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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2405361

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2405361

jeudi 16 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2405361
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationURGENCES JU
Avocat requérantLE FLOC'H-ABDOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 décembre 2024 et 14 janvier 2025, M. A C, représenté par Me Le Floc'h Abdou, demande au Tribunal

1°) d'annuler l'arrêté du 13 décembre 2024 par lequel le préfet de l'Eure lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent à titre principal de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 80 euros par jour de retard et à titre subsidiaire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application de de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- L'arrêté a été signé par une autorité n'ayant pas compétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- il méconnait le principe du respect du droit de la défense ;

- il méconnait l'article 7 bis de l'accord franco-algérien ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation car il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3, paragraphe 1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3 de convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 511-4 10) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2025, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné M. Bellec comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique du 14 janvier 2025, ont été entendus :

- le rapport de M. Bellec, premier conseiller ;

- les observations orales de Me Le Floc'h Abdou, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.

Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction est intervenue à l'issue de l'audience en application de l'article R. 922-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, né le 5 octobre 1978, de nationalité algérienne, déclare être entré sur le territoire français le 3 novembre 2001. Il a obtenu une carte de résident en qualité de parent d'enfant français. Le 18 janvier 2022, il a été condamné à 6 ans d'emprisonnement pour viol incestueux commis sur un mineur par un ascendant majeur et atteinte sexuelle incestueuse par majeur sur mineur de 15 ans. Par l'arrêté contesté du 13 décembre 2024, le préfet de l'Eure lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D B, préfet de l'Eure. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait par ailleurs pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle de M. C, mentionne, avec une précision suffisante, les circonstances de fait et de droit qui en constituent le fondement pour mettre utilement l'intéressé en mesure de discuter les motifs de cette décision. Elle indique également que M. C sera éloigné à destination du pays dont il a la nationalité, à savoir l'Algérie, ou tout pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'accord de Schengen où il démontre être légalement admissible. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée ainsi que celui du défaut d'examen particulier de sa situation doivent être écartés.

4. En troisième lieu, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que le préfet de l'Eure a adressé un courrier à M. C le 2 septembre 2024, notifié le même jour, par lequel il l'informe de son intention de lui refuser sa demande de certificat de résidence et il lui demande de présenter ses observations. Par ailleurs, M. C a été entendu par la commission du titre de séjour le 7 novembre 2024 où il a fait valoir ses observations. Par suite, le moyen tiré de ce qu'il aurait été privé de son droit à être entendu ne peut qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien : " Les ressortissants algériens visés à l'article 7 peuvent obtenir un certificat de résidence de dix ans s'ils justifient d'une résidence ininterrompue en France de trois années. / () / Le certificat de résidence valable dix ans, renouvelé automatiquement, confère à son titulaire le droit d'exercer en France la profession de son choix, dans le respect des dispositions régissant l'exercice des professions réglementées. / Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit sous réserve de la régularité du séjour pour ce qui concerne les catégories visées au a), au b), au c) et au g) : ()". Aux termes de l'article L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " Une carte de résident ne peut être délivrée aux conjoints d'un étranger qui vit en France en état de polygamie. Il en va de même pour tout étranger condamné pour avoir commis sur un mineur de quinze ans l'infraction de violences ayant entrainé une mutilation ou une infirmité permanente, définie à l'article 222-9 du code pénal, ou s'être rendu complice de celle-ci. ".

7. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que, contrairement à la délivrance d'une première carte de résident et au renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou d'une carte de séjour pluriannuelle, le refus de renouvellement de la carte de résident ne peut être fondé sur la menace pour l'ordre public que constitue la présence en France de l'étranger, mais peut uniquement être fondé sur l'un des motifs énoncés à l'article L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui concernent, les étrangers vivant en état de polygamie ou ayant été condamnés pour avoir commis, sur un mineur de quinze ans, l'infraction de violences ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente ou s'en étant rendu complices.

8. Il ressort des pièces du dossier que le 18 janvier 2022, M. C a été condamné par la cour criminelle du département de Loire-Atlantique à 6 ans d'emprisonnement pour viol incestueux commis sur un mineur par un ascendant majeur et atteinte sexuelle incestueuse par majeur sur mineur de 15 ans. Dès lors, le préfet de l'Eure pouvait légalement se fonder sur l'article L. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour refuser le renouvellement de la carte de résident de M. C. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien est inopérant.

9. En cinquième lieu, il ressort des pièces du dossier que le 18 janvier 2022, il a été condamné à 6 ans d'emprisonnement pour viol incestueux commis sur un mineur par un ascendant majeur et atteinte sexuelle incestueuse par majeur sur mineur de 15 ans. Dès lors, le préfet a pu indiquer dans son arrêté que le requérant constitue une menace pour l'ordre public sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation.

10. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré sur le territoire français le 3 novembre 2001. Il a obtenu une carte de résident en qualité de parent d'enfant français. Toutefois, le 18 janvier 2022, il a été condamné à 6 ans d'emprisonnement pour viol incestueux commis sur un mineur par un ascendant majeur et atteinte sexuelle incestueuse par majeur sur mineur de 15 ans. Il ne dispose plus de l'autorité parentale sur ses enfants. Il n'a plus de lien avec les membres de sa famille en France. Depuis sa condamnation, il n'a reçu aucun appel téléphonique, ni visite au centre détention. S'il produit des attestations et des certificats de participation aux activités du centre de détention, ces éléments ne démontrent pas son insertion sociale. L'arrêté attaqué n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

12. En septième lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doit être écarté.

13. En huitième lieu, aux termes des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 10° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ".

14. M. C soutient qu'il souffre d'un syndrome dépressif, de stress post-traumatique et de troubles anxieux en raison d'événements survenus dans son pays d'origine. Toutefois, il n'apporte aucun élément à l'appui de son affirmation. Par ailleurs, il n'établit pas qu'il ne pourrait pas poursuivre les soins dans son pays d'origine. Si l'arrêt pénal de la cour criminelle du département de Loire-Atlantique du 18 janvier 2022 prononce une injonction de soins, le requérant ne soutient pas que ces soins ne pourraient pas avoir lieu dans son pays d'origine. Dès lors le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des dispositions de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

15. En neuvième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. () " Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français./ Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

16. Pour les mêmes motifs que ceux mentionnés aux points 7, 9 et 10 du présent jugement, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de territoire français pour une durée de cinq ans méconnait les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

17. En dernier lieu, le moyen tiré de l'erreur de droit est dépourvu des précisions permettant d'en apprécier le bienfondé.

18. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux du 13 décembre 2024 du préfet de l'Eure. Sa requête doit, dès lors, être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de l'Eure.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 janvier 2025.

Le magistrat désigné,

signé

C. Bellec

Le greffier

signé

J.-L. Michel

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

J.-L. Michel

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