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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404485

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404485

vendredi 31 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404485
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantMONTREUIL ELIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 7 novembre 2024, Mme B A, représentée par Me Montreuil, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 19 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de certificat de résident algérien, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " ou " travailleur temporaire ", dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, à titre subsidiaire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ou un récépissé l'autorisant à travailler, dans le délai de quinze jours à compter de la même date et de procéder au réexamen de sa situation dans le délai de trois mois à compter de la même date, le tout sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Montreuil, au titre de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, valant renonciation de l'avocat à la part contributive de l'Etat.

Mme A soutient que :

- la décision portant refus de séjour :

o est signée par une autorité incompétente ;

o est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français :

o est signée par une autorité incompétente ;

o est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

o est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

o méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

o est entachée d'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences sur sa vie personnelle ;

- la décision fixant le pays de renvoi :

o est signée par une autorité incompétente ;

o est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par décision du 15 octobre 2024, Mme A a été admise à l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre,

- et les observations de Me Montreuil, représentant Mme A.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante algérienne née le 26 novembre 1995, est entrée sur le territoire le 25 août 2018 munie d'un visa long séjour portant la mention " étudiant " valable du 20 août au 18 novembre 2018. Elle a bénéficié de certificats de résidence en sa qualité d'étudiante jusqu'au 27 septembre 2022. Le 31 janvier 2023, l'intéressée a fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, dont la légalité n'a pas été remise en cause par jugement n°2300727 du 20 juin 2023 du tribunal. Le 17 avril 2024, Mme A a sollicité son admission au séjour au titre de l'article 6.5 de l'accord franco-algérien. Par l'arrêté attaqué du 19 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de certificat de résident algérien, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté a été pris par M. D C qui disposait, en qualité de directeur des migrations et de l'intégration, d'une délégation de signature du préfet de la Seine-Maritime par arrêté du 12 juillet 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 76-2024-119 du 12 juillet 2024, librement consultable par les parties sur son site internet, pour prendre la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, les stipulations de l'article 6.5 de l'accord franco-algérien, des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont le préfet de la Seine-Maritime a fait application. L'autorité préfectorale, qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, y décrit notamment sa situation administrative et sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen réel et sérieux doit être écarté.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () / 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ". Aux termes de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".

5. Mme A, dont les conditions d'entrée et de séjour ont été rappelées au point 1 du présent jugement, s'est mariée le 29 avril 2023 à un compatriote, titulaire d'une carte de résident valable du 27 juillet 2021 jusqu'au 26 juillet 2031, et avec lequel elle a eu un enfant né le 5 août 2023. Toutefois, le mariage reste récent à la date de la décision attaquée. L'intéressée est titulaire d'un master 1 Gestion de l'environnement depuis 2021 et travaille comme caissière dans un commerce de détail alimentaire depuis le 13 mai 2021. Néanmoins, ces circonstances sont insuffisantes pour caractériser une insertion sociale et professionnelle en France. Par ailleurs, elle ne justifie pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine. Dès lors, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour le préfet de la Seine-Maritime aurait porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Il s'ensuit que c'est sans méconnaître les stipulations citées au point précédent que le préfet de la Seine-Maritime a refusé de l'admettre au séjour. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ne peut être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède que, par les moyens qu'elle invoque, Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de décision portant refus de délivrance d'un certificat de résident algérien.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

7. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

8. Mme A s'est mariée le 29 avril 2023 à un compatriote, titulaire d'une carte de résident valable du 27 juillet 2021 jusqu'au 26 juillet 2031, et avec lequel elle a eu un enfant né le 5 août 2023. Si le préfet fait valoir que la décision ne fait pas obstacle à ce que l'intéressée revienne en France dans le cadre de la procédure du regroupement familial, une telle circonstance impliquerait la séparation des enfants avec l'un de leurs parents. Par suite, Mme A est fondée à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français porte à l'intérêt supérieur de son enfant, eu égard aux buts poursuivis par cette décision, une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris et méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

9. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du 19 juin 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation de la décision du même jour fixant le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

10. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique, en application de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il soit enjoint au préfet territorialement compétent de réexaminer la situation de Mme A, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante dans la présente instance, le versement à Me Montreuil, avocat de Mme A, la somme de 1 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions du 19 juin 2024 par lesquelles le préfet de la Seine-Maritime a obligé Mme A à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de sa destination sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au préfet territorialement compétent de procéder, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, au réexamen de la situation de Mme A et de lui délivrer, dans l'attente de ce réexamen, une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'État versera à Me Montreuil la somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'il renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Montreuil et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 17 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Van Muylder, présidente,

- M. Cotraud, premier conseiller,

- Mme Favre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2025.

La rapporteure,

Signé :

L. FAVRE

La présidente,

Signé :

C. VAN MUYLDERLe greffier,

Signé :

J-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J.-B. MIALON

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