lundi 23 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2405106 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | EDEN AVOCATS |
Vu les procédures suivantes :
I.- Par une requête enregistrée le 16 décembre 2024, sous le n° 2405105, Mme C D, représentée par Me Madeline, associée de la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 13 décembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer, dans l'attente du réexamen de sa situation, une autorisation provisoire de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat à titre principal, une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à titre subsidiaire, une somme de 1 500 euros à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
La décision portant obligation de quitter le territoire français :
- est intervenue au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendue ;
- est entachée d'illégalité, par voie d'exception, en raison de l'illégalité de l'arrêté du 17 avril 2023 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande de titre de séjour et de la décision implicite rejetant son recours gracieux contre cet arrêté dès lors que :
. la décision implicite de rejet du recours gracieux n'est pas motivée ;
. l'arrêté du 17 avril 2023 est intervenu au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine, pour avis, de la commission du titre de séjour ; est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ; méconnaît les dispositions des articles L. 423-7, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ; est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle au regard de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision portant refus de délai de départ volontaire :
- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
La décision fixant le pays de renvoi :
- doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- méconnaît les dispositions des articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par un courrier du 16 décembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement à intervenir est susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité du moyen tiré de l'exception d'illégalité de l'arrêté du 17 avril 2023 du préfet de la Seine-Maritime portant refus de titre de séjour en ce qu'il est devenu définitif, faute d'avoir été contesté dans le délai raisonnable d'un an suivant le 7 juin 2023, date du recours gracieux de Mme D, à laquelle elle est réputée en avoir eu connaissance.
II.- Par une requête enregistrée le 16 décembre 2024, sous le n° 2405106, Mme C D, représentée par Me Madeline, associée de la SELARL Eden Avocats, demande au tribunal :
1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 13 décembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime l'a assignée à résidence ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat à titre principal, une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et à titre subsidiaire, une somme de 1 500 euros à lui verser directement au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est intervenu au terme d'une procédure irrégulière en l'absence de respect de son droit à être préalablement entendue ;
- il doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
- il méconnaît les dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 décembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Par une décision du 2 septembre 2024, le président du tribunal a désigné M. A comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers sur lesquelles il est statué selon les procédures visées au chapitre Ier du titre II du livre IX du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celles visées aux chapitres VI, VII, VII bis et VII ter du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique du 20 décembre 2024, après avoir présenté son rapport, le magistrat désigné a entendu les observations de Me Madeline, représentant Mme D, qui a repris les conclusions et moyens exposés dans la requête et a produit des pièces à l'audience. Après avoir rappelé que la paternité de l'enfant de l'intéressée n'était pas contestée, elle a souligné que le préfet ne contestait pas la contribution du père de celui-ci à son entretien et que les pièces du dossier démontraient qu'il contribuait à son éducation, de sorte que Mme D remplit les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour et ne peut donc faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Ont également été entendues les observations de Mme D, qui a précisé la fréquence et les modalités selon lesquelles d'une part, elle voyait son compagnon et père de son dernier enfant, et d'autre part, le père de ses deux premiers enfants entretenaient des contacts avec ces derniers. Ont enfin été entendues les observations de M. E B, compagnon de Mme D et père de son dernier enfant, qui a apporté des précisions sur sa contribution à l'entretien et à l'éducation de ce dernier.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était pas présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience, à 10 h 42, en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes nos 2405105 et 2405106, qui concernent la situation d'une même ressortissante étrangère, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a donc lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
2. Mme C D, ressortissante de la République démocratique du Congo née le 3 septembre 1994, déclare être entrée en France le 1er avril 2016, en provenance d'Espagne où elle est arrivée munie d'un passeport revêtu d'un visa de court de séjour, valable du 20 décembre 2015 au 17 janvier 2016, délivré, sous une autre identité, par les autorités consulaires espagnoles. Le 13 mai 2016, l'intéressée a déposé une demande d'asile. Par une décision du 31 août 2017, confirmée par une décision du 2 mai 2018 de la Cour nationale du droit d'asile, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté cette demande. Par un arrêté du 19 juin 2018, le préfet de la Seine-Maritime a fait obligation à Mme D de quitter le territoire français. Par un jugement n° 1802526 du 1er août 2018, le magistrat désigné du tribunal administratif de Rouen a annulé cet arrêté. Dans le cadre du réexamen de la situation de l'intéressée ordonné en exécution de ce jugement et par un arrêté du 30 juillet 2019, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français. Par un jugement n° 1903744 du 20 décembre 2019, le tribunal administratif de Rouen a rejeté le recours de l'intéressée contre cet arrêté. Le 26 octobre 2022, Mme D a sollicité un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 17 avril 2023, contesté dans une instance n° 2303979 encore pendante, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté cette demande. Par suite de la convocation, le 13 décembre 2024, de l'intéressée en vue de la vérification de son droit au séjour et par un premier arrêté du même jour, contesté dans l'instance n° 2405105, le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois. Par un second arrêté du 13 décembre 2024, contesté dans l'instance n° 2405106, le préfet de la Seine-Maritime a assigné Mme D à résidence.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'admettre la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire en application des dispositions précitées, dans les instances nos 2405105 et 2405106.
5. En second lieu et d'une part, aux termes de l'article 27 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " L'avocat qui prête son concours au bénéficiaire de l'aide juridictionnelle () perçoit une rétribution. / L'Etat affecte annuellement à chaque barreau une dotation représentant sa part contributive aux missions d'aide juridictionnelle () accomplies par les avocats du barreau. / Le montant de la dotation affecté à l'aide juridictionnelle résulte d'une part, du nombre de missions d'aide juridictionnelle accomplies par les avocats du barreau et, d'autre part, du produit d'un coefficient par type de procédure et d'une unité de valeur de référence. Le montant, hors taxe sur la valeur ajoutée, de cette unité de valeur de référence est fixé, pour les missions dont l'admission à l'aide juridictionnelle est prononcée à compter du 1er janvier 2022, à 36 €. () ". Aux termes de l'article 110 du décret du 28 décembre 2020 susvisé : " Les sommes revenant aux avocats et aux avocats au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation sont réglées sur justification de la désignation au titre de l'aide juridictionnelle et production d'une attestation de mission délivrée par le greffier ou le secrétaire de la juridiction saisie. () ".
6. Il résulte de ces dispositions que l'avocat perçoit en principe une rétribution pour toute mission de représentation d'une personne bénéficiaire de l'aide juridictionnelle dans une instance déterminée. Toutefois, lorsqu'un bénéficiaire de l'aide juridictionnelle présente, dans plusieurs instances, des conclusions identiques en demande ou en défense conduisant le juge à trancher les mêmes questions, l'avocat les représentant au titre de l'aide juridictionnelle réalise à leur égard une seule et même mission.
7. D'autre part, aux termes de l'article R. 922-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conclusions dirigées contre des décisions notifiées simultanément peuvent être présentées dans la même requête ".
8. Ainsi qu'il a été dit au point 1, les requêtes nos 2405105 et 2405106, concernent la situation d'une même ressortissante étrangère qui, assistée d'une même avocate, conduisent à trancher des questions semblables. Dans ces conditions et eu égard aux prévisions de l'article R. 922-7 précité, l'avocate représentant Mme D doit être regardée comme ayant réalisé à son égard une seule et même mission au titre de l'aide juridictionnelle. Il sera dès lors délivré, à leur terme, une unique attestation de fin de mission pour l'ensemble de ces instances, comportant un coefficient de quatorze unités de valeur.
Sur la requête n° 2405105 :
9. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 du même code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".
10. Pour contester la légalité de l'obligation de quitter le territoire français en litige, Mme D entend exciper de l'illégalité de l'arrêté du 17 avril 2023 du préfet de la Seine-Maritime portant refus de titre de séjour qui, contesté dans l'instance n° 2303979 encore pendante, n'est pas devenu définitif. Elle soutient notamment que cet arrêté méconnaît les dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Un tel moyen ne peut toutefois être utilement invoqué dès lors que l'obligation de quitter le territoire français est fondée sur les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En revanche, indépendamment de l'énumération prévue par l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, des catégories d'étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une mesure d'éloignement, l'autorité administrative ne saurait légalement prendre une telle mesure à l'encontre d'un étranger que si ce dernier se trouve en situation irrégulière au regard des règles relatives à l'entrée et au séjour. Lorsque la loi prescrit que l'intéressé doit se voir attribuer de plein droit un titre de séjour, cette circonstance fait obstacle à ce qu'il puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement.
12. Il est constant que Mme D est mère d'un enfant de nationalité française, né le 22 avril 2022 et pourvu d'un certificat de nationalité française délivré le 26 septembre 2022 par le directeur des services de greffe judiciaires du tribunal judiciaire de Rouen. Ainsi que cela ressort des termes de la décision attaquée et de son mémoire en défense, le préfet ne conteste pas que le père de cet enfant contribue à son entretien, ce que confirment les preuves de virements réguliers et d'achats de produits pour bébés depuis sa naissance versées à l'instance. Il ressort en outre des pièces du dossier, en particulier de la note sociale de l'Œuvre normande des mères, des photographies à différents âges de l'enfant, de ses preuves de déplacement pour lui rendre visite, et de ses déclarations concordantes à l'audience avec celles de Mme D quant à la fréquence et aux modalités des visites, que le père de l'enfant de cette dernière contribue à son éducation depuis sa naissance. Dans ces conditions et en vertu du principe rappelé au point précédent, dès lors que Mme D est en droit de se voir délivrer un titre de séjour de plein droit en application des dispositions précitées de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette circonstance fait obstacle à ce qu'elle puisse légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Le moyen en ce sens doit par suite être accueilli.
13. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête invoqués au soutien des conclusions dirigées contre la décision attaquée, que Mme D est fondée à demander l'annulation de la décision du 13 décembre 2024 par laquelle le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français, de même que, par voie de conséquence, les décisions du même jour portant refus de délai de départ volontaire, fixation du pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois.
Sur la requête n° 2405106 :
14. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 13 décembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a assigné Mme D à résidence doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de la décision du même jour par lequel le préfet de la Seine-Maritime lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai.
Sur les conséquences de l'annulation :
15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
16. Outre la fin de la mesure d'assignation à résidence, l'exécution du présent jugement implique, en application des dispositions citées au point précédent, que Mme D se voit délivrer une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit de nouveau statué sur sa situation. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet compétent d'y procéder, au regard des motifs exposés au point 12, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
17. En second lieu, aux termes de l'article R. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les modalités de suppression du signalement d'un étranger effectué au titre d'une décision d'interdiction de retour sont celles qui s'appliquent, en vertu de l'article 7 du décret n° 2010-569 du 28 mai 2010 relatif au fichier des personnes recherchées, aux cas d'extinction du motif d'inscription dans ce traitement ".
18. L'exécution du présent jugement implique également, en application des dispositions précitées, la suppression du signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen dans les conditions prévues à l'article 7 du décret du 28 mai 2010 susvisé, en tant qu'il découle des arrêtés du 13 décembre 2024 du préfet de la Seine-Maritime annulés.
Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :
19. Mme D a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans les instances nos 2405105 et 2405106. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à ce qui a été dit au point 8, sous réserve que Me Madeline, associée de la SELARL Eden Avocats et avocate de Mme D, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Madeline d'une somme globale de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme globale de 1 000 euros lui sera versée directement.
D E C I D E :
Article 1er : Mme D est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire dans les instances nos 2405105 et 2405106.
Article 2 : L'arrêté du 13 décembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a fait obligation à Mme D de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi de cette mesure d'éloignement et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois est annulé.
Article 3 : L'arrêté du 13 décembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a assigné Mme D à résidence est annulé.
Article 4 : Il est enjoint au préfet compétent de procéder au réexamen de la situation de Mme D dans les conditions fixées au point 16, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour.
Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme D à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Madeline renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Madeline, associée de la SELARL Eden Avocats et avocate de Mme D, une somme globale de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme D par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme globale de 1 000 euros lui sera versée directement.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, à Me Madeline, et au préfet de la Seine-Maritime.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 23 décembre 2024.
Le magistrat désigné,
Signé :
J. ALa greffière,
Signé :
S. Leconte
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2405105 ; 2405106
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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03/08/2026