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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2405275

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2405275

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2405275
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2024, M. B A, représenté par la Me Mary (Selarl Mary et Inquimbert), demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de refus de délivrance d'un titre de séjour prise par le préfet de la Seine-Maritime suite à sa demande de titre de séjour déposée auprès de la sous-préfecture du Havre le 30 juillet 2018 ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour ou à défaut de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros, à verser directement à son conseil, sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Par un mémoire, enregistré le 10 janvier 2025, M. B A, le préfet de la Seine-Maritime conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que M. A a reçu notification le 30 décembre 2021 d'un arrêté en date du 8 décembre 2021 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination, le pli comportant cet arrêté ayant été retourné avec la mention " pli avisé non réclamé ".

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : () / 4º Rejeter les requêtes manifestement irrecevables, lorsque la juridiction n'est pas tenue d'inviter leur auteur à les régulariser ou qu'elles n'ont pas été régularisées à l'expiration du délai imparti par une demande en ce sens ; () ".

2. D'une part, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents () ". Aux termes de l'article L. 614-4 du même code, dans sa rédaction applicable à la date de la décision du 8 décembre 2021 : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. / L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. / Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine ".

3. D'autre part, aux termes du I de l'article R. 776-2 du code de justice administrative, alors en vigueur : " Conformément aux dispositions de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la notification d'une obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire, prise en application () des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code, fait courir un délai de trente jours pour contester cette obligation ainsi que les décisions relatives au séjour, au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour ou à l'interdiction de circulation notifiées simultanément ". Aux termes de l'article R. 421-5 de ce code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

4. Si le silence gardé par l'administration sur une demande fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement, qu'elle fasse suite ou non à une demande de communication des motifs de la décision implicite présentée en application des dispositions du code des relations entre le public et l'administration, se substitue à la première décision. Il en résulte que des conclusions à fin d'annulation de cette première décision doivent être regardées comme dirigées contre la seconde.

5. M. A soutient avoir déposé une demande de titre de séjour " en 2018 ". Il ressort des pièces du dossier qu'il s'est vu délivrer un récépissé de demande de titre de séjour valable du 19 mars 2021 au 18 juin 2021, ce qui atteste de la remise d'un dossier complet au plus tard le 19 mars 2021. Si une décision implicite de refus de titre de séjour est née quatre mois après la délivrance de ce récépissé, il ressort toutefois des pièces du dossier que l'arrêté en date du 8 décembre 2021, notifié le 30 décembre 2021, par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé son pays de destination s'est substitué à la décision implicite de rejet de délivrance d'un titre de séjour . Il suit de là que les conclusions présentées par M. A tendant à l'annulation de la décision implicite de refus de titre de séjour doivent être regardées comme dirigées contre l'arrêté du préfet de la Seine-Maritime du 8 décembre 2021.

6. Toutefois, il ressort des mentions de l'accusé de réception postal produit par le préfet, que l'arrêté du 8 décembre 2021 a été notifié à M. A par un pli posté le 9 décembre 2021, adressé à l'adresse mentionnée sur son récépissé de demande de titre de séjour. Si la date de première présentation de ce pli à M. A n'est pas précisée, le pli a été retourné avec la mention " pli avisé et non réclamé " à la préfecture, qui l'a réceptionné le 30 décembre 2021. Cet arrêté comporte l'indication exacte des voies et délais de recours ouverts à son encontre. Par suite, le délai de recours contentieux de trente jours a couru au plus tard à compter du 30 décembre 2021, Si le requérant a déposé une demande d'aide juridictionnelle enregistrée le 16 juillet 2024, le délai de recours contentieux de trente jours, prévu par les dispositions citées au point précédent, était expiré à la date à laquelle cette demande d'aide juridictionnelle a été présentée, de sorte qu'elle n'a pas pu interrompre le délai de recours contentieux. Il suit de là que la requête de M. A est irrecevable en raison de sa tardiveté.

7. Il y a dès lors lieu de rejeter la requête de M. A en toutes ses conclusions comme manifestement irrecevable, en application des dispositions précitées du 4° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A, à Me Mary et au préfet de la Seine-Maritime.

Fait à Rouen, le 4 février 2025.

La présidente de la 2ème chambre

Signé

C. GALLE

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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