lundi 3 février 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2500295 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | URGENCES JU |
| Avocat requérant | CORTES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 22 et 28 janvier 2025, Mme D A, représentée par Me Cortes, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler la décision du 28 octobre 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a mis fin aux conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre des dispositions de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Mme A soutient que :
- sa requête est recevable dès lors que la notification de la décision attaquée n'a pas été régulière et que les délais de recours ne lui sont donc pas opposables ;
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente ;
- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure dès lors que la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas été respectée ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de droit car l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoit pas comme motif de cessation des conditions matérielles d'accueil le refus d'un hébergement ; la substitution de base légale demandée par l'OFII en défense n'est pas possible car elle a bénéficié effectivement pendant plusieurs mois des conditions matérielles d'accueil.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 janvier 2025, l'OFII conclut au rejet de la requête.
L'office soutient que :
- il demande, par substitution de base légale, l'application du 2° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile au lieu du 2° de l'article L. 551-16 du même code initialement appliqué ;
- cette substitution, qui fonde une décision de refus des conditions matérielles d'accueil de portée équivalente à une décision de cessation de ces conditions, procède d'un pouvoir d'appréciation similaire et ne prive pas la requérante d'une quelconque garantie ;
- les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive n° 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Ameline comme juge du contentieux des mesures d'éloignement des étrangers visées aux chapitres VI, VII, VII bis, VII ter et VII quater du titre VII du livre VII de la partie réglementaire du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Ameline, magistrate désignée, a été entendu.
Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.
La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A, ressortissante ivoirienne née le 27 octobre 2003, a présenté une demande d'asile enregistrée en guichet unique le 15 juillet 2024 et le même jour a signé l'offre de prise en charge de l'OFII et a bénéficié des conditions matérielles d'accueil. Le 28 octobre 2024, l'OFII a décidé de mettre un terme à ses conditions matérielles d'accueil en raison du refus d'une proposition d'hébergement par l'intéressée. Par la présente requête, Mme A sollicite l'annulation de cette décision.
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. "
3. Eu égard aux circonstances de l'espèce, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, par décision du 21 juin 2023, mise en ligne le même jour et librement consultable par les parties sur le site internet de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, M. B C, directeur territorial à Rouen, a reçu délégation du directeur général de l'Office à l'effet de signer toutes décisions dans le cadre des attributions dévolues à la direction territoriale. Par suite, en dépit d'un transfert du dossier de la requérante le même jour à la direction territoriale de Créteil, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de sa demande par l'autorité administrative compétente. " En vertu de l'article L. 552-8 du même code, l'OFII propose au demandeur d'asile un lieu d'hébergement en tenant compte, d'une part, de ses besoins, de sa situation personnelle et familiale et de sa vulnérabilité prévue au chapitre II du titre II, d'autre part des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région.
6. Aux termes des dispositions de l'article L. 551-15 du code : " Les conditions matérielles d'accueil peuvent être refusées, totalement ou partiellement, au demandeur dans les cas suivants : () 2° Il refuse la proposition d'hébergement qui lui est faite en application de l'article L.552-8 () La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. " Aux termes des dispositions de l'article L. 551-16 : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L.551-3 ; 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L.552-9 ; 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; 4° Il a dissimulé ses ressources financières ; 5° Il a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ; 6° Il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes. (). "
7. Il résulte de la combinaison des articles L. 551-9 et L. 552-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, d'une part, et des articles L. 551-15 et L. 551-16 de ce code, d'autre part, que dans le cas où les conditions matérielles d'accueil initialement proposées au demandeur d'asile ne comportent pas encore la désignation d'un lieu d'hébergement, dont l'attribution résulte d'une procédure et d'une décision particulières, le refus par le demandeur d'asile de la proposition d'hébergement qui lui est faite ultérieurement doit être regardé comme un motif de refus des conditions matérielles d'accueil entrant dans le champ d'application de l'article L. 551-15 du code et non comme un motif justifiant qu'il soit mis fin à ces conditions relevant de l'article L 551-16. Il en va ainsi alors même que le demandeur avait initialement accepté, dans leur principe, les conditions matérielles d'accueil proposées.
8. Il résulte de ce qui précède que la décision de l'OFII, prise aux visas des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est fondée sur une base légale erronée.
9. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. En l'espèce, la décision attaquée pouvait légalement être prise sur le fondement des dispositions de l'article L. 551-15, qui peuvent être substituées, comme le demande l'OFII, à celles de l'article L. 551-16 dès lors que cette substitution de base légale ne prive d'aucune garantie l'intéressée, qui a bénéficié, alors qu'aucun texte ne le prévoyait, de la possibilité de présenter ses observations et que l'administration dispose du même pouvoir d'appréciation pour appliquer l'une ou l'autre de ces dispositions. Le moyen tiré de l'erreur de droit doit donc être écarté.
10. En quatrième lieu, il ne résulte d'aucune disposition du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que les décisions refusant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, qui répondent à une demande des intéressés, doivent intervenir à l'issue d'une procédure contradictoire. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision attaquée aurait été adoptée à l'issue d'une procédure irrégulière.
11. En dernier lieu, si Mme A se prévaut de son état de santé et d'une prise en charge en région parisienne ainsi que de la précarité de sa situation financière et matérielle, ces circonstances ne suffisent pas à caractériser, en l'absence notamment de plus de précision sur l'impossibilité pour elle de poursuivre ses soins à Rouen, une situation de vulnérabilité justifiant l'octroi des conditions matérielles d'accueil. Dès lors, l'OFII a pu, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, refuser d'accorder à Mme A, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil sur le fondement des dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 28 octobre 2024. Ses conclusions formées en ce sens doivent dès lors être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions liées aux frais d'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me Alexandre Cortes et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 février 2025.
La magistrate désignée,
C. AMELINE
La greffière,
A. LENFANT
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026