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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2500329

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2500329

mardi 29 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2500329
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2 ème Chambre
Avocat requérantMARY-INQUIMBERT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rouen a rejeté la requête de M. B, ressortissant guinéen, contestant l'arrêté préfectoral du 21 août 2024 refusant son admission au séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a jugé que la décision de refus de titre de séjour était suffisamment motivée et que M. B ne pouvait utilement invoquer la méconnaissance des articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'ayant pas sollicité de titre sur ces fondements. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des demandes d'annulation et d'injonction.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 janvier 2025, M. A B, représenté par Me Mary (SELARL Mary et Inquimbert), demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 août 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de trois mois ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer à titre principal une carte de séjour temporaire ou à titre subsidiaire de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à la SELARL Mary et Inquimbert, au titre de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

La décision de refus de titre de séjour :

- est insuffisamment motivée ;

- est entachée d'un défaut d'examen de sa situation et d'erreur de droit au regard de son droit au séjour ;

- méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les dispositions des articles L. 435-1 et L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle.

La décision fixant le pays de destination :

- a méconnu son droit à être entendu ;

- est illégale du fait de l'illégalité des décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

La décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- est insuffisamment motivée ;

- a méconnu son droit à être entendu ;

- méconnaît les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mars 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 décembre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bellec, premier conseiller,

- les observations de Me Lechevallier, substituant Me Mary représentant M. B.

Une note en délibéré présentée par M. B a été enregistrée le 3 avril 2025.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, né le 5 avril 2005, de nationalité guinéenne, est entré sur le territoire français le 15 avril 2023 selon ses déclarations. Le 22 mai 2023, il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile. Par décision du 18 janvier 2024, l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides a rejeté sa demande. Cette décision a été confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 27 mai 2024. Par l'arrêté contesté du 21 août 2024, le préfet de la Seine-Maritime a rejeté sa demande d'admission au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé son pays de destination et lui a interdit un retour sur le territoire français pour une durée de trois mois.

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne que M. B est entré en France à l'âge de 18 ans et que sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides et la Cour nationale du droit d'asile, et fait état de sa situation familiale et professionnelle. Elle indique que le préfet a invité M. B à produire tous les éléments justificatifs lui permettant d'apprécier sa situation au regard de l'ensemble des fondements d'un titre de séjour prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La décision comporte ainsi les considérations de fait et les dispositions de droit dont elle fait application. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit par suite être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B n'a pas demandé de titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23, L. 435-1 et L. 435-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, il ne peut utilement se prévaloir de ces dispositions et les moyens tirés de leur méconnaissance doivent être écartés.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le préfet a examiné la situation familiale et professionnelle de M. B. Il a invité le requérant à produire tous les éléments justificatifs lui permettant d'apprécier sa situation au regard de l'ensemble des fondements d'un titre de séjour prévus par le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par lettre recommandée. Le pli est revenu en préfecture le 5 août 2024 avec la mention " pli avisé et non réclamé ", sans que le requérant n'allègue, ni ne démontre que ce pli aurait été envoyé à une adresse erronée. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une erreur de droit en l'absence de vérification de son droit au séjour doit être écarté.

5. En quatrième lieu, M. B est entré en France le 15 avril 2023 à l'âge de 18 ans. Il est célibataire sans enfant à charge. Il n'est pas dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine. S'il indique qu'il est menacé par sa famille dans son pays d'origine, il n'apporte aucun élément à l'appui de cette affirmation. Le contrat saisonnier pour des fonctions de plongeur dans un restaurant qu'il a conclu du 1er mai au 13 octobre 2024 ne démontre pas son insertion professionnelle. Par ailleurs, il n'apporte aucun élément sur son insertion sociale. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de M. B au respect de sa vie privée et familiale. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doit également être écarté pour les mêmes motifs.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, la décision de refus de titre de séjour étant suffisamment motivée comme indiqué au point 2, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle relative au séjour.

7. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour doit être écarté.

8. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

9. En premier lieu, l'étranger, lorsqu'il sollicite la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour, en raison même de l'accomplissement de cette démarche qui tend à son maintien régulier sur le territoire français, ne saurait ignorer qu'en cas de refus, il pourra faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il lui appartient lors du dépôt de cette demande, et, le cas échéant, au cours de l'instruction de sa demande, de faire valoir auprès de l'administration toute observation complémentaire utile, au besoin en faisant état d'éléments nouveaux. En l'espèce, M. B ayant sollicité un titre de séjour le 22 mai 2023, il appartenait à l'intéressé de fournir spontanément à l'administration tout élément utile relatif à sa situation. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu doit être écarté.

10. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation des décisions portant refus de titre de séjour et portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

11. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

12. M. B soutient qu'il est menacé par des membres de sa famille du fait d'un conflit foncier. Toutefois, il n'apporte aucun élément à l'appui de son affirmation. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

13. En quatrième lieu, il résulte de ce qui précède que le préfet de la Seine-Maritime n'a pas entaché sa décision fixant le pays de renvoi d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

14. En premier lieu, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français vise, notamment, la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il fait état de la situation personnelle, familiale, professionnelle et sociale du requérant, ainsi que sa durée de séjour en France. Il indique qu'il ne s'est jamais soustait à une mesure d'éloignement et il ne représente pas une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

15. En deuxième lieu, la circonstance que le requérant n'a pas été invité à formuler des observations avant l'édiction de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, ne permet pas de le faire regarder comme ayant été privé de son droit à être entendu comme indiqué au point 9. Par suite, ce moyen doit être écarté.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. () ".

17. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, et alors même que M. B n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement et qu'il ne représente pas une menace pour l'ordre public, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois mois. Le moyen tiré de la méconnaissance les dispositions des articles L. 612-8 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

18. En quatrième lieu, il résulte de tout ce qui précède que le préfet de la Seine-Maritime n'a pas entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation.

19. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté litigieux du préfet de la Seine-Maritime. Ses conclusions à fin d'annulation doivent dès lors être rejetées de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais liés au litige.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Mary (SELARL Mary et Inquimbert) et au préfet de la Seine-Maritime.

Délibéré après l'audience du 3 avril 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Galle, présidente,

- M. Bellec, premier conseiller,

- Mme Esnol, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 avril 2025.

Le rapporteur,

signé

C. Bellec

La présidente,

signé

C. Galle La greffière,

signé

A. Hussein

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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