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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404758

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404758

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404758
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantEDEN AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen, statuant en urgence, a rejeté la requête de M. B, ressortissant afghan, qui contestait l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime ordonnant son transfert vers la Bulgarie. Le tribunal a jugé que la décision était suffisamment motivée et que les informations prévues par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 lui avaient été remises dans une langue comprise. Il a également estimé que l'entretien individuel requis par l'article 5 du même règlement s'était déroulé dans des conditions régulières et que la Bulgarie avait accepté sa reprise en charge. Enfin, le tribunal a considéré que le requérant n'apportait pas d'éléments suffisants pour démontrer l'existence de défaillances systémiques en Bulgarie justifiant l'application de la clause discrétionnaire prévue à l'article 17 du règlement.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 22 novembre 2024 et un mémoire enregistré le 25 novembre 2024, M. C B, représenté par la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 30 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert vers la Bulgarie ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans le délai de 7 jours à compter de la notification du jugement, et d'enregistrer sa demande d'asile, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros en application des dispositions de l'article 37 (alinéa 2) de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ou à titre subsidiaire la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que l'arrêté attaqué :

- n'est pas suffisamment motivé ;

- méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- a été pris sans qu'il soit établi que la Bulgarie a été saisie et a répondu ;

- méconnaît l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- a été pris sans examen de sa situation personnelle ;

- méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n°604/2013 ;

- méconnaît l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 27 novembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme Jeanmougin comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 28 novembre 2024, Mme Jeanmougin, magistrate désignée, a présenté son rapport et entendu les observations de Me Leprince pour M. B et de M. B, assisté de M. A interprète en dari, qui reprend les conclusions et moyens de sa requête et produit une pièce, le préfet de la Seine-Maritime n'étant ni présent ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience, en application des dispositions de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, de nationalité afghane, demande l'annulation de l'arrêté du 30 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert vers la Bulgarie.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, de prononcer l'admission provisoire de M. B à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

3. En premier lieu, la décision en litige comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle est fondée, notamment l'identification de M. B comme demandeur d'asile en Bulgarie et l'accord explicite de ce pays pour sa reprise en charge sur le fondement du b) du 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013. Elle permettait donc à l'intéressé de discuter des fondements de son transfert et est suffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment des pages de couverture que l'intéressé a signé sans réserve, que M. B a été mis en possession, le 2 octobre 2024, du guide du demandeur d'asile, de la brochure A et de la brochure B rédigées en langue dari, qu'il comprend. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 4 du règlement n° 604/2013 doit donc être écarté.

5. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier qu'il a été procédé, le 2 octobre 2024, conformément à l'article 5 du règlement européen n° 604/2013, à un entretien entre M. B et, comme en atteste le tampon du bureau de l'accueil de la demande d'asile de la délégation à l'immigration de la préfecture de police de Paris apposé sur son résumé, un agent de la préfecture de police affecté au service des étrangers, soumis aux obligations d'obéissance hiérarchique, de discrétion professionnelle, de moralité, de probité et de neutralité, donc qualifié, avec l'assistance d'un interprète en langue dari que le requérant ne conteste pas comprendre. Celui-ci a été mise en mesure, au cours de cet entretien, de faire état de sa situation personnelle et a pu prendre connaissance du compte-rendu de cet entretien qu'il a signé. Rien n'indique que l'entretien n'aurait pas été mené dans des conditions respectant la confidentialité. Il n'est donc pas établi que les exigences de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 n'auraient pas été respectées.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Seine-Maritime aurait pris sa décision sans procéder au préalable à un réel examen de la situation personnelle de M. B.

7. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que la Bulgarie a été saisie le 14 octobre 2024 d'une demande de reprise en charge de M. B et que cet Etat a explicitement accepté le 24 octobre 2024 le transfert de l'intéressé.

8. En sixième lieu, les éléments produits par le requérant, qui concernent pour l'essentiel des cas de refoulement à la frontière, ne permettent pas de présumer que la demande d'asile d'un ressortissant étranger remis aux autorités bulgares par un autre État membre de l'Union européenne suite à l'acceptation par ces autorités d'une demande de reprise en charge, comme c'est le cas en l'espèce, ne sera pas traitée en Bulgarie dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile et que les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile remis aux autorités seraient caractérisées par des carences structurelles d'une ampleur telle qu'il y aurait lieu de conclure à l'existence de risques suffisamment réels et concrets, pour l'ensemble des demandeurs de protection internationale et indépendamment de leur situation personnelle, d'être systématiquement exposés à une situation de dénuement matériel et de violence de nature à caractériser un traitement inhumain ou dégradant. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 et de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

9. En dernier lieu, si M. B, âgé de 28 ans, soutient avoir retrouvé en France son cousin, il ne l'établit par aucune pièce. En se bornant à produire l'attestation d'un ami, il ne démontre pas avoir d'attaches fortes sur le territoire où il est entré récemment et dont il ne parle pas la langue. S'il fait état à l'audience des mauvais traitements dont il aurait fait l'objet de la part des autorités policières bulgares, alors même qu'il était déjà enregistré comme demandeur d'asile dans ce pays, ses allégations convenues ne suffisent pas à établir qu'en décidant son transfert en Bulgarie, le préfet de la Seine-Maritime aurait méconnu l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 et commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 30 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a ordonné son transfert vers la Bulgarie. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte et au titre des frais d'instance doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la SELARL Eden Avocats et au préfet de la Seine-Maritime.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

H. JEANMOUGINLa greffière,

Signé :

P. HIS

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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