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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404420

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404420

jeudi 27 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404420
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3 ème Chambre
Avocat requérantMUKENDI NDONKI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Mukendi-Ndonki, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé l'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre subsidiaire, de réexaminer sa demande de titre de séjour et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

La décision portant refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;

- a été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière, faute de saisine de la commission du titre de séjour ;

- est entachée d'une erreur de droit au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

L'obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale pour être fondée sur un refus de séjour illégal ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de renvoi :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

L'interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par une ordonnance en date du 27 novembre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 janvier 2025, à douze heures.

Un mémoire en défense, présenté par le préfet de la Seine-Maritime, le 15 janvier 2025, a été enregistré sans être communiqué.

Vu :

- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, ont été entendus :

- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;

- les observations de Me Mukendi-Ndonki, pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant sénégalais né le 23 février 1980 déclare être entré en France muni d'un visa court séjour, le 5 mai 2012. Le 25 avril 2024, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté contesté du 2 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français sous trente jours, a fixé son pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 423-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : () 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ; () ". Aux termes de l'article L. 435-1 du même code : " () Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. () ".

3. Au cas d'espèce, tant par leur nombre que par leur nature, les pièces versées aux débats par le requérant, en particulier les ordonnances et prescriptions médicales, les comptes-rendus de consultations, les factures, pièces fiscales, bulletins de salaire, contrats d'intérim et attestations de formation, permettent de justifier de ce que l'intéressé réside habituellement en France depuis au moins, janvier 2014. Dans ces conditions, l'autorité administrative était tenue de saisir, pour avis, la commission du titre de séjour, avant de rejeter la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par M. A. L'abstention du préfet de la Seine-Maritime à procéder à une telle saisine, constitutive d'une garantie, caractérise l'irrégularité procédurale invoquée par le requérant. Il suit de là, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que cette décision encourt l'annulation, de même que, par voie de conséquence, la décision portant obligation de quitter le territoire français sous trente jours, la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement et la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Eu égard à ses motifs, l'exécution du présent jugement implique seulement que la situation du requérant fasse l'objet d'un réexamen. Il y a lieu d'enjoindre au préfet compétent d'y procéder dans un délai de quatre mois à compter de la notification du présent jugement et de munir M. A d'une autorisation provisoire de séjour, sous quinze jours à compter de cette même date, dans l'attente de ce réexamen. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

5. . Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : L'arrêté du 2 octobre 2024 du préfet de la Seine-Maritime, est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet compétent de réexaminer la situation de M. A dans un délai de quatre mois et de le munir sous quinze jours, pour la durée de ce réexamen, d'une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'Etat versera une somme de 1 000 euros à M. A, au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.,

Article 4 : Le surplus des conclusions est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Mukendi-Ndonki, et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 6 février 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Gaillard, présidente,

M. Bouvet, premier conseiller,

M. Baude, premier conseiller,

Assistés de M. Tostivint, greffier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 février 2025.

Le rapporteur,

signé

C. BOUVET

La présidente,

signé

A. GAILLARDLe greffier,

signé

H. TOSTIVINT

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

S. Combes

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