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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404685

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404685

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404685
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Rouen, statuant en référé sur demande du préfet de la Seine-Maritime, a ordonné l'expulsion de M. et Mme C du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) qu'ils occupaient sans titre. La demande d'asile des intéressés ayant été définitivement rejetée et leur obligation de quitter le territoire confirmée par le juge, leur maintien dans les lieux était illégal. Le juge a fait droit à la demande préfectorale sur le fondement des articles L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 521-3 du code de justice administrative, estimant la mesure urgente et utile au regard des besoins d'accueil. La circonstance que les occupants aient des enfants mineurs et que M. C souffre de dépression n'a pas été retenue comme constitutive d'une circonstance exceptionnelle justifiant le maintien dans les lieux.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 novembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, d'ordonner l'expulsion immédiate de M. et Mme A et B C, occupants d'un local au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) géré par l'association Coallia situé 32 avenue de la République à Grand-Quevilly (76 120).

Il soutient que :

- les conditions tenant à l'urgence et à l'utilité de la mesure sont remplies ;

- M. et Mme C se maintiennent illégalement dans un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile.

La requête a été communiquée à M. et Mme C qui n'ont pas produit d'écritures en défense.

Vu :

- la décision par laquelle M. Armand a été désigné comme juge des référés ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention relative aux droits des personnes handicapées signée à New York le 30 mars 2007 ;

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Après avoir régulièrement convoqué à une audience publique :

- le préfet de la Seine-Maritime,

- et M. et Mme C.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de M. Boulay, greffier d'audience, ont été entendus :

- le rapport de M. Armand ;

- les observations de M. et Mme C, qui font valoir qu'ils ont des enfants mineurs et que M. C est malade car il souffre de dépression.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu. Le premier alinéa n'est pas applicable aux personnes qui se sont vues reconnaître la qualité de réfugié ou qui ont obtenu le bénéfice de la protection subsidiaire. Il est en revanche applicable aux personnes qui ont un comportement violent ou commettent des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement. La demande est portée devant le président du tribunal administratif, qui statue sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative et dont l'ordonnance est immédiatement exécutoire. ". Aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ".

2. Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, ou d'un demandeur d'asile ayant eu un comportement violent ou ayant commis des manquements graves au règlement du lieu d'hébergement, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence et d'utilité.

3. M. et Mme C, ressortissants turcs nés le 5 mai 1972 et le 17 juin 1971, et leurs deux enfants nés le 23 septembre 2020, ont sollicité le statut de réfugiés et ont bénéficié, en qualité de demandeurs d'asile, d'un accueil dans les conditions prévues par les dispositions du code de l'action sociale et des familles au sein du centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) dénommé Coallia à Grand-Quevilly, à compter du 8 février 2023. Toutefois, leurs demandes d'asile ont été rejetées par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) par une décision du 20 septembre 2023, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 31 janvier 2024. Par des décisions en date du 26 juin 2024, M. et Mme C ont fait l'objet d'obligations de quitter le territoire français prises par le préfet de la Seine-Maritime. Ces mesures d'éloignement ont été confirmées par un jugement du tribunal administratif de Rouen le 30 août 2024. L'Office français de l'immigration et de l'intégration leur a demandé, par courrier du 8 février 2024 et suite au rejet de leurs demandes d'asile, de quitter leur lieu d'hébergement avant le 31 mars 2024. Par un courrier du 11 juillet 2024, notifié le 26 juillet 2024, le préfet de la Seine-Maritime les a mis en demeure de quitter les lieux sous vingt-et-un jours, sans que les intéressés s'exécutent.

4. Eu égard aux besoins non contestés d'accueil des demandeurs d'asile dans la Seine-Maritime, la libération par M. et Mme C des lieux qu'ils occupent présente un caractère d'urgence et d'utilité.

5. Les ressortissants étrangers qui font l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et dont la demande d'asile a été définitivement rejetée et qui doivent ainsi quitter le territoire - situations dans lesquelles se trouvent les requérants - n'ont pas vocation à bénéficier du dispositif d'hébergement d'urgence. Toutefois, une carence constitutive d'une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale peut être caractérisée, à l'issue de la période strictement nécessaire à la mise en œuvre de leur départ volontaire, en cas de circonstances exceptionnelles. Une telle circonstance est susceptible d'être caractérisée lorsque, notamment du fait de leur très jeune âge, un risque grave menace la santé ou la sécurité d'enfants mineurs, dont l'intérêt supérieur doit être une considération primordiale dans les décisions les concernant. Il en va également ainsi dans le cas d'un enfant atteint d'un handicap sévère. En l'espèce, en se bornant à faire valoir qu'ils sont parents de deux enfants mineurs et que M. C soufre de dépression, les requérants ne justifient pas d'une situation de vulnérabilité constitutive, dans les circonstances de l'espèce, de circonstances exceptionnelles qui ôteraient à la demande d'expulsion du CADA son caractère d'urgence.

6. Il résulte de ce qui précède que le préfet de la Seine-Maritime est fondé à demander qu'il soit enjoint à M. et Mme C d'évacuer, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent au sein du CADA dénommé Coallia. Le préfet de la Seine-Maritime est autorisé à recourir au concours de la force publique pour procéder à l'expulsion des intéressés s'ils n'ont pas libéré les lieux spontanément dans ce délai.

O R D O N N E :

Article 1er : Il est enjoint à M. et Mme C de libérer, dans le délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, le logement qu'ils occupent, dépendant du centre d'accueil pour demandeurs d'asile dénommé Coallia et situé 32 avenue de la République à Grand-Quevilly (76 120).

Article 2 : Le préfet de la Seine-Maritime est autorisé à recourir au concours de la force publique pour procéder à l'expulsion de M. et Mme C s'il n'ont pas libéré les lieux spontanément dans le délai prévu à l'article 1er de la présente ordonnance.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au ministre de l'intérieur et à M. et Mme A et B C.

Copie en sera transmise au préfet de la Seine-Maritime.

Fait à Rouen, le 9 décembre 2024.

Le juge des référés,

G. ARMAND

Le greffier,

N. BOULAY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2404685

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