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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404852

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404852

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404852
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2 ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. C, qui demandait l'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2024 du ministre de l'intérieur. Cet arrêté modifiait des mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance en ajoutant une interdiction de paraître dans un périmètre du centre-ville du Havre incluant le marché de Noël, du 30 novembre au 26 décembre 2024. Le tribunal a jugé que la décision était fondée sur les articles L. 228-1 et L. 228-2 du code de la sécurité intérieure, en raison de l'existence de raisons sérieuses de penser que le comportement de M. C constituait une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics. Il a estimé que la mesure était proportionnée et ne portait pas une atteinte excessive à la vie professionnelle et sociale de l'intéressé, compte tenu de l'objectif de prévention d'actes de terrorisme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 novembre 2024 M. B C demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 28 novembre 2024 par lequel le ministre de l'intérieur a modifié l'arrêté du 25 septembre 2024 lui imposant des mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance, afin d'y ajouter une interdiction de paraitre du 30 novembre au 26 décembre 2024 dans un périmètre du centre-ville du Havre incluant le marché de Noël de la ville.

Il soutient que :

- la décision attaquée mentionne à tort qu'il entrerait régulièrement en contact avec des personnes faisant l'apologie du terrorisme ;

- la décision attaquée constitue une discrimination à raison de sa religion et un acte constitutif d'un harcèlement à son encontre.

Par un mémoire complémentaire enregistré le 29 novembre 2024, M. C conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre que :

- il ne peut être qualifié de terroriste du seul fait d'avoir consulté des vidéos de soutien au peuple palestinien.

Par un mémoire enregistré le 3 décembre 2024, M. C conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens et soutient en outre que :

- la mesure individuelle de contrôle et de surveillance qui le vise est injustifiée et abusive dès lors qu'il n'adhère pas à une idéologie terroriste et qu'il fait déjà l'objet d'une mesure de suivi socio-judiciaire ;

- la mesure attaquée est disproportionnée et porte atteinte à sa vie professionnelle et sociale compte tenu de l'étendue du périmètre géographique fixé par l'arrêté attaqué, qui inclut les commerces dont il a besoin pour son activité professionnelle, le bureau de son agent de probation et d'insertion, son bureau de poste, et le lieu de résidence de ses amis.

Par un mémoire, enregistré le 6 décembre 2024, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par un mémoire enregistré le 9 décembre 2024, M. C conclut aux mêmes fins que sa requête par les mêmes moyens.

Par un courrier du 9 décembre 2024, les parties ont été informées de ce que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité du moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'arrêté du 25 septembre 2024 portant mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance, cet arrêté étant devenu définitif à la date à laquelle le moyen a été soulevé.

La clôture de l'instruction est intervenue en dernier lieu le 10 décembre 2024 à 11h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de la sécurité intérieure ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A., présidente-rapporteure,

- les conclusions de Mme B., rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 28 novembre 2024, le ministre de l'intérieur a modifié son arrêté du 25 septembre 2024 imposant à M. C des mesures individuelles de contrôle administratif et de surveillance, afin d'y ajouter une interdiction pour l'intéressé de paraître du 30 novembre 2024 au 26 décembre 2024 dans un périmètre du centre-ville du Havre incluant le marché de Noël de cette commune. M. C demande l'annulation de l'arrêté du 28 novembre 2024.

2. Aux termes de l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure : " Aux seules fins de prévenir la commission d'actes de terrorisme, toute personne à l'égard de laquelle il existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour la sécurité et l'ordre publics et qui soit entre en relation de manière habituelle avec des personnes ou des organisations incitant, facilitant ou participant à des actes de terrorisme, soit soutient, diffuse, lorsque cette diffusion s'accompagne d'une manifestation d'adhésion à l'idéologie exprimée, ou adhère à des thèses incitant à la commission d'actes de terrorisme ou faisant l'apologie de tels actes peut se voir prescrire par le ministre de l'intérieur les obligations prévues au présent chapitre ". Aux termes de l'article L. 228-2 du même code : " Le ministre de l'intérieur peut, après en avoir informé le procureur de la République antiterroriste et le procureur de la République territorialement compétent, faire obligation à la personne mentionnée à l'article L. 228-1 de : / 1° Ne pas se déplacer à l'extérieur d'un périmètre géographique déterminé, qui ne peut être inférieur au territoire de la commune. La délimitation de ce périmètre permet à l'intéressé de poursuivre une vie familiale et professionnelle et s'étend, le cas échéant, aux territoires d'autres communes ou d'autres départements que ceux de son lieu habituel de résidence ; / 2° Se présenter périodiquement aux services de police ou aux unités de gendarmerie, dans la limite d'une fois par jour, en précisant si cette obligation s'applique les dimanches et jours fériés ou chômés ; / 3° Déclarer et justifier de son lieu d'habitation ainsi que de tout changement de lieu d'habitation. / L'obligation prévue au 1° du présent article peut être assortie d'une interdiction de paraître dans un ou plusieurs lieux déterminés se trouvant à l'intérieur du périmètre géographique mentionné au même 1° et dans lesquels se tient un événement exposé, par son ampleur ou ses circonstances particulières, à un risque de menace terroriste. Cette interdiction tient compte de la vie familiale et professionnelle de la personne concernée. Sa durée est strictement limitée à celle de l'événement, dans la limite de trente jours. Sauf urgence dûment justifiée, elle doit être notifiée à la personne concernée au moins quarante-huit heures avant son entrée en vigueur. / Les obligations prévues aux 1° à 3° du présent article sont prononcées pour une durée maximale de trois mois à compter de la notification de la décision du ministre. Elles peuvent être renouvelées par décision motivée, pour une durée maximale de trois mois, lorsque les conditions prévues à l'article L. 228-1 continuent d'être réunies. () ".

3. Il résulte des dispositions précitées qu'en cas de modification, par un arrêté ultérieur pris durant la période de validité de l'arrêté initial, des mesures édictées sur le fondement des 1° à 3° de l'article L. 228-2 du code de la sécurité intérieure afin d'y ajouter une mesure d'interdiction de paraitre dans un lieu déterminé telle que prévue au cinquième alinéa de cet article durant la durée maximale fixée à cet alinéa, l'arrêté modificatif imposant une interdiction de paraitre dans un lieu déterminé peut être contesté dans un délai de deux mois à compter de sa notification. Toutefois, à l'appui d'un tel recours, le requérant ne peut utilement invoquer les circonstances que les conditions prévues par l'article L. 228-1 du code de la sécurité intérieure pour édicter une mesure individuelle de contrôle administratif et de surveillance ne sont pas remplies, sauf à exciper, si cet arrêté n'est pas devenu définitif, de l'illégalité de l'arrêté par lequel le ministre de l'intérieur a initialement prescrit les mesures de contrôle administratif et de surveillance prévues au 1° à 3° de l'article L. 228-2 du code de la sécurité intérieure.

4. En l'espèce, d'une part, le requérant soutient que la décision attaquée du 28 novembre 2024 mentionne à tort qu'il entretient des contacts réguliers avec des personnes faisant l'apologie du terrorisme et que c'est à tort que l'administration le qualifie de " terroriste " sur le fondement de vidéos en faveur du peuple palestinien consultées sur son téléphone. Toutefois, un tel moyen, soulevé à l'encontre de la seule décision modificative du 28 novembre 2024 imposant une interdiction de paraitre dans un lieu déterminé, est sans influence sur la légalité de cette décision qui se borne à ajouter une telle mesure de contrôle à celles déjà prescrites par l'arrêté du 25 septembre 2024. En tout état de cause, l'administration ne s'est pas fondée sur la consultation de vidéos pour prendre la décision attaquée.

5. D'autre part, si le requérant a invoqué, dans un mémoire complémentaire du 3 décembre 2024, un moyen excipant de l'illégalité de l'arrêté du 25 septembre 2024 portant mesures individuelles de contrôle et de surveillance à l'encontre de l'arrêté du 28 novembre 2024 lui faisant interdiction de paraitre dans un lieu déterminé du 30 novembre au 26 décembre 2024, en raison du caractère non justifié des mesures de contrôle administratif et de surveillance prises à son encontre du fait de son absence de dangerosité, ce moyen doit être écarté comme irrecevable dès lors que l'arrêté du 25 septembre 2024, notifié le 27 septembre 2024, était devenu définitif à la date à laquelle ce moyen a été soulevé.

6. En deuxième lieu, il ne résulte d'aucune pièce du dossier que la décision attaquée du 28 novembre 2024, qui se borne à imposer une mesure d'interdiction de paraitre dans un lieu déterminé en plus des autres mesures imposées par l'arrêté du 25 septembre 2024, serait entachée d'une discrimination du fait de la religion de l'intéressé ou serait constitutive d'un harcèlement de la part de l'administration.

7. En dernier lieu, si l'arrêté attaqué du 28 novembre 2024 interdit à M. C de paraitre dans un périmètre étendu du centre-ville du Havre du 30 novembre au 26 décembre 2024, en raison du marché de Noël et des autres festivités organisées durant cette période dans divers endroits du centre-ville, il ne ressort pas des pièces du dossier que compte tenu de la durée limitée de cette interdiction, la mesure serait disproportionnée. A cet égard, le requérant n'établit pas en quoi cette mesure porte une réelle atteinte à son droit d'exercer son activité professionnelle d'artiste, alors qu'il indique vendre ses œuvres via internet, et qu'il peut se faire livrer le matériel dont il a besoin durant la période considérée à son propre domicile. Le requérant n'établit pas davantage que l'arrêté contesté l'empêche de se rendre à des rendez-vous avec son conseiller de probation et d'insertion, alors au demeurant qu'il peut solliciter un sauf-conduit pour ce type de déplacements à l'intérieur du périmètre délimité par l'arrêté, ainsi que la décision attaquée le rappelle. Par suite, le moyen tiré du caractère disproportionné de la décision attaquée du 28 novembre 2024 doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur.

Copie en sera adressée au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 12 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme A., présidente-rapporteure,

- M. C., premier conseiller,

- Mme D., conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

La présidente-rapporteure,

Signé

Mme A.

L'assesseur le plus ancien,

Signé

M. C.

La greffière,

Signé

Mme A

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

ah

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