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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404564

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404564

jeudi 13 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404564
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantYOUSFI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 novembre 2024, M. B A, représenté par Me Yousfi, demande au tribunal :

1°) de lui accorder l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2022, notifié le 13 novembre 2024, par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français à son encontre pour une durée de trois mois ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte journalière de 100 euros ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros au bénéfice de son conseil, Me Yousfi, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ou à défaut, la somme de 1 500 euros à lui verser directement au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait son droit à être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait son droit à être entendu ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'il n'y a plus lieu à statuer sur les décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai et fixant le pays de destination. En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, il soutient qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bellec, premier conseiller,

- et les observations de Me Yousfi, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, né le 6 août 2000, de nationalité tunisienne, déclare être entré sur le territoire français le 6 août 2017. Il a été incarcéré en 2020 après une condamnation par un jugement du tribunal correctionnel de Rouen du 6 mars 2020 pour des faits de menace de mort réitérée, de violence sans incapacité par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un acte civil de solidarité, de fourniture d'identité imaginaire pouvant provoquer des mentions erronées au casier judiciaire, de mesure de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet. Par les jugements n° 2000581 du 30 juin 2020 et n° 2100101 du 28 mai 2021 devenus définitifs, le tribunal a rejeté les recours formés par M. A à l'encontre des arrêtés du 24 janvier 2020 et du 11 janvier 2021 par lesquels le préfet de la Seine-Maritime l'a, d'une part, obligé à quitter le territoire français sans délai et, d'autre part, assigné à résidence. Le 8 mars 2021, il a fait l'objet d'un arrêté portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans. Par un courrier du 24 novembre 2021, il a sollicité son admission au séjour. Par l'arrêté contesté du 24 mars 2022, notifié le 13 novembre 2024, le préfet de la Seine Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et prononcé une interdiction de retour sur le territoire français à son encontre pour une durée de trois mois.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur l'exception de non-lieu à statuer partiel :

4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant a été pris en charge à la maison d'arrêt de Rouen par les forces de police le 13 novembre 2024 pour être conduit à l'aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle où il a embarqué sur un vol à destination de Tunis à 13h05. Toutefois, contrairement à ce que soutient le préfet de la Seine-Maritime, et alors, au demeurant, que l'arrêté attaqué du 24 mars 2022 n'a été notifié à l'intéressé que le 13 novembre 2024 à 8h03 selon les mentions portées sur cet arrêté, soit quelques heures avant l'éloignement effectif de M. A du territoire, cette circonstance n'a pas pour effet de priver d'objet la requête introduite le 14 novembre 2024. Par suite, il y a toujours lieu de statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre les décisions d'obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination, et portant interdiction de retour sur le territoire français

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'ensemble des décisions :

5. En premier lieu, M. D C, directeur des migrations et de l'intégration de la préfecture de la Seine-Maritime, disposait d'une délégation en vertu de l'arrêté du 21 décembre 2021, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de la Seine-Maritime, à l'effet de signer les décisions relevant des attributions de sa direction, notamment les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté doit être écarté.

6. En second lieu, l'arrêté litigieux vise les dispositions des articles L. 412-5, L. 423-7, L. 611-1, L. 612-2 et L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et comporte les considérations de fait qui en constituent le fondement, en particulier les éléments ayant trait à la situation personnelle et familiale de M. A et les différents motifs pour lesquels le préfet a estimé que le comportement de l'intéressé représentait une menace à l'ordre public faisant obstacle à la délivrance d'un titre de séjour. La décision de refus de titre de séjour étant suffisamment motivée, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle relative au séjour. L'arrêté indique également que M. A sera éloigné à destination de son pays d'origine ou tout pays pour lequel il établit être légalement admissible. La décision d'interdiction de retour sur le territoire mentionne les éléments propres à la situation personnelle et familiale du requérant, fait état de sa précédente mesure d'éloignement, et du défaut d'insertion de l'intéressé en France. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté contesté doit être écarté ainsi que celui tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, l'étranger, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il lui appartient lors du dépôt de cette demande, et, le cas échéant, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. En l'espèce, M. A ayant sollicité un titre de séjour, il appartenait à l'intéressé de fournir spontanément à l'administration tout élément utile relatif à sa situation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu doit être écarté.

8. En second lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. M. A soutient qu'il est parent de deux enfants français, tout en précisant que pour l'un deux il n'a pas achevé la procédure de reconnaissance de paternité, et qu'il participe à l'entretien de ces enfants qu'il voit régulièrement. Toutefois, il ne produit aucun élément à l'appui de ses affirmations. Il ne produit aucun élément démontrant son insertion sociale et professionnelle. Au regard de la durée et des conditions de son séjour en France, et alors qu'il ne conteste pas avoir fait l'objet de la condamnation pénale relevée par le préfet dans sa décision, la décision attaquée n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il suit de là que ce moyen doit être écarté, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision refusant un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision refusant un délai de départ volontaire par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En second lieu, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux au point 9.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de celle portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

13. En second lieu, les moyens tirés de la méconnaissance du droit à être entendu, de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés précédemment.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, le moyen tiré de l'illégalité de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté

15. En second lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la date de la décision attaquée : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

16. M. A déclare être entré sur le territoire français le 6 août 2017 et être père de deux enfants français. Toutefois, il n'apporte aucun élément à l'appui de ses affirmations. Il ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle. Par des arrêtés du 24 janvier 2020 et du 11 janvier 2021 du préfet de la Seine-Maritime, il a fait l'objet de mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées. De plus, son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, le préfet n'a pas méconnu les dispositions précitées en édictant une interdiction de retour, ni en fixant sa durée à trois mois. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté. Il en va de même, pour les mêmes motifs, du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de M. A.

17. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 mars 2022 du préfet de la Seine-Maritime. Sa requête doit dès lors être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Yousfi et au préfet de la Seine-Maritime.

Copie en sera transmise au bureau d'aide juridictionnelle.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :

Mme Galle, présidente,

M. Bellec, premier conseiller,

et Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.

Le rapporteur,

Signé

C. Bellec

La présidente,

Signé

C. Galle La greffière,

Signé

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Ah

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