jeudi 21 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2404506 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | BERRADIA NEJLA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 novembre 2024, M. B C, assisté par Me Berradia, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert en Espagne ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui remettre une autorisation provisoire de séjour, conformément " à l'article L. 512-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ", et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. C soutient que
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- le transfert n'est pas permis en cas de défaillances systémiques dans le pays de destination ;
- la circonstance qu'un visa lui a été délivré n'est pas le seul critère à prendre en compte au sens du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- il est malade, ce qui caractérise un cas de motif humanitaire ;
- le transfert est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 14 novembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient qu'aucun moyen n'est fondé.
Vu :
- la décision par laquelle M. A a été désigné comme juge du contentieux des transferts de demandeurs d'asile ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 20 novembre 2024, après la présentation du rapport, ont été entendues :
- les observations de Me Kouka, substituant Me Berradia, pour M. C, qui reprend les conclusions et moyens de la requête et précise que l'injonction demandée consiste en réalité à contraindre l'administration à enregistrer la demande d'asile et de munir l'intéressé de l'attestation correspondante, en application des article L. 521-1 et L. 531-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; ajoute que l'entrée irrégulière en Espagne n'est pas établie ; ajoute que l'entretien individuel n'a pas été mené par un agent qualifié ; ajoute que cet entretien n'a pas été exhaustif ; ajoute que le guide du demandeur d'asile n'a pas été traduit en langue soninké ; ajoute que, compte tenu de la date du relevé des empreintes digitales, la France était devenue responsable de la demande d'asile par l'effet du temps ; ajoute que le système d'asile et d'accueil des demandeurs d'asile espagnol est en proie à des défaillances systémiques ; ajoute que les affinités culturelles et linguistiques du requérant doivent conduire la France à se considérer responsable de l'examen de la demande d'asile,
- et les observations de M. C.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant mauritanien, né le 18 septembre 1989, a déposé une demande d'asile le 6 août 2024 à la préfecture de police. La consultation du système d'informations Eurodac, après relevé de ses empreintes, a permis de constater qu'il avait été identifié, le 16 janvier 2024, comme ayant franchi irrégulièrement la frontière extérieure de l'Union européenne en Espagne. Par l'arrêté attaqué du 22 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a prononcé son transfert dans ce pays.
2. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre provisoirement M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
3. En premier lieu, l'arrêté préfectoral attaqué, qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, vise les dispositions du règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, outre la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 de la Commission du 2 septembre 2003 portant modalités d'application du règlement (CE) n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers. L'arrêté énonce que l'Espagne a explicitement accepté de prendre en charge le requérant sur le fondement de l'article 13 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 applicable au cas du demandeur d'asile ayant franchi irrégulièrement la frontière espagnole en provenance d'un pays tiers à l'Union européenne. L'arrêté fait en outre état de la situation personnelle et familiale de M. C et indique qu'il n'est exposé à aucun risque en cas de retour en Espagne. Ainsi, l'arrêté attaqué comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
4. En deuxième lieu, les brochures mentionnées au 3 de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne sont pas disponibles en langue soninké, seule langue que M. C a déclaré comprendre. S'étant vu remettre ces documents en langue française, l'intéressé ne s'est ainsi pas vu communiquer, par écrit, les informations mentionnées au 1 de l'article 4 du même règlement dans une langue qu'il comprend. Il ressort toutefois des pièces du dossier, ainsi que des déclarations à l'audience, que lors de l'entretien individuel, l'intéressé a été assisté d'un interprète en langue soninké, qui a assuré la traduction, certes non de l'intégralité des brochures, mais de certains documents. En signant le résumé de l'entretien individuel, M. C a admis avoir reçu l'information sur les règlements de l'Union européenne et compris les termes de l'entretien. Aucun élément recueilli au cours de la procédure juridictionnelle ne révèle qu'il n'ait pas - ou mal - compris les informations reçues ou que ces éléments étaient incomplets. Ainsi, l'intéressé, qui a du reste refusé l'assistance d'un interprète en langue soninké pour les besoins de la présente procédure juridictionnelle, n'a pas été privé, en l'espèce, d'une garantie tenant à la préservation de son droit à comprendre le mécanisme de détermination de l'Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
5. En troisième lieu, le résumé de l'entretien individuel de M. C, revêtu du cachet du bureau de l'accueil de la demande d'asile au sein de la délégation à l'immigration de la préfecture de police et des initiales de l'agent qui a mené l'entrevue, a permis au requérant de donner les informations utiles à l'examen de sa situation, au regard de ses liens de famille et de son état de santé notamment. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.
6. En quatrième lieu, M. C a été identifié en franchissement irrégulier le 16 janvier 2024 en Espagne. Au vu des éléments recueillis au cours de l'audience, il a quitté ce pays au cours du mois de juillet 2024 pour se rendre en France. Il ne remplit donc pas les conditions du 2 de l'article 13 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 dont il revendique l'application au cours de l'audience, qui rendrait la France compétente pour l'examen de sa demande de protection internationale.
7. En dernier lieu, M. C n'établit pas avoir fait l'objet en Espagne d'un traitement révélant une défaillance systémique dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs au sens du 2 de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013. Pour les mêmes motifs, la mesure de transfert dans ce pays membre de l'Union européenne ne l'expose pas à des traitements inhumains ou dégradants prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales auxquelles renvoient l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 22 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert en Espagne. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. C est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la SELARL Nejla Berradia et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
P. ALe greffier,
Signé :
S. LECONTE
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2404506
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026