mercredi 7 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2500274 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | MARY-INQUIMBERT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 janvier 2025, Mme B A, représentée par la SELARL Mary et Inquimbert, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 23 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Mary et Inquimbert en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Le refus de séjour :
- a été adopté par une autorité dont il n'est pas justifié de la compétence ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
L'obligation de quitter le territoire français :
- a été adoptée par une autorité dont il n'est pas justifié de la compétence ;
- est illégale pour être fondée sur une obligation de quitter le territoire français elle-même illégale ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision fixant le pays de renvoi :
- a été adoptée par une autorité dont il n'est pas justifié de la compétence ;
- est illégale pour être fondée sur un refus de séjour et une obligation de quitter le territoire français illégaux ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
L'interdiction de retour sur le territoire français :
- a été adoptée en méconnaissance de son droit d'être entendue ;
- a été adoptée par une autorité dont il n'est pas justifié de la compétence ;
- est insuffisamment motivée ;
- est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 mars 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête en faisant valoir qu'aucun des moyens n'est fondé.
Vu :
- la décision du 18 décembre 2024 prononçant l'admission de la requérante au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale ;
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République du Sénégal relatif à la gestion concertée des flux migratoires signé à Dakar le 23 septembre 2006 et l'avenant à cet accord, signé le 25 février 2008 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bouvet, premier conseiller ;
- les observations de Me Mary représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante sénégalaise née le 15 octobre 1988, est entrée sur le territoire national le 29 septembre 2018 munie d'un visa court-séjour. L'intéressée a déposé, en avril 2024, une demande d'admission au séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté litigieux du 23 août 2024, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions contestées :
2. En premier lieu, la décision a été signée par Mme Julia Le Fur, secrétaire générale de la sous-préfecture du Havre, en vertu de la délégation de signature que lui a accordée le préfet de la Seine-Maritime par arrêté n° 24-022 du 26 avril 2024, régulièrement publiée le même jour. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision manque donc en fait.
3. En second lieu, l'arrêté comporte, de façon suffisamment développée, les considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions qui le composent. Il est, dès lors, suffisamment motivé.
En ce qui concerne le refus de séjour :
4. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
5. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, entrée en France en septembre 2018, est célibataire, dépourvue de charge de famille en France. Si elle justifie d'attaches personnelles et familiales sur le territoire national, en l'espèce, une sœur et deux de ses frères, il ne saurait être tenu pour établi qu'elle est dépourvue de telles attaches dans son pays d'origine. Enfin, en ne produisant que quatre bulletins de salaire établis au titre d'une activité d'agent d'entretien exercée en février, avril, mai et juillet 2024, elle ne justifie pas d'une insertion professionnelle pérenne. Dans ces conditions, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les dispositions citées au point précédent en refusant de l'admettre au séjour. Pour les mêmes motifs, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par la requérante, n'est pas établie.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, le refus de séjour n'étant pas illégal, Mme A ne saurait exciper de son illégalité au soutien des conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français.
7. En second lieu, pour les motifs indiqués au point n° 5, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté, de même que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
8. En premier lieu, l'obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégale, Mme A ne saurait exciper de son illégalité au soutien des conclusions dirigées contre la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement. En outre, la décision de refus de séjour ne constitue pas la base légale de la décision fixant le pays de destination de l'obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'illégalité du refus de séjour, soulevé à l'encontre de cette décision, doit, en tout état de cause, être écarté.
9. En second lieu, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par la requérante, ne ressort pas des pièces du dossier.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
10. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
11. Au cas d'espèce, Mme A résidait sur le territoire national depuis près de six ans, à la date d'édiction de l'interdiction de retour sur le territoire français litigieuse. Il est établi par les pièces versées aux débats qu'elle y dispose d'attaches personnelles. L'intéressée n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Il n'est pas allégué, enfin, qu'elle représenterait une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, en édictant une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de la requérante, le préfet de la Seine-Maritime a entaché sa décision d'erreur d'appréciation. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à son encontre, cette décision encourt l'annulation.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A est seulement fondée à solliciter l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois prononcée à son encontre, le 23 août 2024, par le préfet de la Seine-Maritime.
Sur les frais liés au litige :
13. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 23 août 2024 du préfet de la Seine-Maritime portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois mois, est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à la SELARL Mary et Inquimbert et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 24 avril 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
M. Bouvet, premier conseiller,
M. Mulot, premier conseiller,
Assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2025.
Le rapporteur,
C. BOUVET
La présidente,
A. GAILLARDLe greffier,
H. TOSTIVINT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026