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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404364

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404364

jeudi 30 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404364
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantCASTOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 octobre 2024, M. D A, représenté par Me Castor, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 23 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé son admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois ;

3°) de condamner l'Etat, à verser, à titre principal, à Me Castor, la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve de renonciation de Me Castor à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle et à titre subsidiaire, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à lui verser la somme de 1 500 euros.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité n'ayant pas compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité n'ayant pas compétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été signée par une autorité n'ayant pas compétence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 janvier 2025.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. Bellec, premier conseiller.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 3 avril 2000, de nationalité afghane, est entré sur le territoire français le 28 octobre 2022 selon ses déclarations. Le 15 novembre 2022, il a déposé une demande d'asile auprès du préfet de la Seine-Maritime. Par une décision du 8 mars 2023, l'Office français de la protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 26 février 2024. Le 18 avril 2024, il a présenté une demande de réexamen de sa demande, qui a été rejetée comme irrecevable par l'Office français de la protection des réfugiés et des apatrides par une décision du 3 mai 2024, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 23 septembre 2024. Par l'arrêté contesté du 23 septembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a refusé son admission au séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de six mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

2. En premier lieu, par arrêté du 7 juin 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, M. C B, directeur des migrations et de l'intégration, a reçu délégation du préfet de la Seine-Maritime à l'effet de signer, dans le cadre des attributions de sa direction, les décisions relatives au refus de délivrance d'un titre de séjour, les mesures d'éloignement des étrangers, les décisions fixant le pays de renvoi et les décisions interdisant un retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. En second lieu, l'arrêté attaqué vise, notamment, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 611-1, 4°, ainsi que les articles L. 612-8 et L. 612-10 de ce code. Il cite les décisions par lesquelles la demande d'asile et la demande de réexamen présentées par M. A ont été rejetées. Il fait état de la situation personnelle, familiale, professionnelle et sociale du requérant, ainsi que sa durée de séjour en France. L'arrêté précise qu'il pourra être reconduit à destination du pays dont il a la nationalité ou tout autre pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'accord de Schengen et pour lequel il établit être légalement admissible. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées doit être écarté ainsi que celui tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France le 28 octobre 2022 à l'âge de 22 ans, soit depuis moins de deux ans à la date de la décision contestée. Il est célibataire et sans enfant à charge et il n'est pas dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine où vivent ses parents et ses sœurs. Si le requérant participe à un " accompagnement contractualisé vers l'emploi et l'autonomie " avec la mission locale de Rouen, cet élément n'est pas suffisant pour démontrer son insertion professionnelle. Les quelques attestations et les cours de langue française que M. A a suivi ne sont pas suffisants pour démonter son insertion sociale eu égard à la date de son entrée sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas porté au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels l'arrêté attaqué a été pris en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

6. En second lieu, les circonstances que la France ne procède pas à l'exécution de décisions d'éloignement vers l'Afghanistan depuis l'été 2021, que M. A ne peut pas obtenir un passeport actuellement en raison de la situation politique dans son pays d'origine et que les vols commerciaux sont inexistants, alors qu'il est par ailleurs maintenu sans titre de séjour sur le territoire français ne permettent pas de caractériser l'existence d'un traitement inhumain et dégradant au sens des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, aux termes du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. M. A soutient qu'il serait menacé en cas de retour en Afghanistan du fait qu'il a été accusé par les talibans d'avoir collaboré avec les autorités afghanes et donné des renseignements qui auraient permis à ces dernières de cibler les talibans, et que son père et son frère ont été violentés suite à son départ. Il indique également que son frère a été tué par les talibans. Toutefois, alors que l'OFPRA et la CNDA ont rejeté sa demande de protection internationale, M. A ne produit pas d'éléments suffisants de nature à établir la vraisemblance de ces faits, les seules pièces qu'il produit ne démontrant pas l'existence de risques personnels en cas de retour dans son pays d'origine. La seule production de documents généraux relatifs à la situation en Afghanistan ne permet pas davantage de considérer qu'il existe des risques liés à la situation de violence dans la province de Kunduz dont il est originaire, alors que selon la note d'orientation pour l'Afghanistan de l'agence de l'Union européenne pour l'asile publiée en mai 2024, dont les Etats membres de l'Union européenne doivent tenir compte conformément à l'article 11 (3) du règlement 2021/2303/UE du Parlement européen et du Conseil du 15 décembre 2021 et qui nécessite une mise à jour régulière selon l'article 11 (4), il n'existe actuellement aucun risque réel pour un civil d'être personnellement affecté par une violence aveugle. Par suite, il n'est pas établi que M. A risquerait sérieusement d'être exposé à un traitement inhumain et dégradant s'il était amené à traverser une province connaissant une situation de violence aveugle et notamment la province de Kaboul, afin de rejoindre celle de Kunduz où se situent ses centres d'intérêt. Il n'est pas davantage établi qu'il se trouverait du fait de sa situation personnelle et de son profil occidentalisé particulièrement exposé à des risques pour sa sécurité en cas de retour. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

9. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de celle portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. () ".

11. Pour les motifs exposés au point 5, alors même que M. A n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Le moyen tiré de la méconnaissance les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

12. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de celle portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux du 23 septembre 2024 du préfet de la Seine-Maritime. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Castor et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Galle, présidente,

- M. Bellec, premier conseiller,

- Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2025.

Le rapporteur,

Signé

C. BELLEC

La présidente,

Signé S

C. GALLE

La greffière,

Signé

A. HUSSEIN

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

ah

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