vendredi 6 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2404628 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | LEPEUC MARIE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 novembre 2024, et des pièces, enregistrées le 2 décembre 2024, M. B A, représenté par Me Lepeuc, demande au tribunal :
1°) de l'admettre à l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 6 novembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de procéder à l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et d'en justifier auprès de son conseil ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ou, à défaut, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- a été prise en violation du droit d'être entendu ;
- est entachée d'un défaut de base légale dès lors que l'obligation de quitter le territoire n'était plus exécutoire ;
- n'a pas précédée d'un examen particulier de sa situation personnelle ;
- méconnait les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnait les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 novembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme D,
- les observations de Me Lepeuc, représentant M. B A ;
- les observations de M. A, assisté de Mme C, interprète en langue anglaise.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant nigérian né le 16 novembre 1978, déclare être entré en France en 2015 et s'est présenté, le 21 septembre 2017, à la préfecture de la Seine-Maritime pour y demander le bénéfice de l'asile . Il est apparu que ses empreintes digitales avaient été enregistrées le 28 juin 2016 dans le système Eurodac, en Italie, avant son entrée sur le territoire français. Les autorités italiennes ont, dès lors, été saisies, le 24 octobre 2017, d'une demande de prise en charge du requérant et l'ont acceptée implicitement le 24 décembre 2017. Par arrêté du 15 janvier 2018, la préfète de la Seine-Maritime a décidé de remettre M. A aux autorités italiennes, responsables de l'examen de la demande d'asile de l'intéressé, mesure confirmée par un jugement du tribunal administratif de Rouen du 13 février 2018. Le requérant ne s'est toutefois pas conformé à cette décision et s'est de nouveau présenté, le 7 septembre 2018, à la préfecture de la Seine-Maritime pour y demander le bénéfice de l'asile. Sa demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), dont la décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 8 février 2022. Par un arrêté du 14 septembre 2022 le préfet de la Seine-Maritime l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et cette mesure a été confirmée par un jugement du tribunal administratif de Rouen du 18 octobre 2022. Le requérant a été placé en retenue pour vérification du droit de circulation ou de séjour et, au cours de cette mesure, s'est vu notifier un arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 6 novembre 2024, portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1.Eu égard à l'urgence, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.
3. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de son interpellation, M. A a été auditionné par une fonctionnaire de police le 6 novembre 2024. A cette occasion, il a été interrogé sur son parcours migratoire, les raisons pour lesquelles il a quitté son pays d'origine, sur sa situation familiale, administrative et professionnelle et a été spécifiquement interrogé sur l'éventualité du prononcé, par l'autorité administrative, d'une mesure d'éloignement. Dès lors, le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu avant toute décision administrative défavorable doit être écarté.
4. En deuxième lieu, M. A a fait l'objet le 14 septembre 2022 d'un arrêté, notifié le jour même, par lequel le préfet de la Seine-Maritime, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Pour contester la présente mesure d'interdiction de retour, le requérant fait valoir que l'obligation de quitter le territoire français du 14 septembre 2022 n'est plus exécutoire et qu'ainsi, elle ne pouvait légalement fonder l'édiction d'une mesure d'interdiction de retour sur le territoire français sur le fondement de l'article L 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ne résulte d'aucune des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qu'une obligation de quitter le territoire français deviendrait caduque à défaut d'avoir été exécutée à l'issue d'un délai déterminé. Le seul écoulement du temps depuis l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A le 14 septembre 2022 n'a donc pas entrainé sa caducité ni eu pour effet, en lui-même, de placer l'intéressé dans une situation juridique définitivement constituée de nature à faire obstacle à ce que la loi attache de nouvelles conséquences juridiques à cette mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français.".
6. D'une part, il résulte de ces dispositions combinées que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français, une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi, la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Toutefois, si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. D'autre part, lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à l'obligation de quitter le territoire, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 précité, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.
7. Dans un premier temps, il ressort des termes de la décision attaquée qui vise notamment les article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, que le préfet de la Seine-Maritime a pris en compte, au vu de la situation de M. A, l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, en relevant notamment que l'intéressé séjourne irrégulièrement en France depuis qu'il y est entré en 2015 selon ses dires, qu'il a notamment fait l'objet, le 12 septembre 2022, d'un arrêté devenu définitif portant obligation de quitter le territoire français, qu'il ne prouve pas avoir tissé des liens privés et familiaux en France, qu'il a fait l'objet de plusieurs mesures d'éloignement et ne représente pas une menace pour l'ordre public. Cette motivation atteste que l'autorité administrative a pris en compte l'ensemble des critères prévus par les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et celui tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
8. Dans un second temps, il ressort des pièces du dossier que M. A déclare être entré en France en 2015. Toutefois, l'ancienneté de son séjour résulte essentiellement d'un maintien irrégulier sur le territoire national. Il résulte de ce qui a été dit au point précèdent que l'intéressé n'établit pas disposer d'attaches familiales intenses et stables sur le territoire français et ne justifie d'aucune insertion professionnelle, ni d'aucune ressources. Si M. A fait état de craintes en cas de retour dans son pays d'origine, il ne verse au débat aucun élément de nature à corroborer ses allégations. Il a fait l'objet d'un arrêté de transfert et d'une obligation de quitter le territoire, mesures auxquelles il ne s'est pas conformé. Dans ces conditions, même si l'intéressé ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant à son encontre une interdiction de retour d'une durée d'un an.
9. En quatrième lieu, il ressort des termes de l'arrêté que le préfet a pris en compte la durée de présence de M. A sur le territoire français et a mentionné qu'il n'alléguait ni ne prouvait être exposé à des risques en cas de retour dans son pays d'origine. S'il a été soutenu, lors de l'audience, que le préfet n'a pas tenu compte de l'état de santé de M. A alors que celui- ci avait déclaré, lors de son audition, avoir été hospitalisé en psychiatrie lorsque sa femme l'avait quitté, prendre beaucoup de médicaments, être désorienté et souffrir d'une pathologie dont il ignore le nom mais qui " touche la tête ", il ne résulte pas desdites déclarations qu'un défaut de traitement pourrait avoir pour l'intéressé des conséquences d'une exceptionnelle gravité ni qu'il ne pourrait être soigné de manière approprié au Nigéria de sorte que, en tout état de cause, le préfet n'a commis aucun défaut d'examen en n'envisageant pas la possibilité que M. A soit éligible à un titre de séjour en raison de son état de santé. Par suite, le moyen tiré qu'il n'aurait pas procédé à l'examen particulier de la situation doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence les conclusions à fin d'injonction. De même, l'Etat n'étant pas partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions aux fins qu'une somme soit mise à sa charge sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : M. B A est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Marie Lepeuc et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024
La magistrate désignée,La greffière,
Signé : Signé :
A. D S. LECONTE
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026