jeudi 13 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2404964 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2 ème Chambre |
| Avocat requérant | KENGNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire enregistrés les 18 novembre 2024 et 17 janvier 2025, M. A B, représenté par Me Kengne, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 octobre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour, ou à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et aux entiers dépens.
Il soutient que l'arrêté attaqué :
- est insuffisamment motivé ;
- méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est illégal dès lors que son entrée en France après une entrée en Italie sous couvert d'un visa Schengen n'est pas irrégulière, au regard des articles 5 et suivants de la convention d'application de l'accord de Schengen et que les actes règlementaires ultérieurs imposant une déclaration d'entrée ne lui sont pas opposables ;
- méconnait la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- méconnaît les dispositions des articles L. 313-14, devenu L. 435-1, et " L. 313-1 1 " du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entaché d'erreur de droit dès lors que l'article L. 435-1 n'exige pas que l'employeur ait recherché préalablement du personnel ;
- est entaché d'une atteinte disproportionnée à sa situation professionnelle et sociale en France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 décembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 2024-42 du 26 janvier 2024 ;
- l'arrêté du 13 mai 2024 fixant le périmètre géographique de l'expérimentation prévue à l'article 14 de la loi du 26 janvier 2024 pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Galle ;
- les observations de Me Kengne, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant égyptien né le 17 mars 1994, est entré sur le territoire français selon ses déclarations le 5 septembre 2018. Il a sollicité le 27 mars 2024, la délivrance d'un titre de séjour, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 octobre 2024, dont M. B demande l'annulation, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
2. En premier lieu, la décision attaquée vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont le préfet de la Seine-Maritime a fait application. Elle mentionne notamment les différentes périodes de travail de M. B en qualité de peintre en 2021 et 2024 et le contrat à durée indéterminée dont il se prévaut depuis le 23 février 2024 en qualité de maçon et indique qu'il ne démontre pas ses qualifications professionnelles pour exercer ce métier. La décision fait également état de la situation personnelle et familiale de M. B, en mentionnant notamment que celui-ci est célibataire et sans enfant. La décision de refus de titre de séjour comporte ainsi les considérations de fait et les dispositions de droit dont elle fait application. Cette décision de refus de titre de séjour étant suffisamment motivée, l'obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte, en application de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. L'arrêté attaqué vise les articles L. 721-3 et L. 731-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise la nationalité de M. B et indique que M. B pourra être reconduit d'office à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays pour lequel il établit être légalement admissible. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de l'arrêté attaqué doit par suite être écarté.
3. En deuxième lieu, M. B soutient que le préfet a retenu à tort que son entrée en France était irrégulière dès lors qu'il est entré en Italie sous couvert d'un visa de court séjour et qu'il pouvait entrer en France sans autre formalité, en application de la liberté de circulation et des dispositions des articles 5 et suivants de la convention d'application de l'accord de Schengen. Toutefois, le préfet de la Seine-Maritime s'est borné à relever que M. B n'a pas déclaré son entrée en France alors que son passeport fait apparaitre une entrée en Italie le 5 septembre 2018 muni d'un visa de court séjour délivré par les autorités italiennes, sans que cette constatation ne constitue le motif de refus de titre de séjour sollicité sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, et en tout état de cause, il résulte des articles L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen, et L. 621-3 et R. 621-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que l'obligation de souscrire la déclaration prévue par l'article 22 de la convention d'application de l'accord de Schengen est une condition de la régularité de l'entrée en France de l'étranger soumis à l'obligation de visa et en provenance directe d'un Etat partie à cette convention qui l'a admis à entrer ou à séjourner sur son territoire. Par conséquent, le moyen doit être écarté.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B établit une présence sur le territoire français à compter de l'année 2020, et qu'il a commencé à travailler le 24 avril 2021. M. B a travaillé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée pour la société First renov du 24 avril 2021 au 31 octobre 2021, puis durant le mois de mars 2022 pour une autre société, puis en qualité de peintre du 17 mai 2023 au 31 janvier 2024 pour la société AMF Bâtiment et du 1er juin 2023 au 31 août 2023 pour la société DM BAT en qualité de maçon et produit à l'appui de sa requête l'ensemble de ses fiches de paie pour ces périodes. De plus, M. B produit un contrat à durée indéterminée en tant que maçon pour la société SPDF à compter du 23 février 2024. Toutefois, le requérant ne justifie d'une activité professionnelle continue que depuis l'année 2023 et ne produit, hormis une attestation de son employeur, aucune certification ou qualification professionnelle particulière. Si le préfet a relevé que son dernier employeur n'a pas démontré avoir recherché du personnel, cette seule circonstance ne permet pas de démontrer que le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatives à l'admission exceptionnelle au séjour en qualité de salarié. En outre, il est constant que M. B est célibataire et sans enfant. S'il se prévaut de la présence en France de sa belle-sœur et de ses neveux, et de la nécessité pour lui d'aider sa belle-sœur souffrant de problèmes de santé, ces éléments ne permettent pas d'établir l'intensité de ses attaches familiales en France. Par suite, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au sens des dispositions précitées de l'article L. 435 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers en refusant son admission exceptionnelle au séjour.
6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
7. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 M. B ne justifie pas d'une vie personnelle et familiale stable et ancienne en France, et il n'établit ni même n'allègue être dépourvu de famille dans son pays d'origine. Par suite, la décision litigieuse n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
8. En quatrième lieu, M. B ne peut utilement se prévaloir des orientations générales que le ministre de l'intérieur a pu adresser aux préfets, sans les priver de leur pouvoir d'appréciation de chaque cas particulier, pour les éclairer dans la mise en œuvre de leur pouvoir de régularisation. Par suite, le moyen tiré de la violation de la circulaire du 28 novembre 2012 doit être écarté.
9. En dernier lieu, eu égard aux conditions de séjour de l'intéressé sur le territoire français, ainsi qu'à sa situation professionnelle, personnelle et familiale, le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. B doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2025, à laquelle siégeaient :
- Mme Galle, présidente,
- M. Bellec, premier conseiller,
- Mme Esnol, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2025.
La présidente-rapporteure,
Signé
C. GALLE
L'assesseur le plus ancien,
Signé
C. BELLECLa greffière,
Signé
A. HUSSEIN
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026