mardi 25 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2404692 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1 ère Chambre |
| Avocat requérant | GASMI |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 18 novembre 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif d'Orléans a renvoyé la requête présentée par M. D A, représenté depuis par Me Gasmi, et par un mémoire enregistré le 10 janvier 2025, qui demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 novembre 2024 par lequel le préfet de l'Eure l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour la durée de cinq ans ;
2°) d'annuler l'arrêté du 14 novembre 2024 par lequel le préfet de l'Eure l'a assigné à résidence pour une durée d'un an ;
3°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai, sous astreinte journalière de cent euros ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que :
* l'obligation de quitter le territoire français :
- a été pris par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est illégale, faute d'avis régulier du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;
- méconnaît les stipulations de l'article 7 ter de l'accord franco-tunisien ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de son droit au séjour alors qu'il justifie de circonstances exceptionnelles et humanitaires au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il ne représente plus un trouble pour l'ordre public.
* les décisions refusant l'octroi d'un départ volontaire et fixant le pays de renvoi :
- doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- méconnaissent les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
* la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
* la décision portant assignation à résidence doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 janvier 2025 à 10 h 40, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.
Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative ;
- l'ordonnance du 23 décembre 2024 fixant la clôture de l'instruction au 13 janvier 2025 à 12 h ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, ont été entendus :
- le rapport de M. Minne, président de chambre,
- et les observations de Me Gasmi, pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant tunisien, a été titulaire d'une carte de résident valable entre 1987 et 1997, renouvelée jusqu'en 2021. La demande de renouvellement de ce titre de séjour a été rejetée et il a fait l'objet de deux décisions d'obligation de quitter le territoire les 23 février 2021 et 2 mai 2023. Il a été écroué le 22 février 2024 à la maison d'arrêt d'Evreux, puis placé en détention à domicile sous surveillance électronique. Par l'arrêté du 12 novembre 2024 attaqué, le préfet de l'Eure l'a de nouveau obligé à quitter le territoire français, sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a fait interdiction de retour sur le territoire pour une durée de cinq ans. Par l'arrêté du 14 novembre 2024, également attaqué dans la présente instance, le préfet de l'Eure l'a assigné à résidence pour une durée d'un an.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, par arrêté du 18 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de l'Eure du même jour, librement consultable sur son site internet, M. B C, adjoint au chef de bureau des migrations et de l'intégration à la préfecture de l'Eure, a reçu délégation du préfet de l'Eure à l'effet de signer tous les arrêtés relevant de ses attributions. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui, contrairement à ce que soutient le requérant, n'a pas à viser l'ensemble des éléments relatifs à sa vie personnelle, comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Cette décision est donc suffisamment motivée.
4. En troisième lieu, l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable à la décision attaquée, n'impose pas la consultation préalable du collège médical de l'OFII en cas d'éloignement d'un étranger invoquant son état de santé. Par ailleurs, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. A avait demandé à être admis au séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicable aux étrangers pour raisons médicales. Enfin, si l'autorité administrative est tenue, lorsqu'elle prononce une mesure d'éloignement de tenir compte de l'état de santé de l'étranger et de s'assurer que la mesure n'entraînera pas des traitements inhumains et dégradants prohibés par les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ces stipulations ne peuvent être regardées comme impliquant nécessairement que l'autorité administrative soit tenue, à peine d'irrégularité de la procédure, de recueillir préalablement l'avis du collège des médecins de l'OFII. Par suite, les moyens tirés de ce que l'état de santé du requérant ferait obstacle à son éloignement et qu'il disposerait d'un droit à séjourner en France en raison de cet état de santé doivent être écartés.
5. En quatrième lieu, si M. A estime qu'il ne représente plus une menace pour l'ordre public en raison, notamment, de son âge avancé, de son état de santé et de ce que son alcoolisme serait en voie de guérison, il est toutefois constant qu'il a été condamné à onze reprises entre 1996 et 2023 pour des faits très majoritairement et encore récemment établis de conduite sous l'empire d'un état alcoolique en dépit d'annulation de permis de conduire pour lesquels il a été écroué. M. A, il est vrai présent en France depuis cinquante-et-un ans, est père de trois enfants et grand-père de deux petits-enfants et souffre d'un cancer. Toutefois, s'il est établi que ses enfants sont présents sur le territoire, aucun d'entre eux n'habite dans la région normande, l'un de ses fils habitant d'ailleurs à l'étranger. Il ressort des pièces du dossier que M. A est divorcé depuis 1995. Si l'intéressé soutient qu'il ne possède aucun lien familial dans son pays d'origine, il ressort du procès-verbal d'audition du 3 mai 2023 qu'il avait déclaré ne pas s'opposer à être reconduit en Tunisie. S'il soutient - et justifie par quelques photographies et attestations - entretenir des relations avec certains de ses petits-enfants, ces liens apparaissent très récents dès lors qu'il n'apporte aucune explication au fait qu'il n'a jusqu'à sa dernière incarcération en 2023 s'étant achevée en novembre 2024, reçu aucune visite ni eu aucun contact avec sa famille en cours de détention. Il n'est pas établi que le cancer, pour lequel le requérant est soigné par chimiothérapie en France ne pourrait pas être pris en charge en Tunisie. L'intéressé a fait au surplus l'objet de deux mesures d'éloignement prononcées en 2021 et 2023. Au regard de ces faits commis en récidive ayant conduit l'autorité judiciaire à ordonner son emprisonnement dont, en dernier lieu, trois périodes successives de dix mois, l'atteinte portée à son droit au respect de sa vie privée et familiale n'apparaît pas excessive au regard du but poursuivi par l'autorité administrative au sens des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en dépit de la très longue durée de présence de l'intéressé en France. La mesure d'éloignement contestée n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.
6. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 7 ter de l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988, dans sa rédaction résultant du protocole d'accord du 28 avril 2008, lequel ne régit que les conditions de séjour des ressortissants tunisiens est inopérant pour contester la décision portant obligation de quitter le territoire. Il en va de même du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'application de son droit au séjour au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lequel ne régit que les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de leur vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée.
Sur les décisions refusant l'octroi d'un départ volontaire et fixant le pays de renvoi :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que les moyens tirés de ce que les décisions refusant l'octroi d'un départ volontaire et fixant le pays de renvoi doivent être annulées par voie de conséquence de l'annulation de celle portant obligation de quitter le territoire français doivent être écartés.
8. En second lieu, M. A ne justifie aucunement encourir des risques de traitement inhumains ou dégradants en cas de retour en Tunisie. Les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent donc être écartés.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A n'est pas entachée d'illégalité et n'encourt pas l'annulation. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un défaut de base légale ou qu'elle devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
10. En second lieu, il résulte du point 5 que le préfet de l'Eure n'a pas porté au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise et qu'il aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur l'assignation à résidence :
11. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. A n'est pas entachée d'illégalité et n'encourt pas l'annulation. Le requérant n'est donc pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'un défaut de base légale ou qu'elle devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.
12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 12 novembre 2024 et du 14 novembre 2024 par lesquels le préfet de l'Eure l'a, d'une part, obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination, a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans et l'a, d'autre part, assigné à résidence pendant la durée d'un an. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des frais liés à l'instance doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de l'Eure.
Délibéré après l'audience du 4 février 2025, à laquelle siégeaient :
M. Minne, président,
M. Defline, premier conseiller,
Mme Ameline, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 février 2025.
Le président-rapporteur,
P. MINNE L'assesseur le plus ancien,
T. DEFLINNE
Le greffier,
N. BOULAY
N°2404692
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026