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AccueilJurisprudence administrativeN° TA76-2500392

Tribunal Administratif de Rouen — Décision N° TA76-2500392

vendredi 16 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rouen
SectionTribunal Administratif de Rouen
N° DossierTA76-2500392
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4 ème Chambre
Avocat requérantNIAKATE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Rouen a rejeté la requête de M. A, ressortissant bangladais, qui contestait l'arrêté du préfet de l'Eure du 26 décembre 2024 lui refusant un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence, d'insuffisance de motivation et de défaut d'examen, estimant l'arrêté régulièrement signé et suffisamment motivé. Sur le fond, il a jugé que la demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'était pas fondée, M. A ne justifiant pas de motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires, compte tenu de sa situation personnelle et familiale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 25 janvier 2025, M. D A, représenté par Me Niakaté, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 décembre 2024 par lequel le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Eure de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié ", à titre subsidiaire de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation, le tout dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros TTC à verser à son conseil, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, valant renonciation à la part contributive de l'Etat, à titre subsidiaire de lui verser directement cette somme en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que l'arrêté attaqué :

- est signé par une autorité incompétente ;

- est insuffisamment motivé ;

- est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir discrétionnaire de régularisation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2025, le préfet de l'Eure conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Par décision du 13 mars 2025, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Favre,

- et les observations de Me Niakaté, représentant M. A.

Le préfet de l'Eure n'était ni présent, ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant bangladais né le 12 mai 1994, déclare être entré en France le 17 janvier 2020. Sa demande d'asile a été rejetée le 9 septembre 2021 par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides puis le 27 mai 2022 par la Cour nationale du droit d'asile. Le 5 août 2022, il a fait l'objet d'un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français. Il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 26 décembre 2024, le préfet de l'Eure a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, par arrêté du 18 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, librement consultable par les parties sur son site internet, M. B C, adjoint au chef du bureau des migrations et de l'intégration, a reçu délégation du préfet de l'Eure à l'effet de signer, dans le cadre des attributions de son bureau, tous les arrêtés, et notamment les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français et pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les textes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment l'article L. 435-1, dont le préfet de l'Eure a fait application. L'autorité préfectorale, qui n'avait pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de l'intéressé, y décrit notamment sa situation administrative et sa vie privée et familiale. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen réel et sérieux doivent être écartés.

4. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. M. A, dont les conditions d'entrée et de séjour ont été rappelées au point 1 du présent jugement, est célibataire et sans enfant. Il ne justifie pas avoir fixé le centre de ses intérêts privés en France, ni être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où résident sa mère et son frère et où il a vécu jusque l'âge de 25 ans. L'intéressé fait valoir travailler en qualité de commis de cuisine dans un établissement de restauration rapide d'abord en temps partiel à compter du 6 septembre 2022 puis à temps plein à compter du 1er janvier 2024. Il indique également suivre des cours de langue française. Toutefois, ces circonstances ne permettent pas d'établir une insertion sociale et professionnelle suffisante en France. Dans ces conditions, la situation personnelle et familiale du requérant, telle qu'elle a été précédemment exposée, ne relevant pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ne peut davantage être accueilli.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A en annulation de l'arrêté du 26 décembre 2024 doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Niakaté et au préfet de l'Eure.

Délibéré après l'audience du 30 avril 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Van Muylder, présidente,

- M. Cotraud, premier conseiller,

- Mme Favre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2025.

La rapporteure,

L. FAVRE

La présidente,

C. VAN MUYLDERLe greffier,

J-B. MIALON

La République mande et ordonne au préfet de l'Eure en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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