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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2404866

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2404866

jeudi 12 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2404866
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantSOMDA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2024, et un mémoire enregistré le 10 décembre 2024, Mme F, représentée par Me Somda, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2024 par lequel le préfet du Nord lui a refusé l'admission au séjour au titre de l'asile et l'a maintenue en rétention administrative ;

3°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, à verser à son conseil, à charge pour elle de renoncer à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridique.

Mme F soutient que la décision attaquée :

- a été adoptée par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivée ;

- a été adoptée sans mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable ;

- a été adoptée en méconnaissance de son droit d'être entendue ;

- a été adoptée sans examen particulier de sa situation personnelle.

Les 4 et 11 décembre 2024, le préfet du Nord a produit des pièces.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 décembre 2024, le préfet du Nord, représenté par la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens qui ne sont pas en lien avec les motifs qui ont conduit l'autorité administrative à estimer que la demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement sont irrecevables, et que les autres moyens sont mal fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme B comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 11 décembre 2024, en présence de Mme Leconte, greffière, Mme B a présenté son rapport, et entendu les observations orales de Me Somda, représentant la requérante, et de cette dernière assistée de Mme A D, interprète en langue espagnole, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens que dans ses écritures, et fait également valoir qu'elle n'a pas demandé l'asile pour faire échec à une mesure d'éloignement mais pour faire valoir ses droits et expliquer les raisons qui l'ont conduite à quitter son pays d'origine, où elle encourt un risque de mort ; elle a tenté de solliciter l'asile en Espagne mais n'a pu obtenir de rendez-vous en Catalogne, et était dans l'impossibilité de se rendre et de séjourner à Madrid pour des raisons financières ; elle souhaitait se rendre en Belgique pour rendre visite à une personne malade.

Le préfet n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante vénézuélienne, née le 16 février 1968, est, selon ses dires, entrée sur le territoire français le 22 novembre 2024. Le 22 novembre 2022, elle a été interpelée alors qu'elle était en transit vers la Belgique. Lors de son audition par les services de police, elle a fait état à deux reprises de son souhait de déposer une demande d'asile en Espagne. Par arrêté du 23 novembre 2024, le préfet du Nord a pris à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an et a décidé de son placement en rétention administrative. En rétention administrative, Mme F a déposé une demande d'asile. Par arrêté du 24 novembre 2024, le préfet du Nord lui a refusé l'admission au séjour au titre de l'asile et a décidé de son maintien en rétention, en application de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif notamment que sa demande d'asile avait été présentée en vue de faire échec à l'exécution d'une mesure d'éloignement. Par la requête susvisée enregistrée le 29 novembre 2024, Mme F sollicite l'annulation de l'arrêté du 24 novembre 2024. Par un jugement n° 2404763, le magistrat désigné du tribunal a rejeté la requête présentée par Mme F aux fins d'annulation de l'arrêté du 23 novembre 2024. Par décision du 6 décembre 2024, l'OFPRA a rejeté la demande d'asile de la requérante.

2. Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur sa requête, de prononcer l'admission provisoire de Mme F à l'aide juridictionnelle.

3. En premier lieu, par arrêté du 14 octobre 2024, publié le même jour au recueil n° 2024-4340 des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Nord a donné délégation à Mme E C, adjointe à la cheffe du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, signataire de l'arrêté en litige, à effet de signer, notamment, les décisions litigieuses. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit donc être écarté comme manquant en fait.

4. En deuxième lieu, d'une part, le droit d'être entendu, qui relève des droits de la défense figurant au nombre des principes généraux du droit de l'Union Européenne, implique que l'autorité préfectorale, avant de prendre à l'encontre d'un étranger une décision d'éloignement, mette l'intéressé à même de présenter ses observations écrites et lui permette, sur sa demande, de faire valoir des observations orales de telle sorte qu'il puisse faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue sur la mesure envisagée avant qu'elle n'intervienne. Toutefois, d'une part, l'autorité administrative n'est pas tenue de mettre l'intéressé à même de réitérer ses observations ou de présenter de nouvelles observations, de façon spécifique, sur l'ensemble des décisions susceptibles d'être prises alors, d'autre part, qu'une atteinte à ce droit n'est en tout état de cause pas susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle la décision défavorable est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision, ce qu'il lui revient, le cas échéant, d'établir devant la juridiction saisie. D'autre part, il ne ressort d'aucun texte que l'administration serait tenue de mettre en œuvre une procédure contradictoire préalablement à l'édiction d'une mesure de maintien en rétention.

5. En l'espèce, la requérante a été mise à même, à l'occasion de sa demande d'asile effectuée en centre de rétention, ainsi que lors de son audition par les services de police le 22 novembre 2024, de porter à la connaissance de l'autorité administrative tous éléments qu'elle jugeait utiles, relatifs à sa situation personnelle. Elle ne précise pas les éléments qu'elle aurait été empêchée de faire valoir et qui auraient été susceptibles d'exercer une influence sur la légalité de la décision attaquée. Les moyens tirés de l'absence de mise en œuvre d'une procédure contradictoire préalable et du non-respect du droit d'être entendu doivent donc être écartés.

6. En troisième lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de droit et de fait qui ont conduit à son adoption. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté comme manquant en fait.

7. En quatrième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision attaquée ni des autres pièces du dossier que la situation de la requérante aurait été adoptée sans examen particulier de sa situation personnelle. Le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation doit donc être écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que la requérante qui résidait en Espagne, a été interpelée en France alors qu'elle était en transit vers la Belgique. Si, lors de son audition par les services de police et au cours de l'audience publique, elle a indiqué avoir souhaité solliciter l'asile en Espagne, elle a également déclaré avoir prévu de se rendre en Belgique afin de rendre visite à un proche malade, et n'a présenté une demande d'asile en France qu'une fois placée en rétention administrative après l'adoption à son encontre d'une mesure d'éloignement. Si elle fait valoir encourir des risques en cas de retour dans son pays d'origine, elle ne produit aucune pièce sur ce point. Il en résulte que le préfet du Nord a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, estimer que la demande d'asile formulée par la requérante en rétention, au demeurant rejetée le 6 décembre 2024 par l'OFPRA, n'avait d'autre objet que de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet et décider, en conséquence, de maintenir son placement en rétention pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande par l'Office.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision attaquée. Par voie de conséquence, les conclusions présentées à fin d'injonction sous astreinte doivent être rejetées ainsi que celles formulées au titre des frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Mme F est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F, à Me Somda, et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

C. B

La greffière,

Signé :

S. LECONTE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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