vendredi 16 mai 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rouen |
| Section | Tribunal Administratif de Rouen |
| N° Dossier | TA76-2500394 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4 ème Chambre |
| Avocat requérant | LEROY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 janvier 2025 et 2 avril 2025, M. E A C, représenté par Me Leroy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 juin 2024 par lequel le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Maritime de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", à titre subsidiaire de procéder au réexamen de sa situation, le tout dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, en tout état de cause de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 870 euros TTC à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A C soutient dans le dernier état de ses écritures que :
- l'arrêté attaqué :
o est insuffisamment motivé ;
o est entaché d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- la décision portant refus de séjour :
o est intervenue à la suite de la consultation irrégulière de la commission du titre de séjour au regard de :
* la désignation irrégulière des membres de la commission du titre de séjour ;
* la composition irrégulière de la commission du titre de séjour ;
* la saisine irrégulière de la commission du titre de séjour ;
* la méconnaissance du principe du contradictoire et de son droit d'être entendu ;
* l'absence de communication du procès-verbal de séance ;
o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o méconnaît les dispositions des articles L. 425-9 et R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur d'appréciation dans l'application de ces dispositions ;
o méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français :
o est intervenue à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance du principe du contradictoire et du droit d'être entendu tel que garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
o est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;
o méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
o méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
o est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de la décision sur sa situation personnelle.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 mars 2025 et 15 avril 2025, le préfet de la Seine-Maritime conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.
Par une décision du 2 décembre 2024, M. A C a été admis à l'aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 %.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 portant application de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Favre,
- et les observations de Me Leroy, représentant M. A C.
Le préfet de la Seine-Maritime n'était ni présent, ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. A C, ressortissant tunisien né le 22 mars 1970, est entré en France en 2009. Il a fait l'objet d'un signalement aux fins de non admission dans l'espace Schengen jusqu'en 2019 émis par les autorités italiennes et d'un arrêté de reconduite à la frontière en novembre 2009. Le 11 mai 2022, M. A C a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 425-9, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par l'arrêté attaqué du 26 juin 2024, le préfet de la Seine-Maritime a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les moyens communs aux décisions attaquées :
2. L'arrêté attaqué vise, notamment, les dispositions des articles L. 425-9, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont il a été fait application à M. A C. Il mentionne également les considérations de fait, propres à ce dernier, notamment sa situation administrative, sa vie privée et familiale et sa situation médicale, qui constituent le fondement des décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire dans le délai de trente jours et fixant le pays de destination. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen réel et sérieux doivent être écartés.
Sur la décision portant refus de titre de séjour :
En ce qui concerne la consultation de la commission du titre de séjour :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / () / 4° Dans le cas prévu à l'article L. 435-1 ; () ". Aux termes de l'article L. 432-14 du code précité : " La commission du titre de séjour est composée : / 1° D'un maire ou de son suppléant désignés par le président de l'association des maires du département ou, lorsqu'il y a plusieurs associations de maires dans le département, par le préfet en concertation avec celles-ci et, à Paris, du maire, d'un maire d'arrondissement ou d'un conseiller d'arrondissement ou de leur suppléant désigné par le Conseil de Paris ; / 2° De deux personnalités qualifiées désignées par le préfet ou, à Paris, par le préfet de police. / Le président de la commission du titre de séjour est désigné, parmi ses membres, par le préfet ou, à Paris, par le préfet de police. () ". Aux termes de l'article R. 432-6 du même code : " Le préfet ou, à Paris, le préfet de police met en place la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 par un arrêté : / 1° Constatant la désignation des élus locaux mentionnés au 1° du même article ; / 2° Désignant les personnalités qualifiées mentionnées au 2° du même article ; / 3° Désignant le président de la commission. ". Aux termes de l'article R. 133-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Sous réserve de règles particulières de suppléance : / 1° Le président et les membres des commissions qui siègent en raison des fonctions qu'ils occupent peuvent être suppléés par un membre du service ou de l'organisme auquel ils appartiennent ; / 2° Un membre désigné en raison de son mandat électif ne peut être suppléé que par un élu de la même assemblée délibérante ; / 3° Les personnalités qualifiées ne peuvent être suppléées. ".
4. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
5. Aux termes de l'arrêté n°22-006 du préfet de la Seine-Maritime portant création de commissions du titre de séjour du 11 mars 2022: " La commission du titre de séjour siégeant à Rouen () est composée de : / - Monsieur B D, maire de Saint-Clair-sur-les-Monts, désigné par l'association départementale des maires de la Seine-Maritime ; / - le directeur territorial de Rouen de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, ou son représentant ; / - le directeur interdépartemental de la police aux frontières du Havre, ou son représentant. / Monsieur B D est nommé président de la commission. ".
6. D'une part, contrairement à ce que soutient le requérant, aucune disposition législative ou réglementaire ne fait obstacle à la nomination des personnes qualifiées siégeant à la commission du titre de séjour en raison des fonctions qu'ils occupent, ni impose de les désigner nommément. Par ailleurs, l'arrêté du 11 mars 2022 portant création de commissions du titre de séjour du 11 mars 2022 ne désigne pas de suppléants pour les personnes qualifiées mais prévoit seulement que le directeur territorial de Rouen de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et le directeur interdépartemental de la police aux frontières du Havre peuvent se faire représenter. En tout état de cause, il n'est ni établi, ni allégué que les personnes qualifiées se sont faites représentées à la séance de la commission du titre de séjour du 11 janvier 2024, lors de laquelle a été examinée la situation de M. A C. Par suite, le requérant n'est pas fondé à exciper l'illégalité de l'arrêté du 11 mars 2022 portant création de commissions du titre de séjour.
7. D'autre part, ainsi que le soutient M. A C, si le préfet de la Seine-Maritime a produit l'arrêté du 11 mars 2022 fixant la composition de la commission du titre de séjour en application des dispositions précitées de l'article R. 432-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'apporte aucun élément, permettant d'identifier les membres de la commission qui étaient présents pour statuer le 11 janvier 2024 sur le cas du requérant, à l'exception du président de séance ayant signé l'avis. Toutefois, dès lors que la commission a rendu un avis et que celui-ci lui est favorable, le requérant ne peut utilement faire valoir que la composition irrégulière de la commission du titre de séjour l'a privé d'une garantie.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 432-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour saisir la commission du titre de séjour en application de l'article L. 432-13 est le préfet ou, à Paris, le préfet de police. / La demande d'avis est accompagnée des documents nécessaires à l'examen de l'affaire, comportant notamment les motifs qui conduisent le préfet à envisager une décision de refus de délivrance ou de renouvellement d'un titre de séjour ou une décision de retrait d'un titre de séjour dans les conditions définies à l'article L. 432-13, ainsi que les pièces justifiant que l'étranger qui sollicite une admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 réside habituellement en France depuis plus de dix ans. ". Aux termes de l'article R. 432-10 du même code : " Le président fixe la date des réunions de la commission du titre de séjour. Les membres de celle-ci sont avisés de cette date et de l'ordre du jour au moins quinze jours à l'avance par une lettre à laquelle sont annexés les documents mentionnés à l'article R. 432-7. ".
9. Si le requérant soutient que la commission du titre de séjour n'a pas été rendue destinataire d'une demande d'avis comportant les motifs qui conduisent le préfet à envisager une décision de refus de délivrance de titre de séjour, ainsi que de l'ensemble des documents nécessaires à l'examen de sa situation, prescrits par les dispositions de l'article R. 432-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il n'apporte toutefois aucune précision sur la nature des documents qui n'auraient pas été adressés à la commission du titre de séjour et nécessaires à l'examen de sa demande et qui auraient pu exercer une influence sur le sens de la décision attaquée. Par ailleurs, le requérant verse à l'instance la fiche d'examen de situation de son cas établie par les services de la préfecture en vue de son passage à la commission du titre de séjour. Par suite, M. A C n'est pas fondé à soutenir que les manquements qu'il invoque, à les supposer établis, ont été susceptibles d'exercer une influence sur le sens de la décision attaquée ou de le priver d'une garantie. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 432-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
10. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 432-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger est convoqué par écrit au moins quinze jours avant la date de la réunion de la commission qui doit avoir lieu dans les trois mois qui suivent sa saisine ; il peut être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix et être entendu avec l'assistance d'un interprète. () ". Aux termes de l'article R. 432-11 du même code : " L'étranger est convoqué devant la commission du titre de séjour dans les délais prévus au premier alinéa de l'article L. 432-15 par une lettre qui précise la date, l'heure et le lieu de réunion de la commission et qui mentionne les droits résultant pour l'intéressé des dispositions du même alinéa. / A sa demande, le maire de la commune dans laquelle réside l'étranger concerné, ou son représentant, est entendu. ". Aux termes de l'article R. 432-14 du code précité : " Devant la commission du titre de séjour, l'étranger fait valoir les motifs qu'il invoque à l'appui de sa demande d'octroi ou de renouvellement d'un titre de séjour. Un procès-verbal enregistrant ses explications est transmis au préfet avec l'avis motivé de la commission. L'avis de la commission est également communiqué à l'intéressé. ".
11. Il ressort des pièces du dossier que M. A C a été convoqué par courrier à la séance de la commission du titre de séjour du 11 janvier 2024, lui précisant la possibilité d'être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix et d'être entendu avec l'assistance d'un interprète, conformément aux dispositions de l'article R. 432-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le requérant, au regard de ses écritures, s'est effectivement présenté à la séance accompagné de son conseil et a été mis à même de présenter ses observations orales. Contrairement à ce que soutient l'intéressé, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose de transmettre au demandeur les documents préalablement adressés aux membres de la commission du titre de séjour. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que l'avis de la commission du titre de séjour est intervenu en méconnaissance du principe du contradictoire. En outre, contrairement à ce que soutient M. A C, il ressort des dispositions précitées que seul l'avis de la commission du titre de séjour doit être communiqué, sans qu'il y soit indiqué le sens du vote des membres de la commission, et non le procès-verbal.
12. Il résulte de tout ce qui précède que le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure de consultation de la commission du titre de séjour doit être écarté.
En ce qui concerne les autres moyens :
13. En premier lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. () ". Aux termes de l'article R. 425-12 du même code : " Le rapport médical () est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () Sous couvert du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le service médical de l'office informe le préfet qu'il a transmis au collège de médecins le rapport médical. () ". Aux termes de l'article R. 425-13 de ce code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. () ". Aux termes de l'article 5 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions : " Le collège de médecins à compétence nationale de l'office comprend trois médecins instructeurs des demandes des étrangers malades, à l'exclusion de celui qui a établi le rapport. () ". Enfin, aux termes de l'article 6 du même arrêté : " () un collège de médecins () émet un avis () précisant : a) si l'état de santé du demandeur nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. / () / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. / L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège ".
14. Les dispositions précitées, issues de la loi du 7 mars 2016 relative au droit des étrangers en France et de ses textes d'application, ont modifié l'état du droit antérieur pour instituer une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, qui se prononcent en répondant par l'affirmative ou par la négative aux questions figurant à l'article 6 précité de l'arrêté du 27 décembre 2016, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins et non plus un seul, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis.
15. Il ressort des pièces du dossier que l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été rendu le 11 juillet 2023, qu'il revêt la signature des trois médecins membres du collège, présentant les garanties quant à l'identité des signataires, et a été versé à l'instance par le préfet. En outre, le médecin rapporteur, n'ayant pas siégé au sein du collège, a rendu son rapport le 20 juin 2023, lequel a été transmis le même jour au regard du bordereau de transmission de l'OFII versé aux débats. Si M. A C soutient qu'il n'est pas établi que ce rapport aurait été réalisé en tenant compte de l'ensemble de sa situation médicale, notamment au regard de l'observation " absent à la convocation du 12 avril 2023, non excusé " alors qu'il est indiqué que le patient n'a pas été convoqué pour un examen médical, il n'apporte toutefois aucune précision sur la nature des informations qui auraient été manquantes pour l'examen de son état de santé par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et qui, si elles avaient été adressées, auraient pu exercer une influence sur le sens de la décision attaquée. Dans ces conditions, le vice de procédure tiré de l'irrégularité de l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration au regard des dispositions des articles L. 425-9, L. 425-10 et R. 425-11 à R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'arrêté du 27 décembre 2016 ne peut qu'être écarté.
16. En deuxième lieu, la circonstance que le préfet ne produit pas à l'instance la fiche relative à la Tunisie de la " bibliothèque d'information sur le système de soins des pays d'origine " (BISPO) et le traitement des pathologies en cause dans ce pays n'est pas de nature à vicier la procédure préalable à l'arrêté. En outre, et en tout état de cause, aucune disposition légale ou réglementaire applicable n'impose de communiquer au demandeur d'un titre de séjour la documentation relative aux traitements disponibles dans les pays d'origine à laquelle se réfèrent les médecins de l'OFII pour rendre leur avis.
17. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. (). ".
18. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'OFII, venant au soutien de ses dires, doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.
19. Pour rejeter la demande de titre présentée par M. A C, le préfet de la Seine-Maritime s'est fondé notamment sur l'avis émis le 11 juillet 2024 par le collège des médecins de l'OFII, selon lequel son état nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut bénéficier effectivement d'un traitement. Pour contredire l'appréciation portée par le préfet, le requérant fait valoir souffrir de crises d'épilepsie partielle avec absence, pharmaco-résistante et non opérable, nécessitant un traitement. Au regard des pièces produites par le requérant lui-même, un des médicaments lui étant prescrit fait l'objet d'une autorisation de mise sur le marché en Tunisie. Si l'intéressé fait valoir que les deux autres médicaments prescrits ne disposent pas d'une autorisation de mise sur le marché dans son pays d'origine, il ne démontre pas l'indisponibilité des molécules. En outre, si M. A C soutient qu'il a besoin d'une surveillance de la part d'un tiers, il ne démontre pas l'insuffisance de l'offre de soins pour prendre en charge sa pathologie dans son pays d'origine. Dès lors, le requérant ne renverse pas la présomption tirée du principe rappelé au point précédent. Par suite, en prenant la décision contestée, le préfet de la Seine-Maritime n'a pas méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions ne peut qu'être écarté.
20. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
21. M. A C, dont les conditions d'entrée et de séjour sur le territoire français ont été rappelées au point 1 du présent jugement, célibataire et sans enfant, fait valoir la présence de plusieurs cousins en France. Néanmoins, cette circonstance ne permet pas d'établir qu'il a fixé le centre de ses intérêts personnels en France. Il fait valoir avoir travaillé en qualité de peintre en bâtiment en contrats à durée déterminée en 2024. Toutefois, ces circonstances ne suffisent pas à remettre en cause l'appréciation portée par le préfet sur son insuffisante insertion sociale et professionnelle en France. Enfin, comme il a été énoncé au point 19, le requérant n'établit pas qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine, où il a vécu jusque l'âge de trente-huit ans et où il ne justifie pas être dépourvu d'attaches. Dès lors, malgré l'avis favorable de la commission du titre de séjour du 11 janvier 2024, M. A C n'est pas fondé à soutenir qu'en lui refusant la délivrance d'un titre de séjour le préfet de la Seine-Maritime aurait porté à son droit au respect de la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut être accueilli.
22. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".
23. La situation personnelle et familiale du requérant, telle qu'elle a été précédemment exposée, ne relève pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens des dispositions précitées de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit également être écarté. Enfin, pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'exercice par le préfet de son pouvoir discrétionnaire de régularisation ne peut davantage être accueilli.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
24. En premier lieu, M. A C, qui a déposé une demande de titre de séjour, ne pouvait ignorer qu'un refus pris sur sa demande l'exposerait à une mesure d'éloignement. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier ni n'est d'ailleurs allégué que le requérant aurait été privé de la possibilité d'apporter à l'administration, pendant l'instruction de sa demande, toutes les précisions qu'il jugeait utiles tant au regard de son droit au séjour qu'au regard des conséquences d'un éventuel éloignement du territoire français. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être entendu, tel qu'il est garanti par le principe général du droit de l'Union européenne, doit être écarté.
25. En deuxième lieu, la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas illégale, le requérant n'est pas fondé à exciper de son illégalité à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire.
26. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. () ".
27. Ces dispositions sont issues en dernier lieu, dans leur rédaction applicable au litige, de l'article 37 de la loi du 26 janvier 2024 susvisée pour contrôler l'immigration, améliorer l'intégration. Il ressort des travaux parlementaires ayant précédé son adoption que le législateur a notamment entendu codifier le principe selon lequel un étranger devant se voir attribuer de plein droit un titre de séjour ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement. Il a ainsi entendu imposer au préfet, avant l'édiction d'une obligation de quitter le territoire français, de vérifier, compte tenu des informations en sa possession, si un étranger peut prétendre à se voir délivrer de plein droit un titre de séjour et, dans le cas contraire, si la durée de sa présence en France et la nature et l'ancienneté des liens qu'il y entretient ou des circonstances humanitaires justifient qu'il se voit délivrer un tel titre.
28. Il résulte de ce qui a été dit précédemment, que les circonstances dont se prévaut l'intéressé ne justifient pas que lui soit délivré un titre de séjour de plein droit, ni pour motif humanitaire ou exceptionnel. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 doit être écarté.
29. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés aux points 21 et 23, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
30. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. A C aux fins d'annulation de l'arrêté du 26 juin 2024 doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction ainsi que les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A C, à Me Leroy et au préfet de la Seine-Maritime.
Délibéré après l'audience du 30 avril 2025, à laquelle siégeaient :
- Mme Van Muylder, présidente,
- M. Cotraud, premier conseiller,
- Mme Favre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 mai 2025.
La rapporteure,
L. FAVRE
La présidente,
C. VAN MUYLDERLe greffier,
J-B. MIALON
La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Maritime en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026