mercredi 7 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2500277 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3 ème Chambre |
| Avocat requérant | AIT-TALEB |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2025 et un mémoire enregistré le 26 mars 2025, Mme A C, représentée par Me Akli Aït Taleb, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer, ainsi qu'à ses trois enfants, un certificat de résidence, valable un an, et portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros à verser à Me Aït Taleb, au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle, ladite condamnation valant renonciation de Me Aït Taleb au versement de l'aide juridictionnelle.
Elle soutient que :
La décision de refus de séjour :
- est insuffisamment motivée ;
- a été adoptée par une autorité dont il n'est pas justifié de la compétence ;
- est entachée d'erreur de droit ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- est entachée d'erreur de droit dans la mise en œuvre du pouvoir discrétionnaire de régularisation ;
- méconnait l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
L'obligation de quitter le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- a été adoptée par une autorité dont il n'est pas justifié de la compétence ;
- est entachée d'erreur de droit ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
La décision fixant le pays de destination :
- est insuffisamment motivée ;
- a été adoptée par une autorité dont il n'est pas justifié de la compétence ;
- est entachée d'erreur de droit ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation ;
L'interdiction de retour sur le territoire français :
- est insuffisamment motivée ;
- a été adoptée par une autorité dont il n'est pas justifié de la compétence ;
- est entachée d'erreur de droit ;
- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- procède d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mars 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu :
- la décision par laquelle la présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience ;
- la décision d'admission à l'aide juridictionnelle totale du 18 décembre 2024 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Bouvet a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme C, ressortissante algérienne née le 8 octobre 1986, est entrée en France le 24 décembre 2017 munie d'un visa de court-séjour délivré par les autorités espagnoles. Le 17 juin 2024, elle a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien. Par l'arrêté litigieux du 17 septembre 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois.
Sur certains moyens communs aux décisions contestées :
2. En premier lieu, par arrêté du 12 juillet 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, M. D B, directeur des migrations et de l'intégration, a reçu délégation du préfet de la Seine-Maritime à l'effet de signer, dans le cadre des attributions de sa direction, les décisions relatives à la délivrance d'un titre de séjour et à l'éloignement des étrangers, ainsi que celles relatives au délai de départ volontaire, au pays de renvoi et à l'interdiction de retour. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 17 septembre 2024 doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté vise les articles de l'accord franco-algérien, du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont le préfet de la Seine-Maritime a fait application au cas de la requérante. L'autorité préfectorale, qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressée, y mentionne, notamment, sa situation administrative, sa vie privée et familiale et sa situation professionnelle. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de l'arrêté doit être écarté.
4. En dernier lieu, le moyen tiré de " l'erreur de droit " n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier la portée. Il ne peut donc qu'être écarté.
Sur le refus de séjour :
5. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre le refus de séjour, est inopérant.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
7. Entrée en France le 24 décembre 2017, Mme C n'a pas déposé de demande de titre de séjour avant le 17 juin 2024, soit plus de six ans après son arrivée sur le territoire national. Ses trois enfants sont de nationalité algérienne. L'intéressée ne justifie d'aucune attaches personnelles ou familiales en France. Elle n'est, en revanche, pas dépourvue de telles attaches en Algérie, où résident toujours ses parents et sa sœur, selon les indications non contestées de l'arrêté litigieux. Elle ne justifie d'aucune insertion professionnelle actuelle ou passée et ne fait état d'aucune perspective en la matière. Si ses trois enfants nés en 2014, 2016 et 2018 sont scolarisés en France, la seule circonstance que l'instruction en langue française soit désormais interdite dans l'enseignement public algérien ne permet pas de tenir pour établi que ceux-ci ne pourront suivre une scolarité normale dans leur pays d'origine. En outre, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale, dont tous les membres possèdent la nationalité algérienne, se reforme en Algérie. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le préfet de la Seine-Maritime a pu, sans méconnaître son pouvoir discrétionnaire de régularisation, ni porter une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de Mme C, ni léser de façon disproportionnée l'intérêt supérieur de ses enfants, refuser d'admettre la requérante au séjour.
8. En dernier lieu, l'erreur manifeste d'appréciation invoquée par la requérante, n'est pas établie.
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
9. En premier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, soulevé à l'appui des conclusions dirigées contre la décision litigieuse, qui se borne à obliger la requérante à quitter le territoire national mais ne fixe pas le pays de destination de cette mesure d'éloignement, est inopérant.
10. En second lieu, pour les motifs exposés au point n° 7, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.
Sur la décision fixant le pays de destination :
11. En premier lieu, Mme C ne soutient pas être exposée au risque de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, doit être écarté.
12. En second lieu, pour les motifs exposés au point n° 7, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation, doivent être écartés.
Sur l'interdiction de retour sur le territoire français :
13. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".
14. Au cas d'espèce, Mme C résidait sur le territoire national depuis près de sept ans, à la date d'édiction de l'interdiction de retour sur le territoire français litigieuse. L'intéressée n'a jamais fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Il n'est pas allégué, enfin, qu'elle représenterait une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions, en édictant une interdiction de retour sur le territoire français à l'encontre de la requérante, le préfet de la Seine-Maritime a entaché sa décision d'erreur d'appréciation. Par suite, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés à son encontre, cette décision encourt l'annulation.
15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C est seulement fondée à solliciter l'annulation de l'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un mois prononcée à son encontre, le 17 septembre 2024, par le préfet de la Seine-Maritime.
Sur le surplus des conclusions :
16. L'exécution du présent jugement n'implique aucune des mesures sollicitées par la requérante dont les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent, dès lors, être rejetées.
17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 17 septembre 2024 du préfet de la Seine-Maritime portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un mois, est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, à Me Aït-Taleb et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 24 avril 2025, à laquelle siégeaient :
Mme Gaillard, présidente,
M. Bouvet, premier conseiller,
M. Baude, premier conseiller,
Assistés de M. Tostivint, greffier.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2025.
Le rapporteur,
C. BOUVET
La présidente,
A. GAILLARDLe greffier,
H. TOSTIVINT
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision
N°2500277
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026