lundi 13 janvier 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2405079 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | BIDAULT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 12 décembre 2024, M. B D, représenté par Me Bidault, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, la décision du 6 décembre 2024 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de rétablir les conditions matérielles d'accueil à compter du 6 décembre 2024, dans un délai de huit jours suivant la notification du jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91 647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation de signature régulièrement publiée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2024, l'Office de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- à titre principal, aucun des moyens de la requête n'est fondé ;
- à titre subsidiaire, il y a lieu de procéder à une substitution de motif.
Par courrier du 26 décembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le tribunal était susceptible de relever d'office le moyen tiré du défaut de base légale de la décision attaquée dès lors que, devant être regardée comme un refus d'accorder les conditions matérielles d'accueil, elle ne peut être fondée sur les dispositions du 3° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la directive 2013/32/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 modifié ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 2 janvier 2025, le président du tribunal a désigné M. A comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers sur lesquelles il est statué selon les procédures visées au chapitre Ier du titre II du livre IX du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles visées aux chapitres VI, VII, VII bis et VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 9 janvier 2025, après avoir présenté son rapport, le magistrat désigné a entendu les observations de Me Derbali, substituant Me Bidault pour M. D, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête. Elle a souligné que, faute d'accompagnement, l'intéressé n'avait pu déposer de demande d'asile en Suisse. Ont été également entendues les observations de M. D, qui a en outre permis au magistrat désigné de prendre connaissance de l'arrêté de transfert dont il a fait l'objet, sa date de notification et le motif l'ayant justifié.
L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'était pas présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, à 12 h 11, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. M. B D, ressortissant pakistanais né le 13 novembre 2003, a, le 3 mars 2023, déposé une demande d'asile et accepté le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par une décision du 5 juillet 2023, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont l'intéressé bénéficiait, faute pour lui d'avoir respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Par un arrêté du 20 juin 2023, notifié le même jour, le préfet du Bas-Rhin a décidé le transfert de M. D aux autorités suisses. Cette mesure a été exécutée le 27 juillet 2023. Après son retour en France, M. D s'est présenté le 8 novembre 2024 en préfecture de la Seine-Maritime et s'est vu délivrer une attestation de demande d'asile. Par un courrier du 10 octobre 2024, notifié le même jour, l'intéressé a été informé de l'intention de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil. Par la décision attaquée du 6 décembre 2024, le directeur général de l'Office a mis fin à ces dernières.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application des dispositions précitées.
Sur le cadre du litige :
4. Le demandeur d'asile dont la demande d'asile initiale a été enregistrée en préfecture selon la " procédure Dublin " n'a plus droit, à son retour sur le territoire français, au bénéfice des conditions matérielles d'accueil, sauf si les autorités françaises s'estiment responsables de l'examen de la demande d'asile déposée au retour en France ou si le demandeur d'asile établit que l'Etat membre responsable n'a pas traité sa demande ou ne l'a pas mis à même de la déposer.
5. Il ressort des pièces du dossier que le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont bénéficiait M. D depuis le 3 mars 2023 a pris fin le 5 juillet 2023. Toutefois et d'une part, la décision de transfert dont a fait l'objet l'intéressé, le 20 juin 2023, consultée à l'audience par le magistrat désigné, a été exécutée le 27 juillet 2023. D'autre part, si M. D fait valoir qu'il n'a bénéficié d'aucun accompagnement en Suisse pour déposer sa demande d'asile, il ressort tant des termes mêmes de la décision précitée, fondée sur les dispositions du point d) du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé, que de la réponse, datée du 10 octobre 2024, des autorités suisses à une nouvelle requête aux fins de reprise en charge des autorités françaises, que la demande d'asile de M. D a été rejetée, ce qu'il ne conteste au demeurant pas. Dans ces conditions, le droit au bénéfice des conditions matérielles d'accueil ayant pris fin à la suite du non-renouvellement de son attestation de demande d'asile et de l'exécution de la décision de transfert, en vertu du principe rappelé au point précédent, la décision attaquée, prise par suite de la présentation en préfecture de l'intéressé en vue du dépôt de sa demande d'asile, doit être regardée comme un refus de lui accorder le bénéficie des conditions matérielles d'accueil, ainsi d'ailleurs que l'indique l'Office au soutien de sa demande de substitution de motifs.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. En premier lieu, par décision du 21 juin 2023, mise en ligne le même jour et librement consultable par les parties sur le site internet de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, M. C E, directeur territorial à Rouen, a reçu délégation du directeur général de l'Office à l'effet de signer toutes décisions dans le cadre des attributions dévolues à la direction territoriale. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
7. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, vise les dispositions dont elle fait application et relève que, en déposant une demande d'asile en France après exécution de la décision de transfert, M. D n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile. Elle fait également état de ses besoins au regard de sa situation personnelle et familiale. Elle comporte ainsi les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.
8. En troisième lieu, eu égard à ce qui a été dit au point 4, la décision attaquée, fondée sur les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux décisions mettant fin aux conditions matérielles d'accueil et dont M. D ne peut dès lors invoquer utilement la méconnaissance, est dépourvue de base légale ainsi que l'a relevé d'office le magistrat désigné.
9. Toutefois, l'Office sollicite une substitution de base légale et de motif en indiquant que la décision attaquée doit être regardée comme un refus d'accorder à M. D le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, fondé sur les dispositions du 3° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif qu'il doit être regardé comme présentant une demande de réexamen de sa demande d'asile.
10. Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () / 3° Il présente une demande de réexamen de sa demande d'asile ; () / Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ".
11. Ainsi qu'il a été dit au point 5, la demande d'asile de M. D ayant été rejetée par les autorités suisses, sa demande d'asile déposée en préfecture le 8 novembre 2024 doit être regardée comme une demande de réexamen. Il résulte à cet égard de l'instruction que l'Office aurait pris la même décision en se fondant initialement sur ce motif, sans priver M. D d'une garantie, dès lors que sa vulnérabilité a été évaluée le 10 octobre 2024. Dans ces conditions et en l'absence au demeurant de contestation de la part de M. D, il y a lieu de procéder à la substitution de base légale et de motif sollicitée par l'Office.
12. En dernier lieu, M. D ne faisant état, en dehors de son âge, d'aucune circonstance révélant une quelconque vulnérabilité, ce qui ne ressort en outre pas de la fiche d'évaluation versée à l'instance par l'Office, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle, invoqué de manière peu circonstanciée, doit être écarté.
13. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision du 6 décembre 2024 du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration doivent être rejetées, de même que, par voie de conséquence, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte, ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1 : M. D est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : La requête de M. D est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Me Bidault et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 13 janvier 2025.
Le magistrat désigné,
Signé :
J. ALa greffière,
Signé :
S. Leconte
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026