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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404498

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404498

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404498
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantCASTOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, enregistrés les 11 et 12 novembre 2024, Mme B C, représentée par Me Vercoustre, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 10 novembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent d'effacer son signalement dans le système d'information Schengen, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai et de réexaminer sa situation, sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard.

Elle soutient que :

- l'auteur de la décision est incompétent ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale dès lors que les décisions portant refus d'admission au séjour, l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination sont illégales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme A comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 29 novembre 2024, ont été entendus :

- le rapport de Mme A,

- les observations orales de Me Vercoustre, représentant Mme C, qui souligne que Mme C a été victime de graves violences conjugales de la part de son ex compagnon, contre lequel elle a porté plainte le 13 novembre 2024 ; qu'elle ne représente pas une menace à l'ordre public au regard des circonstances dans lesquelles elle a été placée en garde à vue, après avoir été victime et non l'auteur de violences à l'encontre de son ex compagnon contrairement à ce que ce dernier a indiqué, de sorte qu'elle ne représente pas une menace à l'ordre public ; que la durée de l'interdiction de retour est disproportionnée compte tenu de sa vulnérabilité ; que des circonstances humanitaires font obstacle à édiction d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français ; qu'elle doit pouvoir être présente en France dans le cadre de la plainte qu'elle a déposée ; qu'elle est menacée de mort par sa famille en cas de retour dans son pays d'origine compte tenu de sa situation familiale ;

- les observations de Mme C ;

Le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, né le 11 novembre 1999, de nationalité marocaine, est entrée en France en 2021 munie d'un visa en qualité de conjoint de Français. Par un arrêté du 3 mai 2023, le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination. Par l'arrêté contesté du 10 novembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Mme C demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

4. En premier lieu, par un arrêté n°23-065 du 18 avril 2023, régulièrement publié, le préfet de la Seine-Maritime a donné délégation à M. Philippe Leraitre, secrétaire général aux affaires régionales, à l'effet de signer, notamment, la décision litigieuse durant les services de permanence du corps préfectoral. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué manque en fait.

5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 612-7 de ce code. Il fait état de la situation personnelle et familiale de la requérante. Il mentionne également les considérations de fait qui constituent le fondement de la décision en indiquant notamment que la requérante a fait l'objet d'un arrêté du préfet de la Seine-Maritime refusant son admission au séjour et portant obligation de quitter le territoire français en date du 3 mai 2023. Il précise également que Mme C est très défavorablement connue des services de police. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté ainsi que celui tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle.

6. En troisième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est, en revanche, recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.

7. Par un jugement du 3 octobre 2024, le tribunal administratif de Rouen a rejeté les conclusions présentées par Mme C contre l'arrêté du 3 mai 2023 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, au motif que cet arrêté est devenu définitif faute d'avoir été contesté dans le délai de recours contentieux. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'arrêté du 3 mai 2023 soulevé à l'encontre de l'arrêté attaqué portant interdiction de retour sur le territoire français doit être écarté comme irrecevable.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. "./ Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

9. Il est constant que Mme C est entrée en France en mars 2021, qu'elle est actuellement en instance de divorce avec son époux de nationalité française, avec lequel la communauté de vie a cessé. Sa plainte déposée en juin 2021 à l'encontre de son époux a été classée sans suite. Elle n'a pas exécuté la mesure d'éloignement du 3 mai 2023 notifiée le 12 mai 2023 qui a été prise à son encontre. Si elle a noué une nouvelle relation à compter de juillet 2022 avec un ressortissant français, ce dernier a été condamné en novembre 2023 pour des faits de violences conjugales à l'encontre de Mme C, à une peine d'emprisonnement qu'il a exécutée sous bracelet électronique et à une interdiction de contact avec Mme C, qui n'a pas été respectée.

Mme C n'a aucune attache familiale en France, et ne fait état d'aucun lien personnel stable et intense sur le territoire. Elle ne justifie d'aucune insertion sociale en France et s'est maintenue irrégulièrement sur le territoire depuis le refus de renouvellement de titre de séjour dont elle a fait l'objet en mai 2023. Si Mme C soutient en outre que son ex-compagnon lui a infligé de nouvelles violences graves le 9 novembre 2024, pour lesquelles elle a porté plainte, les violences conjugales dont Mme C a fait l'objet qui ont donné lieu à la condamnation pénale de son ex compagnon du 6 novembre 2023, et l'existence d'une nouvelle plainte de la requérante à l'encontre de son ex-compagnon pour de nouvelles violences commises le 9 novembre 2024, ne peuvent à elles seules, eu égard à la portée d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire, constituer des circonstances humanitaires de nature à justifier que l'autorité administrative s'abstienne de prononcer une mesure d'interdiction de retour, au sens de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A cet égard, la mesure d'interdiction de retour dont Mme C fait l'objet et dont elle pourra demander l'abrogation dans les conditions prévues à l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne fait pas obstacle à ce qu'elle puisse dans l'attente faire valoir ses droits en étant représentée dans le cadre de la procédure pénale qu'elle a récemment engagée. Enfin, la circonstance que la requérante serait menacée en cas de retour dans son pays d'origine est sans incidence sur la légalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire, qui n'a ni pour objet ni pour effet de prononcer l'éloignement de Mme C vers son pays d'origine. Par suite, et alors même que l'un des motifs de la décision d'interdiction de retour, tenant à l'existence d'une menace à l'ordre public " au vu des faits pour lesquels elle a été placée en garde à vue " le 9 novembre 2024 ne peut en état de l'instruction, alors que l'intéressée conteste ces faits et a porté plainte contre son ex-compagnon, suffire à établir la réalité d'une menace à l'ordre public, la décision attaquée ne méconnait pas l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Compte tenu de la situation d'ensemble de la requérante, la durée de l'interdiction de retour prononcée par le préfet ne méconnait pas les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté litigieux du 10 novembre 2024 du préfet de la Seine-Maritime. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé

C. A

La greffière,

Signé

C. Dupont

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision. Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

C. DUPONT

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