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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404494

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404494

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404494
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantELATRASSI-DIOME

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 novembre 2024, M. C A, représenté par Me Elatrassi demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 novembre 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de réexaminer sa situation sans délai, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il n'a pas été informé des modalités de refus des conditions matérielles d'accueil dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend ;

- la décision contestée méconnaît les dispositions de l'article R. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 novembre 2024, le directeur général de l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la Constitution ;

- la convention de Genève ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Delacour comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter, VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Delacour, magistrate désignée.

Ni M. A, ni l'OFII n'était présent ou représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 19 décembre 2005 à Koweit, de nationalité égyptienne, déclare être entré sur le territoire français le 12 octobre 2022, sous couvert d'un visa de court séjour délivré par les autorités italiennes, alors qu'il était encore mineur. Le 4 novembre 2024, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Par décision du 4 novembre 2024, dont le requérant demande l'annulation, l'OFII lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président / () ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, M. B D, directeur territorial de l'OFII à Rouen, a reçu délégation en vertu de la décision du directeur général de l'OFII du 21 juin 2023, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur librement accessible sur le site Internet de l'OFII, à l'effet de signer, dans le cadre des instructions qui lui sont données et dans la limite de ses attributions, tous actes, décisions et correspondances se rapportant, notamment, aux missions dévolues à la direction territoriale de Rouen. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit, par suite, être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui vise les dispositions dont il a été fait application, relève que M. A a, sans motif légitime, présenté sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France. La décision en litige, qui n'a au demeurant pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit, dès lors, être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche d'évaluation de vulnérabilité renseignée lors du dépôt de la demande d'asile de M. A, et signée par ce dernier, que l'intéressé a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité le 4 novembre 2024, à l'occasion duquel son état de vulnérabilité a été évalué. Dans ces conditions, les moyens tirés du défaut d'évaluation de sa vulnérabilité et du défaut d'examen personnalisé doivent être écartés.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente ". Aux termes de l'article L. 551-10 du même code : " Le demandeur est informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut lui être refusé ou qu'il peut y être mis fin dans les conditions et selon les modalités prévues aux articles L. 551-15 et L. 551-16 ". Aux termes de l'article R. 551-23 du même code : " Les modalités de refus ou de réouverture des conditions matérielles d'accueil sont précisées par l'Office français de l'immigration et de l'intégration lors de l'offre de prise en charge dans une langue que le demandeur d'asile comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend ".

7. S'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait été informé des modalités de refus des conditions matérielles d'accueil, il ressort de ces mêmes pièces que, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile le 4 novembre 2024, il a été reçu en entretien par l'OFII, lors duquel il a déclaré parler le français, comme en atteste la fiche d'évaluation de vulnérabilité signée par l'intéressé. En outre, il ne ressort d'aucune autre pièce du dossier et n'est pas même soutenu que M. A aurait été empêché de présenter des observations qui auraient été de nature à ce que la procédure administrative aboutisse à un résultat différent. Ainsi, dans les circonstances de l'espèce et eu égard au motif pour lequel les conditions matérielles d'accueil lui ont été refusées, ce vice de procédure n'a pu exercer d'influence sur le sens de la décision en litige et l'intéressé ne peut être regardé comme ayant été privé d'une garantie.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. () ". Selon l'article L. 531-27 du même code : " () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ". Aux termes de l'article 20 de la directive 2013/33/CE du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, transposée en droit interne : " () 2. Les États membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'État membre. ".

9. L'OFII s'est fondé, pour refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à

M. A, sur le fait que, sans motif légitime, l'intéressé a présenté sa demande d'asile plus de 90 jours après son entrée en France, soit au-delà du délai prévu par les dispositions précitées du 3° de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Il ressort en effet des pièces du dossier que l'intéressé, déclarant être entré sur le territoire français le 12 octobre 2022, n'a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile que le 4 novembre 2024. S'il soutient que sa minorité l'a empêché de présenter une telle demande jusqu'alors, celle-ci a été introduite plus de dix mois après son dix-huitième anniversaire. Dès lors et alors qu'il ne se prévaut d'aucune circonstance susceptible de faire obstacle à l'engagement après l'obtention de la majorité de telles démarches en vue de solliciter l'asile, le requérant n'est pas fondé à soutenir, en l'absence de motif légitime justifiant que l'intéressé n'ait pas présenté sa demande dans le délai qui lui était imparti, que l'OFII a, en lui refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, méconnu les dispositions précitées de l'article

L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. En dernier lieu, M. A soutient qu'il est dépourvu de ressource et se trouve sans possibilité d'hébergement. Toutefois, et alors qu'il n'apporte aucune précision sur ses conditions de vie et ses ressources, il ressort des pièces du dossier qu'il est scolarisé en classe de première de baccalauréat professionnel CIEL au sein du lycée des métiers Grieu à Rouen, et y a la qualité d'interne à l'établissement d'enseignement. S'il affirme son besoin d'un cadre stable pour poursuivre ses études, cette circonstance ne saurait permettre de caractériser une situation de vulnérabilité particulière d'un demandeur d'asile justifiant l'octroi des conditions matérielles d'accueil au sens et pour l'application des dispositions précitées. Enfin, il ne produit aucun document médical permettant d'attester qu'il est atteint d'une maladie congénitale affectant à la fois le dos et le pied. Dès lors, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, et celles relatives aux frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration, et à Me Elatrassi.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

L. DELACOUR

La greffière,

Signé :

S. LECONTE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

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