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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2405014

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2405014

lundi 16 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2405014
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationURGENCES JU
Avocat requérantRIPOLL GAELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 décembre 2024, M. C E, retenu au centre de rétention d'Oissel, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 décembre 2024 par lequel le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet du Calvados de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 152,45 euros par jour de retard, conformément aux dispositions de l'article L. 512-4 du CESEDA et de procéder au réexamen de sa situation.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision lui refusant un délai de départ volontaire :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 décembre 2024, le préfet du Calvados conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Ameline comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers et des décisions relatives à la rétention des étrangers.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ameline, magistrate désignée ;

- les observations de Me Ripoll, avocate commise d'office, représentant M. E qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens, et fait valoir en outre que la décision fixant le pays de destination méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la mesure où M. E risque la mort en cas de retour en Libye, toute sa famille ayant été tuée dans ce pays ;

- les observations de M. E, présent, assisté de M. A, interprète en langue arabe, qui affirme être entré en France il y a deux ans, vouloir y solliciter l'asile et avoir pour seuls proches sur le territoire des personnes avec lesquelles il a travaillé.

Le préfet du Calvados n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C E, ressortissant libyen né le 2 septembre 1989, déclare être entré sur le territoire français au cours de l'année 2022. Le 7 décembre 2024, l'intéressé a été placé en garde à vue par les services de police de Caen pour des faits de vol simple. Par un arrêté du même jour, dont M. E, retenu au centre de rétention d'Oissel, demande l'annulation, le préfet du Calvados l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an.

Sur les moyens communs aux quatre décisions attaquées :

2. En premier lieu, par un arrêté du 20 mai 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n° 14-2024-138 le 21 mai 2024 et consultable sur le site internet de la préfecture, le préfet du Calvados a donné délégation à M. D B, directeur de cabinet, à l'effet de signer toute décision prise en application notamment des livres VI et VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatifs aux décisions d'éloignement et à leur exécution. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il fait application, notamment le 1° de l'article L. 611-1 et les articles L. 612-2 et L. 612-3 de ce code, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, fait état de la situation administrative, familiale et personnelle de l'intéressé. Particulièrement concernant les décisions fixant le pays de destination et portant refus de délai de départ volontaire, l'arrêté vise les stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, cite les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que l'intéressé, qui est célibataire sans enfant à charge, n'a pas justifié être soumis à des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour. Par suite, l'arrêté attaqué, dont la motivation n'apparaît pas stéréotypée, énonce, eu égard à l'objet de chacune des décisions litigieuses, les considérations de droit et de fait sur lesquelles il se fonde. Il suit de là que le moyen ainsi soulevé manque en fait et doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En se bornant à soutenir que la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, le requérant ne met pas la juridiction à même d'apprécier le bien-fondé de ce moyen.

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

5. Les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire ne peut qu'être écartée.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

6. En premier lieu, les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination ne peut qu'être écartée.

7. En second lieu, aux termes de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

8. Si M. E a, au cours de l'audience publique, soutenu que le préfet du Calvados n'a pas pris en considération sa situation personnelle au regard des risques encourus en cas de retour en Libye, son pays d'origine où toute sa famille aurait été tuée, et qu'il craint pour sa vie en cas de retour dans ce pays, il n'assortit ses allégations d'aucune précision. Il est constant par ailleurs qu'il n'avait pas déposé, au jour de la décision attaquée, de demande d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

Sur la décision portant interdiction de retour :

9. Les moyens dirigés contre l'obligation de quitter le territoire français ont tous été écartés. Dès lors, l'exception d'illégalité de cette décision soulevée à l'appui des conclusions dirigées contre la décision portant interdiction de retour ne peut qu'être écartée.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence, celles aux fins d'injonction sous astreinte.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E et au préfet du Calvados.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 décembre 2024.

La magistrate désignée,

Signé :

C. AMELINE

La greffière,

Signé :

S. LECONTE

La République mande et ordonne au préfet du Calvados en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

N°2405014

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