19 août 2024 pour contester la décision de refus de titre de séjour, cette naissance étant postérieure à la date de la décision attaquée. En outre, l'intéressée n'établit pas l'existence ou l'intensité de sa vie personnelle et familiale en France, et elle n'allègue ni n'établit être dépourvue de famille dans son pays d'origine. Dès lors, la décision de refus de délivrance du titre de séjour litigieuse n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de Mme A au respect de sa vie privée et familiale et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Le présent jugement ne fait pas obstacle à ce que Mme A, si elle s'y estime fondée, présente une demande de titre de séjour en tant que parent d'enfant français, compte tenu de l'évolution de sa situation familiale postérieurement à la décision attaquée.

Sur la recevabilité des conclusions de la requête dirigées à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination

7. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime a délivré à Mme A, le 18 juillet 2024, soit antérieurement à l'enregistrement de la requête, une autorisation provisoire de séjour valable jusqu'au 17 octobre 2024. Dans la mesure où la délivrance de cette autorisation a eu nécessairement pour effet d'abroger implicitement les décisions contestées l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai d'un mois et fixant le pays de destination, les conclusions de la requête tendant à l'annulation de ces décisions sont irrecevables, dès lors qu'elles étaient privées d'objet dès leur introduction.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que les conclusions au titre des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me Montreuil et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Galle, présidente,

- M. Bellec, premier conseiller,

- Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

Le rapporteur,

Signé

C. BELLEC

La présidente,

Signé

C. GALLELa greffière,

Signé

A. HUSSEIN

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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