Texte intégral
Vu les procédures suivantes :
I./ Par une requête, enregistrée le 28 juillet 2024 sous le n° 2403069, et un mémoire, enregistré le 10 novembre 2024, M. A..., se disant Bally Fofana, assisté par Me Leroy, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 19 mars 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer une carte de séjour, l’a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une carte de séjour « vie privée et familiale », à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et en toute hypothèse de le munir, dans l’attente, d’un « document de séjour » l’autorisant à exercer une activité professionnelle ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros au titre de au titre du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique.
Le requérant soutient que :
s’agissant de la décision de refus de titre de séjour :
cette décision méconnaît les articles L. 811-2 et R. 431-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ainsi que celles de l’article 47 du code civil ;
le préfet n’a pas saisi les autorités maliennes aux fins de vérification des documents d’état civil produits ;
les services de la police aux frontières (PAF) ne sont pas compétent pour procéder à l’analyse de ces documents ;
cette décision méconnaît l’obligation de motivation et d’examen sérieux et complet de sa demande et plus généralement d’un droit à une bonne administration ;
l’arrêté a été pris à l’issue d’une procédure irrégulière, faute de saisine pour avis de la commission du titre de séjour ;
la décision attaquée est entachée d’erreur de droit et d’erreur d’appréciation dans la mise en œuvre de l’article L. 423-22 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et d’une erreur manifeste d’appréciation ;
le refus de séjour en litige porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale protégé par les stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
cette décision méconnaît son droit à l’instruction ;
la décision procède d’une erreur manifeste d’appréciation ;
l’obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :
méconnaissent l’obligation de motivation et d’examen sérieux et complet de sa demande ;
sont illégales en raison de l’illégalité dont est elle-même entachée la décision de refus de titre de séjour ;
portent atteinte à son droit à la vie privée et familiale, protégé par les stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
méconnaissent le droit, consacré par la jurisprudence, à résider de plein droit sur le territoire national ;
procèdent d’une erreur manifeste d’appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 septembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par le requérant sont infondés.
II./ Par une requête, enregistrée le 10 novembre 2024 sous le n° 244504, M. A..., se disant Bally Fofana, assisté par Me Leroy, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 30 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l’a assigné à résidence pendant la durée de 45 jours dans la commune de Cressy et interdit de quitter sans autorisation le territoire des communes composant la circonscription de sécurité publique de Tôtes ;
2°) d’enjoindre au préfet de la Seine-Maritime d’informer les services compétents de ce qu’ils doivent mettre fin à la mesure de surveillance attaquée ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 960 euros au titre de au titre du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique ou, subsidiairement, au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Le requérant soutient que l’arrêté attaqué :
est sans base légale dès lors que l’obligation de quitter le territoire français sur laquelle il se fonde est entachée d’illégalité ;
est insuffisamment motivé au sens de l’article L. 732-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
se fonde sur un motif entaché d’inexactitude matérielle des faits ;
méconnaît les articles L. 730-1 et L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
méconnaît l’article R. 733-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en ce qui concerne les modalités restrictives mises en place ;
a été pris sans un examen sérieux de sa situation particulière ;
est entaché d’erreur manifeste d’appréciation ;
méconnaît l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
méconnaît l’article 2 du premier protocole à la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Vu :
la décision par laquelle M. B... a été désigné comme juge du contentieux des mesures d’éloignement des étrangers ;
la décision du 19 juin 2024 d’admission à l’aide juridictionnelle totale dans l’instance n° 2403069 ;
les autres pièces des dossiers, notamment celles versées le 9 novembre 2024 pour le requérant dans l’instance n° 2403069.
Vu :
la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code civil ;
le code des relations entre le public et l’administration ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le décret n° 2013-728 du 12 août 2013 ;
le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
l’arrêté du 29 juin 2023 portant organisation de l’administration centrale de la direction générale de la police nationale ;
le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Au cours de l’audience publique du 20 novembre 2024, après la présentation du rapport, ont été entendues :
les observations de Me Leroy, pour le requérant, qui reprend les conclusions et moyens des requêtes,
et les observations du requérant.
La clôture de l’instruction est intervenue à l’issue de l’audience, en application de l’article R. 922-16 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile.
Considérant ce qui suit :
Sur l’étendue du litige :
Le requérant, qui se déclare ressortissant malien, a été pris en charge par les services de l’aide sociale à l’enfance après son arrivée en France au cours du mois de février 2019. Il a essuyé, par l’arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 19 mars 2024 attaqué dans l’instance n° 2403069, un refus de délivrance d’une carte de séjour sur le fondement de l’article L. 423-22 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile applicable aux étrangers entrés sur le territoire français avant l’âge de seize ans. Cet arrêté préfectoral l’a obligé à quitter le territoire français sous trente jours et a fixé son pays de renvoi. Par l’arrêté du même préfet du 30 octobre 2024 attaqué dans l’instance n° 2404504, l’intéressé a été assigné à résidence pendant une durée de 45 jours.
Il y a lieu de joindre les requêtes n° 2403069 et n° 2404504 qui concernent des mesures de police édictées à l’égard de la même personne, pour statuer par un seul jugement. Eu égard aux dispositions du second alinéa de l’article L. 614-9 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, il n’appartient qu’à une formation collégiale du tribunal de se prononcer sur les mérites des conclusions de la requête n° 2403069 tendant à l’annulation du refus de de carte de séjour notifié au requérant par l’arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 19 mars 2024 ainsi que sur ses demandes accessoires.
Sur l’aide juridictionnelle provisoire :
Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, d’admettre provisoirement le requérant au bénéfice de l’aide juridictionnelle en application des dispositions de l’article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique dans l’instance n° 2404504.
En vertu de l’article 92 du décret du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique et relatif à l’aide juridictionnelle et à l’aide à l’intervention de l’avocat dans les procédures non juridictionnelles, la part contributive versée par l’Etat à l’avocat choisi ou désigné pour assister plusieurs personnes dans un litige reposant sur les mêmes faits et comportant des prétentions ayant un objet similaire est réduite par le juge de 30 % pour la deuxième affaire. La réduction s’applique lorsque, notamment, le juge est conduit à trancher des questions semblables, soit dans le cadre d’une même instance, soit dans le cadre d’instances distinctes reposant sur les mêmes faits. En l’espèce, la requête n° 2403069 porte sur un refus de séjour contenu dans l’arrêté préfectoral du 19 mars 2024 prescrivant des mesures d’éloignement attaquées dans l’instance n° 2403069 et, par la voie de l’exception d’illégalité notamment, l’intéressé verse dans ce dossier et dans celui de la requête n° 2404504 contre l’assignation à résidence les copies du recours précédent et de ses pièces jointes auxquelles elle renvoie expressément. L’ensemble relève donc de l’article 92 du décret du 28 décembre 2020. L’intéressé ayant obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle par décision du 19 juin 2024 dans l’instance n° 2403069, l’instance n° 2404504 donnera ainsi lieu à une réduction de 30 % appliquée à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.
Sur l’obligation de quitter le territoire français :
En premier lieu, l’arrêté préfectoral du 19 mars 2024 énonce les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de la décision d’obligation de quitter le territoire français attaquée, ne serait-ce que parce qu’il est contenu dans l’arrêté qui comporte un refus de titre de séjour lui-même suffisamment motivé.
En deuxième lieu, il ne ressort d’aucune pièce des dossiers que le préfet de la Seine-Maritime aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de l’intéressé avant d’édicter la mesure d’éloignement contestée.
En troisième lieu, aux termes de l’article R. 431-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d’un titre de séjour présente à l’appui de sa demande : 1° Les documents justifiant de son état civil (…) » Aux termes du premier alinéa de l’article 47 du code civil, auquel renvoient les dispositions de l’article L. 811-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Tout acte de l’état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d’autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l’acte lui-même établissent que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. »
D’une part, les dispositions précitées de l’article R. 431-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile prévoient que le demandeur présente les documents justifiant de son état civil. En vertu des dispositions combinées du deuxième alinéa de l’article 20 du décret du 12 août 2013 portant organisation de l’administration centrale du ministère de l’intérieur et du ministère des outre-mer dans sa rédaction applicable en l’espèce à compter du 1er juillet 2023 et des articles 29 à 34 de l’arrêté du 29 juin 2023 portant organisation de l’administration centrale de la direction générale de la police nationale entrés en vigueur à la même date, les services de la PAF sont notamment chargés du respect de la réglementation relative à la lutte contre l’immigration irrégulière et contribuent à la mise en œuvre des dispositifs de lutte contre, notamment, la fraude documentaire et à l’identité. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime, qui dispose des services de la PAF, pouvait légalement les solliciter afin d’analyser les documents qui lui étaient présentés. En outre, il ne résulte d’aucun texte que l’autorité administrative soit tenue de solliciter nécessairement et systématiquement les autorités d’un autre État afin d’établir qu’un acte d’état civil présenté comme émanant de cet État est dépourvu d’authenticité, en particulier lorsque l’acte est, compte tenu de sa forme et des informations dont dispose l’autorité française sur la forme habituelle, manifestement falsifié. Par suite, les moyens tirés de l’incompétence matérielle de la direction interdépartementale de la PAF du Havre, remplacée depuis le 1er juillet 2024 par service interdépartemental de la police aux frontières (SIPAF) de la direction interdépartementale de la police nationale (DIPN) Seine-Maritime, et de la violation d’une obligation de saisir les autorités diplomatiques ou consulaires maliennes doivent être écartés.
D’autre part, la force probante d’un acte d’état civil établi à l’étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d’établir que l’acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l’administration de la valeur probante d’un acte d’état civil établi à l’étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l’ensemble des éléments produits par les parties. Pour estimer qu’un acte d’état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu’il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier.
Si comme le soutient le requérant, l’absence de centrage et d’alignement des certaines mentions ne constituent pas des anomalies formelles qui suffisent à ôter toute force probante au jugement supplétif d’acte de naissance n° 3993, il ressort des rapports d’analyse versés au dossier, que ce jugement a été contrefait par apposition d’un timbre humide anormalement surchargé et comportant une erreur de typographie affectant une lettre majuscule du mot « peuple » de la devise du Mali. Contrairement à ce que soutient sur ce point le requérant, cette irrégularité formelle, qui ne peut être réduite au rang des erreurs matérielles pouvant affecter un écrit, présente un degré élevé de gravité s’agissant de la gravure d’un tampon destiné à garantir l’authenticité d’un document officiel. Si, sur l’acte de naissance n° 297, l’emploi, prohibé par la loi malienne, des initiales et abréviations pour désigner le jugement supplétif d’acte de naissance, présente un degré moindre de gravité, une incertitude majeure plane en revanche sur l’existence d’un jugement officiel véritable, sur la date de notification ou de diffusion de cette décision juridictionnelle ou sur la date d’établissement de l’acte de naissance dès lors qu’il est curieusement daté du 28 décembre 2018, soit plus de deux années avant le jugement du 24 décembre 2020 qu’il vise et qu’il est censé transcrire. En soutenant notamment que la falsification de ce timbre humide ne peut être établie avec certitude, en l’absence de toute vérification auprès des autorités maliennes compétentes et en se prévalant, de façon générale, des conditions dégradées, aléatoires ou coutumières d’élaboration des actes d’état civil maliens, le requérant ne peut être regardé comme contestant utilement les conclusions des rapports de la PAF. La double circonstance que l’acte de naissance n° 297 n’aurait fait l’objet que d’un avis défavorable de la PAF et qu’une carte consulaire a été délivrée n’a pas d’incidence sur l’analyse qui précède dès lors que ces documents d’état civil et d’immatriculation ont été élaborés et délivrés sur la base du jugement supplétif falsifié. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime était fondé à retenir que les documents présentés ne justifiaient pas de l’état civil du demandeur au sens des dispositions de l’article R. 431-10 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile et à rejeter, pour ce seul motif, la demande dont il était saisi. Par suite, les autres moyens visés ci-dessus, soulevés par voie d’exception d’illégalité à l’encontre de la décision de refus de délivrance d’une carte de séjour sont inopérants.
En quatrième lieu, tous les moyens, soulevés par voie d’exception, contre la décision de refus de séjour du 19 mars 2024 devant être écartés ainsi qu’il est dit aux points 7 à 10, le moyen tiré de ce que le requérant ne pouvait faire l’objet d’une obligation de quitter le territoire français au motif qu’il se trouverait dans une situation où la loi prévoit l’attribution de plein droit d’un titre de séjour doit être écarté.
En cinquième lieu, le requérant justifie ne pas être isolé sur le territoire français où il est présent depuis six années environ à la date de la décision d’éloignement dans la mesure où il a noué – et entretient encore – des liens d’amitié avec des personnes qui l’ont pris en charge ou accompagné au cours de sa minorité présumée. Son environnement professionnel dans l’entreprise de boulangerie au cours de sa formation représente également une composante significative de son réseau amical et donc de sa vie privée. Toutefois, l’absence de certitude sur son état civil rend peu probante l’affirmation selon laquelle il serait dépourvu de toute attache dans son pays d’origine, la famille y résidant n’étant, selon les termes de la requête, pas restreinte à ses parents, décédés depuis son arrivée en France. Si l’apprentissage effectué sur le territoire national, au demeurant non sans de grandes difficultés en langue mais aussi et surtout dans la maîtrise des matières technologiques essentielles du CAP finalement obtenu en 2023, est susceptible de bénéficier à un employeur exerçant en France, le requérant, célibataire et sans charge de famille, peut, à son âge et quant à lui, valoriser ce savoir-faire dans son pays d’origine. Dans ces conditions, l’atteinte portée par la mesure administrative attaquée, compte tenu par ailleurs de son objet et de ses effets tenant à l’absence de justification d’un état civil indispensable à la circulation des étrangers sur le territoire national, n’apparaît pas disproportionnée au sens des stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
En dernier lieu, l’erreur manifeste d’appréciation invoquée n’est pas établie.
Sur la décision fixant le pays de destination :
En premier lieu, l’arrêté préfectoral du 19 mars 2024 énonce les considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de destination attaquée. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisance de motivation doit être écarté.
En deuxième lieu, il ne ressort d’aucune pièce des dossiers que le préfet de la Seine-Maritime aurait manqué à son obligation de procéder à un examen particulier de la situation personnelle de l’intéressé avant de déterminer le pays de renvoi.
En dernier lieu, les moyens tirés de ce que la décision attaquée repose sur une obligation de quitter le territoire français illégale, méconnaît les stipulations de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et procède d’une erreur manifeste d’appréciation doivent être écartés pour les motifs énoncés aux points 5 à 13.
Sur l’assignation à résidence :
Il ressort des pièces des dossiers et des explications et précisions apportées au cours de l’audience publique que le requérant a présenté son passeport valable du 19 août 2024 au 18 août 2029 lors de l’entrevue organisée le 9 octobre 2024 dans les locaux de la SIPAF pour les formalités de départ. Au demeurant, une copie de ce document de voyage a nécessairement été prise par – ou communiqué à – ce service de police dès lors qu’une telle copie a permis la saisine des autorités consulaires maliennes. Dans ces conditions, le motif de l’assignation à résidence attaquée, qui relève que le requérant, lors de l’audition du 9 octobre 2024 n’a pas apporté la preuve de ce qu’il était détenteur d’un passeport en cours de validité et qu’il s’est borné à présenter un récépissé de demande de ce document de voyage est matériellement inexact. Aucun autre motif que ce motif, erroné et déterminant quant à l’appréciation portée par l’autorité administrative sur le caractère raisonnable de la perspective d’un éloignement et de l’organisation matérielle du départ, ne justifie la mesure restrictive de liberté en cause. Par suite, l’intéressé est fondé à soutenir que l’arrêté préfectoral du 30 octobre 2024 est entaché d’erreur de fait.
Il résulte de ce qui précède, sans qu’il soit besoin d’examiner les autres moyens de la requête n° 2404504, que le requérant est seulement fondé à demander l’annulation de l’arrêté du 30 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l’a assigné à résidence pendant la durée de 45 jours dans la commune de Cressy et interdit de quitter sans autorisation le territoire des communes composant la circonscription de sécurité publique de Tôtes. Contrairement à ce que soutient l’intéressé, cette annulation n’implique aucune mesure d’exécution. Il y a lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge de l’Etat la somme de 600 euros au titre de au titre du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l’aide juridique dans l’instance n° 2404504.
D E C I D E :
Article 1er : L’examen des conclusions et moyens de la requête n° 2403069 dirigés contre la décision de refus de délivrance d’une carte de séjour contenue dans l’arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 19 mars 2024 ainsi que des conclusions accessoires est réservé jusqu’à l’issue de cette instance qui se poursuit devant une formation collégiale.
Article 2 : Le requérant est admis provisoirement à l’aide juridictionnelle dans l’instance n° 2404504.
Article 3 : La part contributive de l’État au titre de l’aide juridictionnelle dans l’instance n° 2404504 est réduite de 30 % conformément au point 3 du présent jugement.
Article 4 : L’arrêté du 30 octobre 2024 d’assignation à résidence du préfet de la Seine-Maritime est annulé.
Article 5 : L’Etat versera la somme de 600 euros à Me Leroy, sous la double réserve de l’admission de son client au bénéfice de l’aide juridictionnelle et de la renonciation de cette avocate à la part contributive de l’Etat au titre de l’aide juridictionnelle.
Article 6 : Le surplus de la requête est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. A..., se disant Bally Fofana, à Me Magali Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
P. B...Le greffier,
Signé :
S. LECONTE
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.