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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404616

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404616

jeudi 21 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404616
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantFRANCE TERRE D'ASILE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistré le 16 novembre 2024 et 18 novembre 2024, Mme A B demande au Tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 15 novembre 2024 par lequel la préfète de l'Oise l'a obligé a quitté le territoire sans délai, a fixé le pays de destination, lui a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) d'enjoindre à la préfète de l'Oise de supprimer le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît son droit à être entendu, tel qu'il résulte de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 251-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 251-1 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a une double nationalité et il souhaite être reconduit en Moldavie ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle n'a pas de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 novembre 2024, la préfète de l'Oise conclut au rejet de la requête.

Elle soutient qu'elle a pris un arrêté le 19 novembre 2024 obligeant Mme B à quitter le territoire français sans délai, fixant la Moldavie comme pays de destination avec interdiction de retour sur le territoire français pendant an. Cet arrêté abroge l'arrêté contesté du 15 novembre 2024. Par ailleurs, elle fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Bellec comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 21 novembre 2024, ont été entendus :

- le rapport de M. Bellec, premier conseiller ;

- les observations orales de Me Labelle, représentant Mme B qui conclut aux mêmes fins que la requête. Par des conclusions présentées à l'audience, Me Labelle, représentant Mme B, conteste la légalité de l'arrêté de la préfète de l'Oise du 19 novembre 2024 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant la Moldavie comme pays de destination avec interdiction de retour sur le territoire français pendant an. Cet arrêté abroge l'arrêté du 15 novembre 2024 susvisé. Il reprend les moyens de la requête. Il soulève le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La préfète de l'Oise n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, née le 1er juillet 1987, de nationalité Moldave, a été interpellée le 15 novembre 2024. Par l'arrêté contesté du 15 novembre 2024, la préfète de l'Oise l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, lui a interdit de circuler sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un arrêté du 19 novembre 2024, abrogeant l'arrêté contesté du 15 novembre 2024, la préfète de l'Oise a obligé Mme B à quitter le territoire français sans délai, a fixé la Moldavie comme pays de destination avec une interdiction de retour sur le territoire français pendant un an. La requérante doit être regardé comme demandant l'annulation de l'arrêté 19 novembre 2024 de la préfète de l'Oise qui abroge l'arrêté du 15 novembre 2024.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs à l'arrêté attaqué :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. Frédéric Bovet, secrétaire général de la préfecture de l'Oise, lequel disposait d'une délégation de signature de la préfète de ce département en date du 30 octobre 2023 régulièrement publiée au recueil des actes administratifs de la préfecture, à l'effet de signer notamment les décisions et les actes de procédure prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise, notamment, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il fait état de la situation personnelle et familiale de la requérante. Il mentionne également les considérations de fait qui constituent le fondement de la décision. Il précise que les pays à destination desquels l'intéressée est susceptible d'être éloignée est le pays dont elle a la nationalité, en l'occurrence la Moldavie ou tout autre pays dans lequel elle est légalement admissible à l'exception d'un Etat membre de l'Union européenne de l'Islande, du Liechtenstein de la Norvège et de la Suisse. Par suite le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté ainsi que celui tiré du défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

5. Il ressort des pièces du dossier que la requérante a été auditionnée par la gendarmerie nationale le 15 novembre 2024 et a pu, à cette occasion, présenter les observations sur son séjour en France, sa situation familiale et professionnelle, ses moyens de subsistance. Mme B a, donc, été mise à même de présenter des observations. Le moyen tiré de la méconnaissance du droit à être entendu doit donc être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; 3° Leur séjour est constitutif d'un abus de droit. / Constitue un abus de droit le fait de renouveler des séjours de moins de trois mois dans le but de se maintenir sur le territoire alors que les conditions requises pour un séjour d'une durée supérieure à trois mois ne sont pas remplies, ainsi que le séjour en France dans le but essentiel de bénéficier du système d'assistance sociale. L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine. ". Aux termes de l'article L. 233-1 du même code : " Les citoyens de l'Union européenne ont le droit de séjourner en France pour une durée supérieure à trois mois s'ils satisfont à l'une des conditions suivantes : 1° Ils exercent une activité professionnelle en France ; 2° Ils disposent pour eux et pour leurs membres de famille de ressources suffisantes afin de ne pas devenir une charge pour le système d'assistance sociale, ainsi que d'une assurance maladie ; () ".

7. Si la requérante soutient qu'elle est entrée en France le 5 septembre 2024, il ressort des pièces du dossier que sa présence en France est antérieure à cette date. Lors de son audition par la gendarmerie nationale, Mme B indique être présente en France depuis 5 ans et qu'elle retourne régulièrement en Moldavie. Elle précise qu'elle est locataire d'un logement où elle vit seule et paie un loyer de 600 euros. De plus, elle a été interpellée par les forces de l'ordre pour des faits de circulation d'un véhicule terrestre à moteur sans assurance les 3 décembre 2022, 2 février 2023 et 23 juillet 2023 ainsi que pour la conduite d'un véhicule sans permis et état d'ivresse le 3 décembre 2022. Par ailleurs, elle est célibataire et ses deux enfants résident en Moldavie. Si elle soutient, lors de l'audience, que son compagnon vit en France en situation régulière, elle n'apporte aucun élément a l'appui de cette affirmation. Elle ne justifie d'aucune attache familiale en France. Elle n'apporte aucun élément sur son insertion sociale ou professionnelle. Elle ne justifie pas de lien intense et stable en France. Dès lors, Mme B n'est pas fondée à soutenir que l'arrêté contesté méconnait les dispositions de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est également écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de celle portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

9. En deuxième lieu, l'arrêté du 19 novembre 2024 de la préfète de l'Oise fixe la Moldavie comme pays de destination, pays dont Mme B a la nationalité comme elle l'a soutenu lors de l'audience. Dès lors les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartée.

En ce qui concerne la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant refus d'un délai de départ volontaire doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de celle portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. "

12. La préfète de l'Oise a refusé d'accorder un délai de départ volontaire à Mme B en raison de l'urgence établie par la menace qu'elle représente pour l'ordre public. Elle a été interpellée par les forces de l'ordre pour des faits de circulation d'un véhicule terrestre à moteur sans assurance les 3 décembre 2022, 2 février 2023 et 23 juillet 2023 ainsi que pour la conduite d'un véhicule sans permis et état d'ivresse manifeste le 3 décembre 2022. Le 14 novembre 2024, elle a été placée en garde à vue pour recel de bien provenant d'un vol. Enfin, le 19 novembre 2024, le service interdépartemental de la police aux frontières a constaté que la carte nationale d'identité roumaine détenue par Mme B est contrefaite. Dès lors, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée méconnait l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de celle portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

14. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans ".

15. Il résulte de ce qui a été dit au point 12 que Mme B n'est pas fondée à se prévaloir d'une absence de menace au sens du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour solliciter l'annulation de l'interdiction de retour prise à son encontre pour une durée d'un an.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté litigieux du 19 novembre 2024 de la préfète de l'Oise. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la préfète de l'Oise.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 novembre 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

C. Bellec

La greffière

Signé

C. Dupont

La République mande et ordonne à la préfète de l'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

C. Dupont

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