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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404648

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404648

mercredi 4 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404648
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. B, ressortissant marocain, qui demandait l'annulation de l'arrêté du 3 novembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé de deux ans son interdiction de retour sur le territoire français. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, estimant que la décision était signée par une autorité compétente, suffisamment motivée et prise après un examen particulier de la situation. Il a également jugé que le droit d'être entendu n'avait pas été méconnu, que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée au droit à la vie privée et familiale (article 8 de la CEDH) et qu'elle ne méconnaissait pas les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 16 novembre et 1er décembre 2024, M. A B, représenté par Me Labelle, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 3 novembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a prolongé la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français pris à son encontre ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime d'effacer le signalement de cette prolongation dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 000 euros au profit de Me Labelle en application des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, subsidiairement le versement à son profit d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'incompétence de son signataire ;

- est insuffisamment motivée ;

- a été pris en méconnaissance de son droit d'être entendu ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 novembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Van Muylder comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique du 2 décembre, en présence de Mme His, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Van Muylder,

- et les observations de Me Gasmi substituant à Me Labelle représentant M. B.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922.16 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 31 décembre 2004 à Casablanca, a été interpellé par les services de police le 1er novembre 2024 et placé en garde à vue. Par deux arrêtés du 16 octobre 2024, le préfet de la Seine-Maritime, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire pour une durée de trois ans, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par un arrêté du 21 novembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a renouvelé son assignation à résidence pour une nouvelle durée de quarante-cinq jours. Par un arrêté du 3 novembre, dont M. B demande l'annulation, le préfet a prononcé la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français prise à son encontre pour une durée de deux ans.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".

3. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la décision en litige a été prise par Béatrice Steffan, secrétaire générale de la préfecture de la Seine-Maritime, qui disposait d'une délégation de signature par arrêté n° 24-050 du 20 septembre 2024 du préfet de la Seine-Maritime, régulièrement publié au recueil des actes administratifs le même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision contestée doit donc être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision en litige comporte les considérations de droit et de fait sur lesquelles elle s'est fondée, notamment en mentionnant que M. B s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire malgré la décision d'éloignement prise à son encontre, et qu'il représente une menace à l'ordre public. Elle est donc suffisamment motivée. Il ressort également des termes de la décision attaquée que le préfet a procédé à un examen particulier de sa situation. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen particulier ne peuvent qu'être écartés.

6. En troisième lieu, le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union Européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'éloignement, éventuellement assortie d'une interdiction de retour ou encore d'une assignation à résidence, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la ou les mesures envisagées avant qu'elles n'interviennent. Toutefois, une atteinte à ce droit n'est en tout état de cause susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été auditionné par les services de police le 2 novembre 2024, préalablement à l'édiction de l'arrêté en litige, notamment sur la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet précédemment et qu'il n'a pas exécuté. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre de principes généraux du droit de l'Union européenne, dirigé contre la prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire dont il a fait l'objet, doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-11 du même code : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; () Compte tenu des prolongations éventuellement décidées, la durée totale de l'interdiction de retour ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, sauf menace grave pour l'ordre public ".

9. Le préfet de la Seine-Maritime a fondé sa décision sur l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au motif que M. B a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français et qu'il n'a effectué aucune démarche afin de régulariser sa situation. Il est célibataire et sans enfant à charge. Il n'établit pas disposer d'attaches familiales intenses et stables sur le territoire français. Il ne justifie d'aucune insertion professionnelle, ni d'aucune ressource. Par ailleurs, il a été interpellé à plusieurs reprises, notamment, pour vol simple, vol en réunion, vol aggravé par deux circonstances, vol commis dans un véhicule affecté au transport collectif de voyageurs, violence sur une personne dépositaire de l'autorité publique et rébellion. Dès lors, le préfet n'a pas commis d'erreur de droit au regard de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ce moyen, ainsi que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent dès lors être écartés.

10. En dernier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point précédent que le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision litigieuse méconnaît le droit à sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux du 3 novembre 2024 du préfet de la Seine-Maritime. Il y a lieu de rejeter, par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction, ainsi que celles liées aux frais du litige.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis provisoirement à l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 décembre 2024.

La magistrate désignée,

C. VAN MUYLDER

La greffière,

P. HIS

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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